Vie de parent

Allocations familiales : plus de 600 barèmes différents

Dès ses débuts, en 1921, la Ligue des familles veut permettre aux grandes familles d’avoir un niveau de vie égal à celui des petites familles et des personnes sans enfants… Parlerait-on encore de cette manière aujourd’hui ? Nous avons rencontré Michel Delforge, administrateur-directeur de la Caisse wallonne d’allocations familiales et membre du comité de gestion de l’ONAFTS.

Allocations familiales : plus de 600 barèmes différents  - Shutterstock

Michel Delforge : « La société a fort évolué ! On connaît de moins en moins de familles nombreuses au sens classique - père, mère, enfants -, mais les familles nombreuses issues de ménages recomposés se multiplient. D’où des difficultés qui n’existaient pas auparavant. »

Un père n’egale pas une mère 

Le Ligueur : Quels sont ces difficultés ?
M. D. : « Les allocations familiales sont progressives en fonction du nombre d’enfants : le premier a droit à une allocation moindre que le deuxième qui a moins que le troisième et les suivants. On parle ici de ‘rang’. Si Papa, maman et les enfants vivent ensemble, cela ne pose pas trop de problèmes. Mais lorsque l’un des enfants cesse d’avoir droit à une allocation, la famille perd celle qui est la plus importante (le troisième enfant devenant deuxième).
À partir du moment où la famille est recomposée, il s’agit de savoir comment on groupe les enfants et à qui on paie les allocations familiales. Ce dossier est actuellement à la Cour constitutionnelle parce qu’il y a discrimination. En effet, quand une mère séparée du père de ses trois enfants a un enfant avec un nouveau partenaire, on peut grouper les quatre enfants. Par contre, même si un père héberge ses trois enfants une semaine sur deux, quand il a, lui aussi, un quatrième enfant avec une nouvelle compagne, les enfants ne peuvent pas être groupés. »

L. L. : Peut-on dire que les enfants sont égaux face aux allocations familiales ?
M. D. :
« Oui, mais seulement si vous parlez d’allocations familiales de rang et de taux ordinaire. En effet, il existe différents suppléments sociaux pour les enfants d’invalides, de chômeurs, de pensionnés et encore pour les orphelins et pour les familles monoparentales. Il y a aussi des suppléments d’âges que le gouvernement a diminués de moitié en 1997, sauf pour les enfants déjà nés et les bénéficiaires de suppléments sociaux. »

Nous ne sommes pas égaux

L. L. : Donc, les sommes perçues peuvent être très différentes ?
M. D. :
« Plus de 600 combinaisons de barèmes sont possibles ! Précisons encore qu’il n’existe pas une approche globale de politique familiale qui tiendrait compte, à la fois, des allocations familiales et de la fiscalité. On n’est pas tous égaux ! »

L. L. : Il est question de simplifier ce système complexe, avec par exemple un montant unique pour tous…
M. D. :
« Tous les enfants toucheraient le même montant. Nous aussi, cela nous intéresserait d’avoir un système plus simple à expliquer aux familles comme à notre personnel. Mais dès qu’il en est question, on entend par exemple la Ligue des familles réagir et dire : ‘Attention, ne pas oublier les familles nombreuses, celles qui ont un faible revenu, les monoparentales…’. Un montant identique pour tous, c’était sans doute possible quand une famille, c’était père, mère et enfants, mais on n’en est plus là ! Et je ne vous parle pas des enfants placés, en famille d’accueil ou des enfants handicapés… Le monde change ! »

Les parents sont à cran !

L. L. : Les allocations familiales restent très importantes pour les familles…
M. D. :
« Selon une étude récente, 25 % des enfants belges vivraient sous le seuil de pauvreté sans les allocations familiales. De plus en plus de familles sont confrontées à la précarité et donc nos gestionnaires doivent aussi tenir compte des médiations de dettes, ce qui complexifie encore les dossiers. À savoir encore : le droit aux allocations familiales donne accès à des droits dérivés (loyer d’un logement social, parfois TVA sur une voiturette pour un enfant handicapé, tarifs TEC, SNCB…). À la caisse d’allocations de fournir les documents ad hoc !
En fait, 98 % des allocations sont payées au plus tard le 8 du mois. Quand ce n’est pas le cas, les coups de téléphone sont nombreux, les gens sont à cran, parfois agressifs et on peut les comprendre, ils ont besoin de cet argent, ils l’attendent ! »

Propos recueillis par Thérèse Jeunejean

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À quoi servent les allocations familiales chez vous ?

Que font les parents de l’allocation familiale qui varie sensiblement selon le nombre d’enfants et la situation ? Le Ligueur a frappé à la porte de différentes familles et sondé des parents indépendants, veufs, séparés, des familles nombreuses, recomposées… Les uns n’en voient pas la couleur. D’autres en ont une utilisation bien précise. Les commentaires du service études de la Ligue des familles replacent ces témoignages au cœur des revendications de notre mouvement.

 

www.lesallocsenmieux.be : pour en savoir plus

Les allocations familiales vont être défédéralisées. Pourquoi ? Comment ? Avec quel impact pour les familles ? Chaque fois que l’on nous parle d’allocations familiales, c’est pour parler d’autres choses : les exigences de la Flandre, l’avenir de la Belgique, la sixième réforme de l’État, l’existence de Bruxelles, le débat Régions/Communautés. Toutes choses certes intéressantes. Mais jamais on ne nous parle du pourquoi et du comment des allocations familiales.

 

Les enjeux du transfert

Les allocations familiales vont être défédéralisées. Pour bien comprendre les enjeux de ce transfert, nous avons interrogé Christian Behrendt, professeur de droit constitutionnel à l'Université de Liège. Et comme rien n'est simple chez nous, vous pourrez le constater, si vous tirez le fil des allocations familiales, c'est toute la Belgique qui se déroule : le « cas » de Bruxelles, les « querelles linguistiques », le débat entre Régions et Communautés, les liens entre Bruxelles et la Wallonie, etc. Et vous, les parents au milieu.

 

Françoise, employée : « À la Caisse d’allocations familiales, la machine, c’est nous ! »

Nous sommes à la Caisse wallonne d’allocations familiales de l’UCM. « Je sais très bien que les allocations familiales sont importantes pour tous ! Moi aussi, j’ai des enfants ! », explique Françoise Hautot, gestionnaire polyvalente ou, plus simplement dit, employée qui suit les dossiers d’allocations familiales. Suivre un dossier, cela signifie intégrer tous les changements survenus : arrivée, départ, scolarité des enfants, modifications du statut professionnel des parents, évolution des couples, problèmes de handicap… La vie, quoi !

 

Faire mieux avec le même budget

Le débat sur la concrétisation de la défédéralisation des allocations familiales est ouvert. Il est dominé une nouvelle fois par la question institutionnelle : une approche régionaliste ou communautariste. Loin de nous l’idée de ne pas considérer ce débat comme important. Il s’agit bien de proposer une vision prospective d’avenir dans un autre monde : la Belgique incertaine de demain. Mais ce dossier mérite mieux. La défédéralisation des allocations familiales est une opportunité, un moment historique à saisir pour repenser le système et faire mieux. Nous pourrions ajouter : « Et faire plus ». Nous avons préféré concentrer notre message sur le mieux afin de tenir compte de la situation économique et financière de la Wallonie et de Bruxelles, aujourd’hui et demain. Voici pourquoi et comment la Ligue des familles propose allocsenmieux.be

 
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