3/5 ans

Autonomie : chacun sa route,
chacun son chemin

Un proverbe dit qu’il n’y a que deux choses que l’on puisse donner à son enfant : des racines et des ailes. Racines et ailes, deux symboles d’un même chemin : l’autonomie. À la maison et sur le chemin de l’école, vous faites comment ? Plongée dans votre quotidien, à l’affût des bonnes pratiques.

Autonomie : chacun sa route, chacun son chemin

 « Elle n’a que 19 mois, mais elle est déjà très autonome ». Le mot est lâché. Autonomie. Plus qu’un mot, un besoin. Pour l’enfant comme pour le parent. Anne Bacus, psychothérapeute et auteure du livre 100 manières de rendre son enfant autonome (Marabout) distingue deux formes d’autonomie : « Celle que l’on impose à l’enfant, car elle arrange les adultes, et celle que l’enfant veut arracher à ses parents. Dans la première catégorie se trouvent les compétences d’automaternage (savoir s’habiller seul, faire à manger, etc.). Cette forme d’autonomie est très valorisée et encouragée. Dans l’autre catégorie, on peut ranger tout ce qui relève du ‘rapport à la loi’ : la revendication de se coucher tard, de choisir ses lectures, etc. Cette autonomie est beaucoup moins facile à admettre pour les parents et beaucoup plus difficile à gérer ».

L’autonomie est un chemin. Enfants et parents progressent ensemble. Gagner en autonomie passe nécessairement par des essais-erreurs, des allers-retours entre l’enfant et le parent. En matière d’autonomie, pas de système de navigation universel, chacun sa route, chacun son chemin. Mais pour que l’itinéraire puisse être envisagé, il doit y avoir une passation. Et pas seulement une passation dans le devoir, mais aussi dans le pouvoir.

Cadre et confiance : tandem gagnant à la prise d’autonomie

Pour cheminer vers l’autonomie, deux éléments sont indispensables : le cadre et la confiance. Le cadre détermine les règles et limites. Celles-ci rassurent l’enfant, qui en a besoin pour explorer en confiance. La confiance du parent est l’autre essentiel. Cela demande du lâcher-prise et aussi d’accorder un droit à l’erreur à l’enfant.

L’autonomie, on la prépare, mais on l’explique aussi à son enfant pour qu’il l’intègre encore mieux dans son quotidien

Prenons l’exemple typique de la plaine de jeux pour illustrer ces deux essentiels à la prise d’autonomie. L’enfant s’éloigne vers le toboggan et regarde son parent en quête d’un assentiment. Il a besoin que son parent valide le fait qu’il puisse y aller seul. Ainsi, mis en confiance, il se lance. Si, par contre, il le fait d’une façon inappropriée, le parent devra expliciter les règles à respecter sans quoi l’enfant ne pourra plus profiter de l’espace de jeu.

L’autonomie à la maison

Et en pratique, ça donne quoi l’autonomie à la maison ? Cinq parents témoignent :

► Joëlle, maman de Lili, 19 mois, et Hugo, 8 ans : « Depuis qu’elle a 15 mois, j’ai appris à Lili à monter et descendre les escaliers et elle se débrouille seule. Elle gère bien, mais elle sait qu’il y a une règle d’or : jamais rien en main. Avec mon fils de 8 ans, c’est pareil : depuis qu’il a 5 ans, je lui ai montré comment mettre en route la douche et le bain, régler la température, il se lave seul ».
► Virginie, maman de Zoé, 4 ans, et Jade, 7 ans : « Pour le petit déjeuner, il y a une desserte ‘self-service’ avec tout ce qu’il faut : planche, vaisselle, couverts, pot de confiture, boite à céréales. Les filles se servent seules ».
► Flavien, papa de Félicie, 3 ans, et Paul, 5 ans : « Pour s’habiller, ils ont chacun leur coin. Paul est sur le divan et Félicie sur la dernière marche de l’escalier. Ils aiment ce petit rituel avec leur espace à eux ».
► Élodie et Laurent, parents de Manon, 6 ans, et Théo, 8 ans : « Les départs, le matin, étaient ingérables. On avait envie de donner les moyens aux enfants de faire par eux-mêmes. En faisant quelques recherches, nous avons créé notre ‘family planner’, avec des routines sous forme de listes. Les enfants adorent, ils passent devant leur cadre et peuvent marquer d’un  chaque étape de la routine faite. On s’évite ainsi de rappeler la même ritournelle chaque jour. Ils ont tout sous le nez, sous forme de textes pour Théo et de dessins pour Manon. Nous avons mis en place ce système depuis la rentrée et on est très satisfait du résultat. S’ils se sont acquittés de leurs tâches, ils savent qu’ils ont du temps libre pour jouer ».

Vous en voulez encore ? Pour la partie habillage, on vous conseille de préparer les habits la veille en fonction de la météo et de laisser le choix à l’enfant entre deux options. Porte-manteaux, casier, bac à chaussures, placez un maximum d’objets à leur portée. Un tableau-planning peut aussi aider les plus grands à visualiser les activités de la semaine et se responsabiliser autour de tâches. Le réveil est un autre outil utile à l’autonomie de l’enfant dans sa gestion du temps.

Rester seul·e, à quel âge ?

À partir de 7 ans, l’enfant est capable de discerner le bien du mal, de mener une réflexion et un raisonnement logique. Des acquis utiles, mais insuffisants pour rester seul à la maison. Il faut en effet 8-9 ans pour que ce soit envisageable. C’est à partir de cet âge que l’enfant est capable de faire face à un imprévu.

Comment savoir si votre enfant est prêt ? Voyez déjà avec lui s’il est à l’aise avec l’idée. Si oui, commencez piano et testez avec une mini-course ou une visite chez un voisin. Maarten Swinnen, porte-parole sécurité de l’institut Vias, s’aligne derrière les recommandations de la police et rappelle quelques consignes de sécurité :

► En dessous de 7 ans, il n’est pas conseillé de laisser l’enfant seul à la maison. Si c’est le cas, le temps doit être limité (30’ max).
► Expliciter les règles et consignes de sécurité.
► Interdire d’ouvrir à quelqu’un ou de répondre au téléphone.
► Mettre à sa disposition un téléphone et une personne-ressource proche en cas de besoin.
► Vérifier qu’il est dans les bonnes conditions pour rester seul (boisson, nourriture, jeux).

Sur le chemin de l’école

Première balise : à quel âge l’enfant est-il capable de cheminer seul ? Selon Benoît Godart, porte-parole pour la sécurité routière de l’institut Vias, « cela dépend d’une multitude de facteurs, tels que l’environnement routier, le trafic (rare ou dense, lent ou rapide…), la maturité de l’enfant, son expérience de la rue, le temps qu’il fait... Des études ont néanmoins montré qu’avant 8-9 ans, les enfants ne sont pas capables de faire face à toutes les situations de circulation. Il ne faut donc pas surestimer l’enfant. Les premiers trajets doivent par ailleurs avoir été parcourus et ‘étudiés’ ensemble au préalable ».

Le parent a un rôle clé à jouer pour faire de l’enfant un piéton ou un cycliste averti. Première étape : identifier l’itinéraire le plus sûr (pas nécessairement le plus court). Le tester ensemble et alerter sur les dangers potentiels, comme les entrées de garage ou le fait d’être vu des voitures avant de traverser. C’est acquis et vous le retrouvez à la sortie de l’école ? Attendez-le sur le même trottoir que l’entrée de l’école et non en face pour éviter qu’il traverse, joyeux de vous retrouver, sans regarder.

Et à vélo ?

Jusqu’à 10 ans, un enfant a le droit de circuler à vélo sur le trottoir, mais ce n’est pas toujours souhaitable. L’idéal, s’il en est capable, est de l’accompagner sur la route et de se placer derrière lui. Pour qu’il circule en autonomie complète, assurez-vous au préalable qu’il soit suffisamment à l’aise dans sa conduite et la gestion de la circulation. Il doit pouvoir évaluer correctement la vitesse et la distance des véhicules, mais aussi être capable de lever son bras et regarder derrière lui sans dévier sa trajectoire.

Ce qu’il faut retenir de ces mises en situation ? L’enfant doit être placé dans les bonnes conditions et préparé à cette prise d’autonomie. L’enfant teste, tente, le parent lâche du lest et, chemin faisant, l’enfant trace sa route.

Clémentine Rasquin

Sur le même sujet

6-8 ans : il reçoit ses tout premiers sous…

Votre enfant entre en primaire. Pour de nombreux experts, c’est le moment idéal pour commencer à lui donner de l’argent de poche. Car, qui dit apprendre à compter, dit aussi apprendre à gérer. Mais l’argent, à cet âge-là, a encore l’odeur des berlingots de jus de fruits, des bonbons, des autocollants à collectionner et autres babioles.

 

Apprendre à grandir avec ses parents autant qu’à la crèche ou à l’école

Apprendre à l’enfant à grandir, c’est tout à la fois canaliser et ouvrir à l’autonomie, punir et gratifier, guider et laisser faire. Le métier de puéricultrice ou d’institutrice maternelle se joue donc en zone grise, et non en terrain noir ou blanc. C’est à travers la cohérence et la souplesse de penser de ces adultes qui l’éduquent que l’enfant trouvera son chemin fait de « vivre avec les autres » et d’«indépendance de caractère ». Les parents, eux aussi, aident leur petit à se construire au quotidien. Passage en revue de ses besoins.