Vie de parent

Au-delà de la conscience, comprendre le climat

La 25e COP (conference of parties) s’ouvre aujourd’hui à Madrid. Il y a un an, 65 000 citoyens belges scandaient dans les rues de Bruxelles : « On est plus chaud, plus chaud, plus chaud que le climat ». Les jeunes aussi ont mouillé le maillot pour faire pression sur les politiques lors des manifestations du jeudi. Nourrir une conscience climatique, oui, mais quid de la compréhension ?

Au-delà de la conscience, comprendre le climat - WWF

La conscience de l’urgence climatique est en hausse, mais la compréhension des mécanismes et enjeux recule chez les jeunes. C’est ce que révèle une enquête réalisée en 2019 par l’APED (Appel pour une école démocratique) auprès de 3 259 élèves du dernier cycle de l’enseignement secondaire. Pour s’en convaincre, un chiffre : en 2015, 19 % des élèves comprenaient le mécanisme d’effet de serre. Cinq ans plus tard, ils ne sont plus que 13 %. Vous en voulez encore ? 44 % des élèves confondent effet de serre et trou dans la couche d’ozone.

Avant 10 ans, privilégier des portes d’entrée concrètes

Pour aller au-delà de la conscience, comment s’y prendre ? Les associations environnementales sont nombreuses à s’emparer du sujet. Avant 10 ans, le thème des changements climatiques est encore trop complexe, mieux vaut privilégier des portes d’entrée plus concrètes avec des thématiques qui les concernent au quotidien comme l’énergie, le transport, la mobilité. L’approche se veut aussi ludique avec des défis :

Eco-schools : ce label international vise à mettre en place une politique de gestion environnementale dans l’école. Étalé sur deux ans et en sept étapes, il propose une méthode et des outils aux écoles participantes en vue d’obtenir le label. Dix écoles de Bruxelles sont déjà labellisées et le projet s’étend depuis cette année à la Wallonie.
GoodPlanet Challenges : cinq rendez-vous annuels autour de cinq thèmes pour mettre en action élèves et enseignants autour de journées fédératrices, voilà ce que propose l’asbl GoodPlanet. Chaque groupe se fixe un challenge comme celui du « Gros pull » pour diminuer la température des classes. L’asbl met à disposition du groupe des outils de campagne et du matériel pédagogique.

Privilégier la mobilité douce pour se rendre à l’école, opter pour des collations saines avec le moins d’emballage possible, promouvoir l’eau et la gourde sont autant d’exemples de ce qui est mis en place au sein d’écoles. Avec des succès variés en fonction des motivations des uns et des autres, mais toujours dans l’optique de fédérer autour de gestes simples du quotidien qui ont un impact sur l’environnement.

Conscience et compréhension climatique

Marie Suleau, chargée d’éducation au WWF, confirme le constat en demi-teinte de l’APED : « Les jeunes sont conscients de l’urgence climatique, mais ne comprennent pas forcément les mécanismes. J’observe aussi une lassitude chez certains. Ils ne comprennent pas que le problème ne soit toujours pas réglé ».

L’organisation propose des ateliers aux 9-12 ans pour améliorer la compréhension du phénomène. Dans le cadre d’atelier de deux heures, Marie présente la notion de climat et la différencie de celle de météo. Une fois la notion comprise, elle explique l’effet de serre par le biais d’une expérience. « J’expose deux bocaux contenant une motte de beurre à une source de chaleur et je recouvre l’un d’eux d’un récipient transparent. Ce dernier représente l’effet de serre et démontre l’effet de capture de la chaleur ».

L’atelier débouche ensuite sur les conséquences telles que la montée du niveau de la mer, l’acidification des océans… pour terminer par les solutions à mettre en place pour atténuer ces effets. « En règle générale, les élèves sont super motivés pour s’engager. Ils sont prêts à changer de comportement, même si cela engendre des contraintes ».

Dans la peau des négociateurs

Pour les 13-17 ans, le WWF propose un « Climate Challenge », à savoir un jeu de rôle dans lequel les élèves endossent le rôle de représentants à l’image de ce qui se fait dans les COP. « Cette animation fonctionne très bien. Elle permet à cette tranche d’âge de comprendre les mécanismes des négociations, de cerner les priorités des pays qu’ils représentent et, aussi, de passer par les différentes phases des négociations, depuis les déclarations de départ en passant par les lobbies informels, jusqu’à l’accord final ».

Que ce soit par le biais de défis, d’expériences scientifiques ou de jeux de rôles, l’intention est la même : donner des clés pour comprendre le climat et donner envie aux jeunes de se mobiliser, de consommer autrement, de faire entendre leur voix… Et surtout, préserver leur envie de croire que c'est encore possible. C’est à ce prix que conscience et compréhension seront vraiment utiles.

Clémentine Rasquin

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