3/5 ans

Aïe, mon enfant zézaie

Il veut « zouer à casse-casse », aime « santer des sanssons » et voudrait un « sien ou un sat ». Le tout avec ce petit défaut de prononciation que certains trouvent craquant et d’autres inquiétant. Quand et comment réagir en tant que parent ?

Aïe, mon enfant zézaie

Période propice aux bons mots d’enfants qu’on note en anecdote… la tranche d’âge 3-5 ans est colorée chez certains par un petit zozotement. Ce défaut de prononciation disparaît avec le temps, mais pas toujours. « Ma petite Lisette a 3 ans, elle dit ‘mac’la’ pour matelas, elle dit aussi ‘saussure’, ‘vasse’ et ‘cosson’. C’est chou, mais j’entends que ses copains ne font pas ces fautes. Je ne sais pas si elle apprend plus lentement ou si elle a un problème de prononciation », nous dit Isabelle, sa maman.
« Le zozotement à 3 ans est tout à fait ordinaire et normal », rassure Anna Cowen, logopède. Pas de panique, donc, pour les petits ‘seveux’ sur la langue des 1res et 2es maternelles. Les enfants de cet âge vont encore affiner leur prononciation.
Si le zézaiement persiste en 3e maternelle et que ça vous inquiète, un passage chez un logopède peut s’avérer utile. « Quand un enfant zozote à 5 ans, on conseille un bilan logopédique. De sorte que l’enfant ait un an devant lui pour éduquer ce trouble. Idéalement, les troubles articulatoires doivent être réglés avant l’entrée en 1re primaire pour éviter que cela ne perturbe l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe », précise la logopède.

Rééduquer avant les primaires

Une rééducation prend plusieurs mois, parfois un an. « La durée exacte de la rééducation dépend de nombreux facteurs : de la motivation de l’enfant, de l’implication des parents… Si un parent trouve ça tout mignon, tout joli, ça n’aidera pas l’enfant à progresser. Par contre, s’il fait les exercices demandés par le logopède à la maison, l’enfant a plus de chances de progresser rapidement », poursuit Anna Cowen.
Mais le zozotement, ou zézaiement, c’est quoi exactement ? « Le zozotement est un trouble articulatoire. Le mouvement se fait mal et donne un autre son. Quand l’enfant confond ‘s’ et ‘z’, on parle de sigmatisme. Quand l’enfant confond ‘ch’ et ‘c’ (le ça et chat, par exemple), on parle de chuintement, mais c’est toujours une malposition de la langue dans la bouche avec parfois un tonus musculaire insuffisant. »

La faute à la tutte ?

Pas assez musclée, la bouche de notre enfant ? Mais d’où vient cette « mollesse » buccale? Certains pointent les tuttes du doigt ou le suçotement du pouce. À tort ? « Parfois, je constate que les enfants qui viennent en rééducation chez moi ont longtemps sucé une tétine et ont une déglutition infantile associée, mais ce n’est qu’un constat personnel, pas une preuve scientifique », souligne la logopède.
Et du côté des dents ? « Je ne crois pas que le positionnement des dents ou la perte des dents de lait soient liés avec un trouble articulatoire. Bien sûr, si l’enfant a une béance au niveau des incisives supérieures, sa petite langue sera attirée par le trou. Mais s’il a un bon tonus buccal, ça ne l’empêchera pas de prononcer correctement les sons. Il peut bien sûr y avoir des exceptions. Si l’articulé dentaire est catastrophique, le passage chez un orthodontiste sera alors nécessaire avant une rééducation logopédique », répond Anna Cowen.

On mastique en gymnastique

En règle générale, les dents n’y sont pour rien. C’est toute la bouche qui manquerait de tonus ou qui aurait pris de mauvaises habitudes. « Avec le logopède, l’enfant va réapprendre le geste. Ensemble, on revoit plusieurs choses : le tonus buccal, le souffle, le mouchage… c’est un check-up global. »
Si le logopède reste le professionnel du langage, les parents peuvent préventivement aider leur enfant zozotant à se muscler la bouche. Comment ? En mangeant, pardi ! En mâchant, mastiquant, croquant à pleines dents différentes textures de nourriture.
« Pour un bon tonus buccal, l’enfant doit se muscler la mâchoire, les lèvres, la langue et les joues. Pour cela, il faut varier son alimentation au niveau des consistances et bien suivre les conseils du pédiatre en matière d’alimentation. Et si l’enfant a encore une tétine, supprimez-la le plus vite possible, même si ce n’est pas facile », nous conseille encore la logopède.
Exit les soupes, bouillies et petits sandwichs tout mous qu’on peut avaler sans faire travailler nos molaires et prémolaires. Place aux bonnes baguettes croustillantes, aux bâtons de carottes crues et même - pourquoi pas ? - à la viande un peu plus dure que d’habitude. Scrounch.

Estelle Watterman

Zoom

Un trouble peut en cacher un autre

Certains enfants ont un trouble articulatoire et d’autres un retard de parole, ce n’est pas pareil.
Un trouble articulatoire est dû à une malposition de la langue dans la bouche avec un mauvais son, comme lorsque l’enfant dit ‘s’ au lien de ‘ch’.
Un retard de parole est différent. L’enfant sait prononcer tous les sons isolément (les ‘s’, les ‘ch’…), mais dans une phrase complète, il ne dit pas la fin de tous les mots, inverse des sons ou omet certains mots.
Dans les deux cas, c’est un logopède qui pourra aider votre enfant. Mais pour un retard de parole, la rééducation sera plus longue.

Autant savoir

  • Si votre enfant zozote à 3 ans, soyez cool. Ne le reprenez pas à chaque phrase, laissez-lui le temps d’affiner son langage et sa prononciation.
  • Si votre enfant zozote toujours à 5 ans, faites un bilan logopédique. Pour être remboursé par la mutuelle, ce bilan doit être prescrit par un spécialiste (O.R.L., pédiatre…).
  • Si un traitement logopédique s’annonce, renseignez-vous auprès de votre mutuelle pour les modalités de remboursement. Les logopèdes conventionnés sont remboursés à 75 % pour les séances de 30 minutes seulement pour les enfants de moins de 10 ans. Vous trouverez des logopèdes conventionnés sur le site de votre mutualité.
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