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Allergies : trop propres, nos maisons ?

Comment éviter rhinites ou toux asthmatiques chez les tout-petits ? « Laissez-les manger de la poussière, ça boostera leur immunité ! », répond un microbiologiste canadien qui fait le buzz. Pratique, se disent certains parents, même plus besoin de faire le ménage ! Mais avant de laisser nos loupiots goûter à tout, on écoute les conseils d’Alfred Bernard, toxicologue et directeur de recherche au FNRS.

Allergies : trop propres, nos maisons ?

Le scientifique Brett Finlay encourage les parents à ne pas trop laver leur maison. Il explique qu’une hygiène excessive expliquerait le nombre élevé d’enfants allergiques et asthmatiques aujourd’hui. Qu’en pensez-vous ?
Alfred Bernard 
: « Il faut être très prudent avec ce genre d’affirmation. Cette hypothèse de l’hygiène existe depuis 1989. Des études ont effectivement démontré un effet protecteur chez des enfants vivant dans des fermes et en contact avec des animaux. Mais laisser un enfant manger la poussière de sa maison est une mauvaise idée, car la poussière au sol contient des perturbateurs endocriniens. Et l’enfant met déjà spontanément beaucoup de choses en bouche.
Aujourd’hui, d’autres hypothèses sont étudiées pour expliquer l’augmentation des allergies et de l’asthme. On étudie beaucoup les polluants extérieurs et intérieurs qui entourent les enfants. Et on constate que trop de substances agressives pour l’enfant sont utilisées en milieu domestique. Or, l’enfant très jeune a des voies respiratoires tout à fait immatures, surtout au niveau nasal. La combinaison de cette immaturité du système respiratoire des jeunes enfants et l’utilisation de substances irritantes domestiques augmente le risque d’allergie et d’asthme. »

Donc, vous préconisez de laver son intérieur mais sans produits irritants…
A. B. 
: « Il faut surtout éviter l’eau de javel, car elle libère du chlore gazeux. Les produits chlorés utilisés dans les piscines sont aussi à proscrire des habitations, tout comme les aérosols et tous les produits de nettoyage volatils. Pour l’hygiène de la maison, je conseille vraiment de privilégier des produits sains qui ne restent pas dans l’air, comme le vinaigre. Et je vois de plus en plus de parents qui comprennent cela et qui se tournent vers des produits naturels pour l’entretien de leur habitation. Car oui, il faut nettoyer sa maison pour qu’elle ait moins d’acariens et de pollen. Et pour les familles qui partagent leur vie avec celle d’un animal domestique, le nettoyage est particulièrement important car les animaux peuvent transporter des bactéries pathogènes. »

À part un nettoyage « sain », que peut-on faire pour limiter les risques d’allergies et d’asthme de nos bambins ?
A. B. : « Il faut éviter toutes les sources de polluants qui irritent le système respiratoire des jeunes enfants : le tabac, ça on le sait, et le chauffage au feu de bois, ce qui est moins connu. On a découvert que le chauffage au bois domestique, qui est le chauffage le moins cher aujourd’hui, libère des irritants dans l’air. Comme la fumée de cigarette, la fumée de bois irrite les jeunes poumons. Une chaudière à pellets avec une bonne combustion installée à la cave est nettement moins néfaste pour les bambins. »

Et la fumée des barbecues, alors ? Comporte-telle aussi un risque pour les petits poumons ?
A. B. : « Non, comme les barbecues sont limités dans le temps, leur fumée n’est pas trop dangereuse. À l’extérieur, c’est surtout la pollution du trafic automobile qu’il faut éviter de respirer. »

Et si malgré toutes ces précautions, nos enfants semblent allergiques…
A. B. : « C’est un phénomène très dynamique. Des allergies peuvent parfois disparaître. On peut voir certains enfants avec une sensibilisation allergique à 2 ans et qui disparaît à 4 ans. La persistance des allergies dépend des agressions subies et de l’immaturité des poumons. L’allergie la plus répandue chez les enfants est celle des acariens. Elle est suivie par l’allergie au pollen, puis celle aux chiens et chats et enfin par l’asthme, qui est une traduction clinique d’allergies. La sensibilisation allergique est réversible mais l’asthme est irréversible. »

Donc, faire la traque aux acariens et à la poussière, c’est plutôt une bonne idée pour éviter allergies et asthme ?
A. B. : « Oui. Aérer les pièces, la literie, éviter l’humidité et une température trop chaude… ça limite aussi les acariens. L’inconvénient de cet allergène, c’est qu’il est présent toute l’année. C’est donc le facteur principal d’asthme. Mais tout espoir n’est pas perdu, des récentes études s’attardent sur la flore intestinale qui pourrait jouer un rôle précoce sur la sensibilisation allergique. »

Estelle Watterman

En pratique

Suspicion d’allergie : quels sont les symptômes ?

Une rhinite, une conjonctivite, de l’asthme ou un problème respiratoire peuvent être causés par une allergie. La sphère digestive peut également être touchée : nausée, vomissement, constipation ou diarrhée… On observe même parfois un dégoût spontané de l’enfant pour l’aliment en question. En cas de doute, demandez conseil à votre médecin afin de repérer la source exacte de ces maux à répétition.

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