12/15 ans

Au dodo, les ados !

Nazes toute la journée ! Combien d’ados ne se traînent-ils pas pour aller à l’école, donnant l’impression d’être tout le temps fatigués ? Que peuvent faire les parents face à ces jeunes crevés chroniques ? La fatigue révèle-t-elle des troubles psychologiques ? Pour en savoir plus, José Groswasser, spécialiste du sommeil, et Oswald De Coq, psychothérapeute, nous répondent.

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José Groswasser est responsable de l’unité sommeil et développement à l’hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola. « Tous les enseignants se plaignent d’adolescents amorphes, fatigués, qui bâillent voire arrivent en retard à cause de cette fatigue », confirme le spécialiste. Le manque de sommeil fait partie des affres de l’adolescence. Ce qui n’interdit pas aux parents de rester vigilants.

Ado décalé

Mais que se passe-t-il réellement dans le corps de l’ado ? Le docteur Groswasser attire l’attention sur des facteurs physiologiques : « À l’adolescence, le besoin de sommeil augmente. De plus, cette étape est caractérisée par un retard de phase. L’ado aura envie naturellement de se coucher plus tard et de se lever plus tard. On sait qu’il sera en forme quelques heures après les enfants plus jeunes. Le problème, c’est que la vie en société s’organise autrement et que cela peut créer des difficultés. »
Une tendance naturelle démultipliée par un état d’esprit propre à cette période, que nous décrit José Grosswasser : « À l’adolescence, le jeune se sent surpuissant. Il pense que ses forces sont énormes et donc qu’il n’a pas vraiment besoin de se coucher, considérant souvent la nuit comme une période plus importante que la journée. Certains s’attardent devant la télé, au bout du GSM ou devant l’ordinateur. »
Du coup, ces deux facteurs cumulés donnent un rythme décalé assez classique : coucher tardif en semaine, avec difficultés à se lever, fatigue qui s’accumule et grasses matinées le week-end pour compenser.
Des grasses matinées bienvenues, donc, mais gare aux excès : « Certains jeunes sont trop décalés, ils n’arrivent plus à récupérer le week-end. Il faut alors que les parents recadrent. Dans certains cas, cela n’est pas suffisant car l’adolescent a déréglé son horloge interne. On est obligés alors de recourir à des techniques médicales pour recadrer. »

Un mauvais moment à passer

Oswald De Coq, psychothérapeute à Openado, une structure d’aide aux adolescents à Liège, ajoute cependant : « Rien ne sert de donner, le matin, un coup de pied aux fesses de votre ado. Le juger ne l’aide pas à verbaliser. Il faut être à l’écoute et ne pas se braquer sur le symptôme. Il faut tenter de comprendre ce qui ne va pas dans sa vie. »
Car si la fatigue adolescente a bien des déclencheurs physiologiques, elle peut aussi révéler des problèmes plus profonds. « La fatigue est assez normale à cet âge-là. Mais attention, elle peut aussi être le signe d’une dépression. Les adolescents sont en construction sur le plan psychologique. Cela mobilise beaucoup d’énergie et d’angoisses. Le sommeil est généralement le premier touché, soit par de l’insomnie, soit par de l’hypersomnie. »
Tant que la vie à la maison ne tourne pas au cauchemar et que l’attention à l’école n’est pas trop perturbée, il n’y a pas d’affolement à avoir. « L’adolescence et ses nuits agitées, c’est une période transitoire », remarque Oswald De Coq. Et d’ajouter avec un petit sourire : « En vieillissant, votre ado se lèvera plus tôt ».

Cédric Vallet

EN PRATIQUE

Recadrer le sommeil de son ado, est plus facile à dire qu’à faire. Quelques conseils du Docteur Grosswasser, pour lui faire faire un grand dodo :

  • Encouragez-le à s’écouter davantage et expliquez-lui que lorsqu’il se sent fatigué, rien ne sert de résister…
  • Instaurez la règle d’arrêter tout activité sur écran une demi-heure avant de dormir.
  • Invitez-le à diminuer la lumière en soirée. La mélatonine, cette hormone qui transmet des informations de son horloge biologique, est plus ou moins active selon l’intensité lumineuse. Par contre, le matin, plongez-le en pleine lumière !
  • Organisez, pour le matin, les horaires les plus réguliers possibles. Pour son horloge biologique, c’est l’heure du lever qui est la plus importante.
  • Le week-end, si votre ado est fatigué, il peut raisonnablement compenser sa fatigue par des levers plus tardifs, mais sans excès. Des levers réguliers en fin de matinée dérèglent l’horloge biologique.
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