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Avec maman, on peut !

Ce qui est « bon » ou « bien » pour un parent ne l’est pas forcément pour l’autre, et inversement. Cela peut être le cas en matière d’obéissance et de laisser-faire, par exemple. Les enfants sont souvent pris entre les sempiternels refus paternels et les nombreux "oui" maternels… ou l’inverse, selon les familles.

 Avec maman, on peut ! - Thinkstock

Antoine, 8 ans, râle. Son père lui a encore opposé un refus : c’est non à la PlayStation ce soir. Mais c’est aussi non à la télé, et non à son envie d’inviter un copain à venir dormir à la maison. C’est toujours non ! Ce qui fait aussi enrager Antoine, c’est que Georges, son père, n’a de cesse de lui imposer des corvées : débarrasser la table après les repas, ranger le salon où il n’a même pas mis les pieds, mais où ses petits frères ont organisé un fichu chantier, aller chercher du pain à la boulangerie alors qu’il a prévu de faire autre chose… Vraiment marre de ce père !
Avec sa mère, c’est plus cool. Elle lui refuse des choses aussi, bien sûr, mais elle cède quand il insiste. Si elle regarde un feuilleton télévisé qui plaît à Antoine, elle l’autorise à le regarder avec elle. Elle le laisse tranquille devant sa console. Et surtout, elle lui impose très peu de tâches domestiques… et les exécute même à sa place dès qu’il se plaint qu’il n’y arrivera pas ou pour éviter la confrontation. Finalement, pour Antoine, la vie serait plus simple avec deux mères qu’avec un père comme le sien.

Le père, un empêcheur de tourner en rond

Georges, le papa, a l’impression d’être un bourreau pour son fils, c’est d’ailleurs ce qu’Antoine lui fait ressentir. Il pense prendre une position juste, au nom de ce que lui estime être « bon » pour son aîné de 11 ans. Mais il ne se sent pas entendu, ni compris. Lui qui souhaiterait ouvrir un dialogue avec Antoine se retrouve bien souvent devant une porte close.
Patricia, la maman d’Antoine, assiste régulièrement à ces prises de tête entre « hommes ». Elle critique, parfois à juste titre, son mari qui a tendance à très vite s’emporter et à dire des mots trop durs. Elle se rend compte de l’insolence, voire du manque de respect, de son fils à l’égard de son père et d’elle-même. Elle se plaint fréquemment qu’Antoine n’en fait qu’à sa tête.
Mais, elle ne prend pas position et, une fois l’orage passé, c’est toujours elle qu’Antoine vient retrouver. Il lui adresse à nouveau sa demande et… elle cède le plus souvent. Au nom de quoi ? Au nom du fait que ça ne peut pas faire du tort à son fils de regarder la télé, par exemple. Au nom de son appréhension de toute nouvelle confrontation. Mais, quand vient l’heure d’aller dormir, c’est toujours la croix et la bannière pour qu’Antoine aille dans sa chambre sans rechigner, alors que si elle a accédé à sa demande, c’était bien en échange de ce respect de l’horaire.

Des parents seuls

Dans cette famille, les parents sont, l’un et l’autre, bien seuls. Chacun adopte une position en fonction de ce qu’il pense être bon pour Antoine… et pour lui-même. Chacun y va ainsi de sa vision subjective. Cela ne serait pas un problème en soi si chacun laissait également une place pour la vision de l’autre parent et si, ensemble, ils finissaient par déployer une vision commune dans la façon de prendre une position parentale à l’égard de leur enfant.
Antoine, dans cette situation, on s’en doute, n’est pas très à l’aise. Il voudrait bien changer et faire, de temps en temps, aussi plaisir à son père. Mais il n’y a rien à faire, c’est plus fort que lui : dès qu’il rencontre un obstacle à ce qu’il a envie de faire, il râle. Il va même jusqu’à demander pourquoi les corvées tombent toujours sur lui et pas sur ses frères, pourtant bien plus jeunes que lui. Son malaise vient également du fait qu’il se rend compte que sa maman a beau être cool, elle finit quand même par se fâcher contre lui car il en demande toujours plus.

L’enfant aime les règles claires

Il est important pour un enfant qu’il y ait de la différence entre papa et maman, simplement parce qu’une personne n’est pas une autre. Mais il est aussi important qu’il ait face à lui deux parents qui tiennent une position éducative commune, basée sur ce que l’un et l’autre, ensemble, estiment être juste et bon pour lui. Qu’importe, à la limite, s’ils expriment les même règles et limites chacun avec leurs mots et leur tempérament.
Dans l’histoire d’Antoine, ni son père ni sa mère n’a raison ou tort. Ils sont tout simplement sur deux planètes différentes, ce qui n’est pas pour aider leur fils. Car, comme tout enfant, Antoine est en demande de règles et de limites claires… Les règles de ses parents auxquelles il peut se confronter pour en vérifier la solidité. Une situation enfin rassurante… pour tout le monde.

Laurent Cuylle

En pratique

Pour que l’autorité en front commun ne soit pas qu’un mythe :

  • Mettez-vous d’accord sur quelques règles de conduite. Une manière de ne pas vous laisser surprendre lors des moments "chauds" de la journée : repas, après 4 heures, mise au lit, etc.
  •  À 5, 6 ans : le temps d’obéir. Donnez-lui le temps d’obéir, proposez-lui, par exemple, de ranger sa chambre… avant ce soir. C’est une question d’amour-propre !
  • À 7, 8 ans : le pourquoi des règles. Expliquez-lui le pourquoi des règles de la maison et… tenez bon ! Elles sont indiscutables.
  • À 10 ans : discutez des règles. C’est l’âge où vous pouvez vous laisser entraîner à discuter des conventions et habitudes de la maison. Les enfants apprécient l’organisation, et si vous respectez vous-mêmes les règles mises sur pied, ils seront vos premiers alliés.
  • L’accord peut avoir des failles. Les meilleures résolutions prennent souvent un sacré coup au moment où les événements se précipitent. Chacun assène alors ses règles… Rappelez-vous seulement que la tentation de diviser pour régner est forte chez les enfants.
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