Vie de parent

Allonger le congé de paternité :
une mesure forte pour l’égalité
des genres

Si certains parents ont profité du confinement pour faire une pause dans les trajets vers les activités des enfants et vivre à un rythme plus cool qu’en temps normal, d’autres ont mené des triples, voire quadruples, journées, à combiner, selon les cas, suivi scolaire, occupation des enfants, télétravail, ménage, cuisine… 

Allonger le congé de paternité : une mesure forte pour l’égalité des genres

Dans certaines familles, hommes et femmes sont tous deux restés à la maison. On aurait pu penser à un meilleur équilibrage du temps consacré au travail domestique et familial. Que ce temps serait mis à profit pour permettre aux femmes d’en faire un peu moins, aux hommes d’en faire un peu plus. Mais la révolution n’a pas eu lieu et, c’est même le contraire qui s’est produit : le confinement a exacerbé les inégalités.  

La répartition des tâches ménagères et des soins aux enfants est très inégalitaire dans toutes les configurations de couple, même quand la femme travaille et l’homme pas. En temps normal, la distribution relative à la charge de travail domestique, de soins et d’éducation repose à 60% sur les femmes et 40% sur les hommes selon une étude de l’Iweps. Loin de contribuer à une répartition plus égalitaire des tâches ménagères, la pandémie a augmenté les inégalités dans le couple. 

Et pour cause : avec un accroissement global du travail familial de vingt heures environ par semaine, les femmes ont contribué à hauteur de douze heures contre huit pour les hommes… Pour caricaturer, on pourrait dire que les femmes se retrouvent à gérer les enfants pendant que les hommes télétravaillent. 
Dans notre enquête sur les besoins des parents pendant le confinement, on retrouve également des différences selon le genre. Les femmes sont plus nombreuses à se sentir dépassées et stressées (31% et 45%) que les hommes (26% et 38%) ainsi qu’à souhaiter du temps pour être seules (47% contre 43%). 

Agir structurellement et positivement 

La période d’accueil d’un nouveau-né au sein d’une famille est cruciale dans la mise en place des schémas de l’organisation conjugale. C’est le moment où se créent les équilibres… ou les déséquilibres parentaux au sein d’une famille.  
Si, dès les premiers mois, les deux parents sont présents, ils ont la possibilité de mieux se répartir les soins au bébé et les tâches ménagères. Il est illusoire d’espérer que les parents exercent leurs devoirs égalitairement auprès de leurs enfants si la loi les empêche concrètement d’avoir un temps équivalent pour s’occuper d’eux dans les premiers moments de la vie. 

C’est pourquoi, pour la Ligue des familles, l’allongement du congé de paternité constitue un levier d’action indispensable pour agir sur ces inégalités de genre de manière structurelle et positive. Structurelle, car cela permet de rompre avec les stéréotypes de genre transmis aux enfants qui paraissent figés depuis plusieurs décennies. Positive, car c’est en ayant pour référence un exemple éducatif et social fidèle au monde que nous voulons que se construisent les adultes de demain. 

Et à ceux qui avanceraient que cette demande n’est pas celle des pères, il suffit de jeter un œil à notre dernier Baromètre des parents : 60% des pères sont favorables à un congé de paternité de même durée que le congé de maternité (15 semaines) et seulement 12% y sont défavorables.  

Une occasion historique d’avancer ?  

Il existe actuellement une opportunité historique pour faire un pas majeur en faveur de l’égalité : une majorité parlementaire semble désormais se dessiner en faveur d’un congé de paternité plus long. Trois propositions de loi (Ecolo, PS et Défi) sont actuellement sur la table des parlementaires. Le 5 février dernier, la Ligue des familles a été auditionnée à la Chambre des Représentants sur ces propositions de lois et a plaidé vigoureusement : il faut que le congé de paternité soit équivalent à celui de la mère ! 

La crise sanitaire a fait ressortir toutes les inégalités qui existent dans la société. Paradoxalement, elle a également permis des avancées sociales importantes, comme la fin du congé de maternité raboté pour les mères.

La Ligue des familles plaide pour un allongement du congé de paternité depuis de nombreuses années et portera ce combat au-delà de la crise. Et, au-delà de la crise, il s’agit surtout de se battre pour le monde que nous voulons dès maintenant, pour nous et nos enfants.  

Lola Galer, chargée d’études à la Ligue des familles