6/8 ans

Aldebert : « Super chanteur
pas pourri »

De passage à Bruxelles pour la promo d’Enfantillages 3, la route du chanteur français a croisé celle du Ligueur. Il nous embarque dans son univers drôle, poétique et vitaminé qui a le don de plaire aux enfants comme à leurs parents. À découvrir d’urgence chez vous, si ce n’est déjà fait… ou en "vrai", ce dimanche 26 août au Festival Les Solidarités (Namur).

Aldebert : « Super chanteur pas pourri » - © Sylvain Granjon

Guillaume Aldebert nous a fixé rendez-vous dans le dédale des couloirs de la RTBF. Lorsque je le retrouve enfin, il traîne derrière lui une valise à roulettes. Comme s’il trimbalait en permanence une cargaison d’idées amassées en chemin pour ses chansons à venir. Justement, on a d’emblée envie de lui demander de nous faire entrer dans les coulisses de son laboratoire : à l’heure de Kids United, comment s’y prend-t-on pour faire mouche auprès du jeune public ?
Modeste, il nous répond que le projet Enfantillages - le premier album fête ses 10 ans cette année - est le fruit du hasard lorsque, du côté de Besançon, un « emploi jeune » le parachutait éducateur au cœur d’une école primaire : il y adapta son univers rock aux (jeunes) élèves.

Tantôt papa, tantôt gamin

Depuis, les réactions et les questions des gamins se mêlent aux « deux Guillaume » qui cohabitent en Aldebert : « À l’intérieur de moi, j’ai à la fois le jeune papa (ndlr : Gabin, 18 mois, et Charlie, 5 ans, qui font une brève apparition sur Enfantillages 3) et le petit garçon avec ses souvenirs d’enfance. Les deux s’expriment à tour de rôle ».
Illustration avec Joli Zoo, une des chansons phares d’Enfantillages 3 : elle parle de liberté à travers les yeux de ce lionceau coincé derrière des barreaux qui hante le Guillaume depuis près de quarante ans. Ou encore avec Les super-pouvoirs pourris où le chanteur égrène avec autodérision des pouvoirs qui n’en sont pas : « Être invisible quand personne me mate, déplacer les objets rien qu’en les touchant, voir au travers des murs de verre… ».
De l’autre versant, c’est avec sa casquette de père qu’il a osé, lui, le chanteur pour enfants, donner naissance à On ne peut rien faire quand on a un petit ou encore à la très philosophique C’est quoi la vie ? Extraits : « C’est quoi la musique ? C’est du son qui se parfume. / C’est quoi grandir ? C’est fabriquer des premières fois. / C’est quoi l’espoir ? C’est du bonheur qui attend. / C’est quoi l’enfance ? De la tendresse en pyjama… ».
Ne pas camper uniquement ses chansons dans le monde de l’enfance et refuser de censurer les concepts plus compliqués, voilà le secret d’Aldebert. Une alchimie qui permet à son univers musical, notamment lorsqu’il s’échappe de notre autoradio, de faire avaler un (long) trajet à nos mômes plus facilement qu’une mousse au chocolat, tout en ne nous cassant pas la tête à nous, les parents.
« J’ai grandi avec les chansons d’Anne Sylvestre et de Steve Waring, puis, plus tard, avec celles de Brassens, de Nougaro, de MC Solaar. Comme eux, j’aime la musicalité de la langue française. En gardant des mots compliqués, même pour les enfants, j’ai réalisé que cela favorisait les échanges avec les parents. Ils posent des questions, se demandent pourquoi on dit cela. J’ai l’impression qu’il se passe un truc, que mes chansons connectent deux et même trois générations, puisque les grands-parents sont aussi dans le coup. »

Le bonheur, accessible étoile

Un univers qui prend encore une autre dimension en concert où tous, petits et plus grands, se trémoussent vite sur leur fauteuil. Aldebert raconte : « Avec les enfants, impossible de tricher. On est obligé d’être dans une énergie authentique et sincère. Si on n’est pas content d’être là, ils le sentent direct et c’est mort, c’est fini, on perd leur attention ».
Du coup, Guillaume n’hésite pas à sortir le grand jeu : débarquer sur scène avec un cartable géant sur les épaules, enfiler une cape et se prendre pour Dracula dans une nuée de fumigènes ou s’assoir sur une balançoire le temps d’une chanson douce. Autant de tableaux pour autant d’émotions.
Lui qui affirme s’être trouvé artistiquement et humainement face à ce public glisse sa conception de la chanson pour enfants à l’heure des écrans : « Pour moi, elle sert à les amuser, à les éveiller sur tout un panel d’émotions que la télé ne leur offre pas. J’aime les faire voyager dans quelque chose de tendre, puis de sérieux ou de rigolo. Je les invite aussi à être des chercheurs en allant dans tous les styles, de la musique du monde à la musique classique sans oublier le rock et son côté transgressif ».
Et les textes dans tout cela ? Un brin gêné, Aldebert nous fait comprendre qu’asséner des messages gros comme des maisons n’est pas, pour lui, un passage obligé pour faire grandir les citoyens de demain. Dans sa valise à roulettes, il glisse plutôt un autre ingrédient pour y parvenir : « J’ai aussi envie de les inciter, comme tout petit déjà, à être heureux. Car c’est quand même le combat de tout un chacun… ».

Anouck Thibaut

Agenda

Aldebert sur scène

► Après Bruxelles en avril dernier, Aldebert sera de passage à Namur (Festival Les Solidarités, le 26 août, lessolidarites.be)
► Plus d’infos et des extraits de chansons : aldebert.com

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