6/8 ans

Attention : le stress est contagieux !

Le stress n’épargne pas les enfants. Ils seraient un tiers, entre 6 et 12 ans, à en présenter des symptômes. Les causes sont nombreuses : le stress des parents, la pression à l’école, l’organisation (ou plutôt la désorganisation) à la maison ou encore le regard des autres.

Attention : le stress est contagieux ! - Shutterstock

Des enfants, Jean-Yves Hayez, psychiatre et professeur émérite à l’UCL, en a observé, côtoyé et accompagné beaucoup. Selon lui, un tiers des enfants entre 6 et 12 ans présentent les symptômes du stress. Ils sont tendus, anxieux. Ils doutent d’eux. On trouve chez eux aussi des plaintes somatiques : maux de ventre, maux de tête. Les causes du stress sont multiples et complexes. Heureusement, les examiner permet de déjouer le stress, cet empoisonneur du quotidien.

 Mais pourquoi courir comme ça ?

« Nous ne sommes pas tous protégés du stress ou exposés à lui de la même manière, mais l’environnement est évidemment un facteur de tension important, explique Jean-Yves Hayez. Des enfants peuvent être stressés par des parents eux-mêmes stressés. C’est l’effet d’imbibition (Ndlr : ou plus simplement d’imprégnation). »
À ces facteurs s’ajoutent ce que les spécialistes qualifient de facteurs sociologiques. « Nous ne sommes plus dans une société rurale qui vivait relativement tranquillement, commente Jean-Yves Hayez. Nous sommes dans la hâte, la vitesse, le rendement, la performance. Les enfants ont moins de temps qu’avant pour prendre leurs marques. Ce n’est pas facile, ni de trouver sa place à l’école, ni de trouver le rythme entre deux domiciles lorsque les parents sont séparés. »
Une enquête du Ligueur datant de 2007 mettait déjà en évidence comme facteurs de stress (quasi aussi importants) le fait de devoir se dépêcher en permanence, la vie à l’école, le poids des activités en extrascolaire et les soucis que les enfants perçoivent chez leurs parents. Ce sont les principales sources de stress identifiées par 30 à 40 % des enfants interrogés (selon une enquête du Ligueur sur les  6-12 ans parue en 2007).

L’école : pas une entreprise !

La pédopsychiatre Gisèle George souligne comme facteur de stress, à part égale, la pression mise par l’école. Pression à laquelle certains enfants vont être plus sensibles que d’autres et le regard des amis.
« On voit des enfants stressés pour lesquels le parallèle avec des travailleurs s’impose, explique-t-elle. Dans les deux cas, on parle de rythme de travail, de performance, d'enjeu… Les heures de cours s’enchaînent, quand ce ne sont pas les évaluations. Ajoutez à cela la peur des réflexions des autres, le désir d'être intégré, de ne pas dire de bêtises devant les autres, de ne pas se faire agresser. Ces autres sont potentiellement agresseurs, comparateurs et compétitifs car l’école ressemble de plus en plus au monde de l’entreprise ! »
D’où l’importance de faire de la résistance en tant que parents. Une résistance qui passe par sa propre gestion du stress et par un regard avisé sur le mode de fonctionnement de l’école. Par l’attention aussi à ne pas surcharger les journées de ses enfants (notamment par de nombreuses activités extrascolaires). Mais aussi par une attitude qui aide l’enfant à bien distinguer sa propre valeur de ce qu’il réalise avec plus ou moins de succès.

Véronique Janzyk

EN SAVOIR +

  • Gisèle George : Ces enfants malades du stress, Pocket, et La Confiance en soi de votre enfant, Odile Jacob.
  • Le site du psychiatre infanto-juvénile Jean-Yves Hayez est une mine d’articles destinés aux parents.
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À petite dose, le stress est une tension qui aide à résoudre des problèmes, mais s’il devient chronique, il constitue un handicap. Il use. Il conduit l’enfant à ne plus avoir confiance en ses propres ressources. Antidote : valorisez-le, encouragez-le !

 

Tous les dimanches soirs, elle a mal au ventre…

« J'en ai plein le dos », « J'en ai les bras qui tombent », « Ça me casse les pieds », « J'en perds la tête », « Cela me glace le sang », « J'en ai le vertige », « J'ai froid dans le dos », « Ça me donne des boutons »… Le corps nous trahit. Il parle, alors que les mots font défaut. Ce que vivent les adultes, les plus jeunes le connaissent aussi. À leur façon.

 

Et si on leur lâchait la pression ?

Nous vivons dans une société de l'excellence, de la performance et de la compétition : c'est un lieu commun de le dire. C'est à qui sera le plus beau, le plus fort, le plus riche. Et tant pis pour les autres ! Le pire, c’est que c’est déjà vrai pour nos enfants. Mais avec quelles conséquences sur leur plaisir de découvrir ou de grandir ?

 

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