Vie de parent

Argent : tout est bon dans le cochon

Et maintenant, si on parlait argent, sujet adulé par les uns, jugé sale par les autres, mais qui reste une préoccupation constante pour tous les parents ? Si savoir gérer, c’est savoir dépenser, quelles mises en garde faut-il donner à nos enfants ? Et à quel âge ? Commençons dès le plus jeune âge…

Argent : tout est bon dans le cochon

Apprendre à attendre

« Lila et Léon reçoivent de l’argent de poche chaque semaine. Ils peuvent en faire ce qu’ils veulent, mais je les encourage à faire attention. Tenir le budget familial demande parfois de jongler et de faire preuve de créativité : il faut attendre pour certaines choses et je préfère que les enfants le sachent. Plus tard, j’aimerais qu’ils soient conscients et ne se laissent pas tenter par n’importe quoi. »
Inès, maman de Léon, 5 ans, et Lila, 8 ans

Il se débrouille sans argent de poche

« Comme Loïc s’est mis à acheter des cigarettes, nous avons cessé de lui donner de l’argent de poche. On règle son forfait de téléphone, il reçoit des sous de ses grands-parents chaque fois qu’il leur rend visite. Il jobe un peu. Il râle parfois, mais finalement, il se débrouille très bien ! »
Jérôme, papa de Loïc, 16 ans

3-16 ans et +

« N’avoir aucune notion de l’argent, c’est le meilleur moyen de faire des dettes plus tard ! »
Marijke Bisschop, pédagogue et thérapeute comportementaliste

3-5 ans : c’est quoi, des sous ?

Inès adopte la bonne attitude face à l’argent. Pour apprendre à gérer, il faut être en mesure de discerner et c’est ce qu’elle fait en parlant avec eux. C’est le devoir du parent d’apprendre à son enfant à gérer son argent. Mais comment faire ?
L’argent est un grand tabou dans les familles. On n’aime pas en parler, on ne dit pas à nos enfants combien on gagne. Il faudrait initier les enfants au budget familial, qu’ils apprennent ce que coûtent les choses. Quand ils se plaignent de ne pas avoir autant que leurs amis, saisir l’occasion pour expliquer que l’on fait d’autres choix. Oser parler, assumer ses choix, différer les dépenses...
N’avoir aucune notion de l’argent c’est le meilleur moyen de faire des dettes plus tard. On aimerait tout leur donner, on se sent vite coupable. Il faut leur apprendre à être prudent pour le futur, lutter contre le tout, tout de suite. Il ne s’agit pas de les culpabiliser en lançant des sentences comme : « L’argent ne pousse pas sur les arbres », mais d’expliquer que vous travaillez pour subvenir aux besoins de la famille.
Quel que soit leur âge, demandez-leur de participer en faisant avec vous le budget des vacances, par exemple. Rassembler les brochures, calculer, choisir quelles excursions seront faites avec un budget déterminé : cela permet de connaître la valeur des choses. On ne devient pas matérialiste parce qu’on parle d’argent, bien au contraire !
Les tout-petits ne savent pas encore calculer. Cependant, ils ont conscience de l’importance de l’argent. Ils comprennent la notion du beaucoup et du peu, ils saisissent vite que cela permet de se procurer des choses. Quand ils commencent à jouer avec des blocs, on peut introduire des jeux qui demandent de manipuler de l’argent sous forme de jetons comme jouer à la marchande, au marchand.
La fête de l’école représente une bonne occasion aussi de se frotter aux sous. Je propose aux parents de leur donner un carnet de bons et les laisser choisir et payer leurs activités. Deux tickets pour ceci, plus pour cela, un seul pour une boisson… Même chose à la plage pour les petits étals de fleurs en papier payées en coquillages : quand on n’en a plus, c’est fini, ils réalisent qu’ils ne peuvent pas tout acheter, tout avoir, et c’est la même chose dans un magasin. Donnez-leur de temps en temps une pièce de monnaie : avec 1 €, ils peuvent acheter des balles magiques dans les machines à gadgets, faire un tour de voiture-manège…

6-11 ans : laissez-les faire… des erreurs !

Dès le primaire, ils se débrouillent mieux avec les chiffres et le calcul : on peut commencer à leur donner de l’argent de poche. C’est le moment d’inculquer la notion de valeur de l’argent et de les habituer à le manipuler. Je préconise de commencer par 1 € par semaine au début et jusqu’à 5 € par semaine vers 12 ans : mieux vaut déterminer un montant précis ainsi qu’un jour fixe de la semaine où il le reçoit.
Cet argent appartient à l’enfant, il en fait ce qu’il veut. Il apprendra aussi en faisant des erreurs, comme tout dépenser dès les premiers jours ! Le paquet de chips au sport, des petites choses dont il aurait envie… et quand tout est dépensé, il faut attendre la semaine suivante. Les aider à concrétiser un projet est un excellent moyen de les initier à l’épargne. J’ai eu en thérapie un petit passionné de reptiles. Chaque semaine, il mettait des sous de côté pour acquérir son serpent !
Reste les tentations à gérer. C’est l’apprentissage du choix et de l’attente : il faut sélectionner ce qui est dans leurs moyens. On ne peut pas tout s’offrir. Attendre et épargner permet d’acheter plus… ou plus grand.

12 ans et + : apprendre à élaborer son budget

Commencez à donner un budget par quinzaine, puis par mois pour les plus grands. Je conseille de le calculer avec les ados en dressant la liste de leurs besoins et en déterminant ce qui est utile. Il y a le sandwich du midi, une boisson, un cinéma de temps en temps, le forfait de leur téléphone, un peu d’extras : à vous de déterminer ensemble les priorités. C’est l’apprentissage de l’autonomie. Ils s’impliquent et surtout les parents ne donnent pas à la demande. Ce budget pourra être revu sur une base régulière et faire l’objet d’ajustements.
La grande majorité des enfants possède un smartphone : c’est parfait pour apprendre ! Encore une belle occasion de dialoguer, de poser des choix, de limiter un forfait abonnement ou une carte prépayée. Attention, cependant, aux applis payantes qui peuvent réserver des surprises désagréables…
À partir de 12 ans, la plupart des banques proposent l’ouverture d’un compte jeune, assorti d’une carte de banque. Il est utile de maîtriser le paiement virtuel : il y a des plafonds de retrait, la carte peut se faire avaler, il faut en signaler la perte, en commander une autre, modifier son code PIN…
Enfin, j’encourage les plus grands à faire des petits jobs, du baby-sitting, tondre le gazon, laver la voiture... Les comptes d’épargne sont idéaux pour faire des économies et avoir un projet, par exemple, contribuer à l’achat des tickets de festivals d’été qui représentent une jolie dépense !  

12-18 ans et +

« Money mulling : les cybercriminels s’en prennent aux mineurs »
Alexandre Pluvignage, chef de l’équipe de sensibilisation contre le cybercrime chez ING

On se croirait dans une série au générique angoissant. Ce n’est pas le phénomène qui est nouveau, ce sont les cibles : des cybercriminels utilisent de plus en plus des ados pour mener à bien leurs activités illicites. Vol, détournement de fond, blanchiment d’argent, ils se servent de la toile et des réseaux sociaux.
Le cyberespace est devenu une autoroute fréquentée par les délinquants financiers, qui ont besoin, pour leurs activités, de comptes en banque intermédiaires. Ils rémunèrent des « mules financières », des personnes qui donnent accès à leurs comptes, prêtent leur carte bancaire et leur codes PIN. Ils transfèrent de l’argent à l’étranger, retirent du cash. Comme les banques sont équipées, nous repérons assez facilement les opérations douteuses. Dès que des mouvements frauduleux sont suspectés, nous bloquons ces comptes. Il faut donc aux cybercriminels un nombre toujours plus important de comptes intermédiaires.
Aujourd’hui, ils se sont mis à recruter des mineurs, leur faisant miroiter la possibilité de se faire de l’argent facile. Ils opèrent dans leur environnement direct, notamment sur Instagram, WhatsApp ou Snapchat, mais recrutent aussi activement via les forums de discussion de leurs classes ou dans les lieux de sorties.
Ce qui inquiète les professionnels, aujourd’hui, c’est que les criminels n’hésitent plus à aller à la rencontre des mineurs, qui leur remettent leur carte en personne, généralement dans un lieu public, une grande gare par exemple, pour une journée ou quelques jours. Ils s’exposent à des pressions et des actes de violence. Cela devient exponentiel : sans le savoir, les jeunes deviennent eux-mêmes des recruteurs. Nous alertons les parents, les écoles : il faut qu’ils soient au courant et expliquent le phénomène. Ces pratiques sont punissables par la loi, les jeunes commettent un délit, mettent en jeu leur sécurité et celle de leur entourage. Ils sont considérés comme complices et, pour les mineurs, les parents sont responsables.

Aya Kasasa

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