Beau-parent, une place à trouver

Les parents de Martin et Cloé, 14 et 16 ans, sont séparés depuis quelques années déjà. Leur mère a refait sa vie, ils ont donc un beau-père. Leur père est resté seul quelques temps, puis Nathalie s'est installée chez lui. Cloé et Martin ont donc aussi une belle-mère.

Beau-parent, une place à trouver

L’arrivée d’un nouveau conjoint est toujours un moment sensible dans la vie familiale. Ça l’est pour Cloé et Martin. La jeune fille trouve son beau-père Christian peu intéressant, rigide, pas drôle. Et en plus, il occupe la salle de bains le matin ! Martin, quant à lui, trouve que cet homme n'est pas digne de sa mère, qu'elle mérite mieux que cela. Il roule dans une voiture débile, écoute des musiques nulles et ne s'intéresse pas au foot.
L'arrivée de Nathalie, la belle-mère, n'a pas été simple pour Cloé non plus. Après la séparation, Cloé était devenue la petite femme de la maison. Elle gérait beaucoup de choses et était la confidente de son pauvre papa, abandonné par sa femme qui convolait avec cet idiot de Christian… Par contre, Martin a trouvé tout de suite assez confortable de voir une nouvelle femme dans la maison. Il la trouve jolie et sympa et puis son père est devenu vachement plus cool.
Toutes les figures de style sont possibles et se retrouvent dans les nouvelles familles. Parfois, c'est papa qui recompose le premier et ses ados se posent en grands défenseurs de leur mère, menant la vie dure à la nouvelle compagne. D'autre fois, les parents continuent à très bien s'entendre « pour les enfants » qui, eux, n'y comprennent plus rien : « Pourquoi ne pas rester ensemble puisqu'ils s'entendent si bien ? ». Ils s'ingénient alors à rendre la vie impossible au beau-père et à la belle-mère afin de mettre les nouveaux couples à l'épreuve.

La nouvelle fratrie débarque !

Et puis, il y a souvent une nouvelle fratrie qui débarque avec ces beaux-parents. Des frères et sœurs plus grands, plus petits, du même âge et surtout inconnus jusqu'alors. Les enfants changent de rang dans la fratrie : ils étaient les aînés, les voilà les plus jeunes, ou, au contraire, ils se retrouvent les grands de petits qui envahissent leur territoire, les suivent partout, veulent que les grands s'occupent d'eux.
C’est le cas de Cloé et Martin qui se retrouvent maintenant à quatre enfants. Ils héritent de deux petits qui leur cassent les pieds, dont ils doivent s'occuper quand les parents sont de sortie. Heureusement, de l'autre côté, c'est plus intéressant, il y a un grand « quasi » frère (on appelle ainsi les frères ou les sœurs « rapportés ») qui a un kot et qui les emmène de temps en temps boire un verre.
Mais, le plus souvent, ce ne sont pas que les enfants qui posent problèmes... Les parents et beaux-parents sont parfois bien maladroits. Ils voudraient que tout se passe vite et bien et que la nouvelle famille répare tout ce qui s'est mal passé la première fois. Ils voudraient que tout le monde s'aime tout de suite ! Ils tentent d'imposer de nouvelles règles, de nouvelles manières de faire à leurs ados, vantant haut et fort ces nouveaux arrangements, ces nouvelles pratiques qui, par principe, remettent tout en question.
Il y a aussi les belles-mères ou les beaux-pères qui n'ont pas d'enfant et débarquent avec leurs idées magnifiques et préconçues dans ce lieu de débats contradictoires qu'est une famille avec des ados. Ou, encore, un beau-père beaucoup plus âgé qui va être grand-père en même temps que père. Ou bien une belle-mère qui souhaite avoir un bébé le plus vite possible...

Adultes maladroits

Un beau-parent averti en vaut deux... alors, quels sont les grands pièges à éviter avec les ados? L'adolescence est par excellence l'âge du débat, de la remise en question des règles, des valeurs. Les jeunes cherchent la confrontation, non pas par pure opposition, mais dans ce besoin de comprendre. Ils interrogent, comparent, expérimentent et se forgent petit à petit leurs propres idées et valeurs. Quand les parents recomposent, les jeunes sont face à deux systèmes familiaux différents, avec leurs règles propres. On comprend qu'ils soumettent ces deux systèmes à la question.
L'adolescence est aussi marquée par le retour de l'Œdipe ! Petit, le garçon voulait se marier avec maman et la petite fille avec papa... Voilà que maintenant, lors de la séparation, le champ est libre. Alors, Martin, grand défenseur de sa maman, montre les crocs face à ce beau-père. Et Cloé, qui avait toute sa place auprès de son père, mène la vie dure à cette nouvelle compagne qui lui pique son père.
Lors des séparations, les enfants sont souvent mal pris dans le conflit parental. Ils sont le seul lien entre des parents qui ne se veulent pas que du bien, ils pensent qu'ils doivent prendre parti. Ils entendent critiques et commentaires sur l'autre parent et ses choix de vie. Certains se sentent alors obligés de défendre l'absent et une stratégie possible est de faire la vie dure au beau-parent.

Une place, de la place

Et puis, il y a ces nouveaux frères et sœurs avec lesquels il va falloir composer. Les parents ont parfois tendance à surprotéger leurs propres enfants, ce qui, inévitablement, suscite des rancœurs et des tensions. Tensions qui ne sont pas seulement entre enfants, mais aussi entre enfants et adultes.
Un autre écueil est la question des territoires. Avec la recomposition, les familles sont à géométrie variable. Une semaine sur deux, il faut loger tout le monde et les ados tiennent à leur espace. Ils supportent mal que leur chambre soit occupée ou visitée par d'autres. Si, en plus, une partie de la famille est à temps plein dans la maison, le jeune se trouve exclu et risque bien d'en vouloir encore plus à cet intrus qui s'installe avec ses enfants.
Sachant cela, les beaux-parents et les parents vont devoir faire un travail délicat de maillage de liens. Ce travail va prendre du temps et demander beaucoup de doigté de la part des adultes. Les parents doivent rassurer leurs ados, écouter leurs peurs, leurs déceptions, leur colères. Mais ils doivent aussi faire respecter leur choix : le jeune n'est pas obligé d'aimer le nouveau conjoint mais il doit le respecter.
Fermeté, patience, humour et écoute sont les maîtres mots de l'éducation des ados !

Mireille Pauluis

Ils en parlent…

Grand soleil au début et puis l’orage !

« Les enfants de mon compagnon avaient 14 et 17 ans quand nous nous sommes rencontrés. Au début, cela s'est très bien passé. Ils trouvaient notre famille sympa, j'ai moi-même quatre enfants dans la même gamme d'âge. Mais lorsque leur père s'est installé chez moi, les choses se sont compliquées. Sa fille aînée n'a jamais voulu venir loger à la maison et n'a plus voulu me voir. Son fils, après une période de garde alternée, est parti en claquant la porte. Je pense que ces enfants ne pouvaient pas supporter que leur père refasse sa vie sans leur mère. De plus, il leur était interdit de parler de leur vie chez nous quand ils étaient chez leur mère. Quand ils se sont installés en couple, les choses ont changé : je suis devenue la grand-mère idéale, la femme modèle... mais tout a rebasculé quand ils se sont séparés à leur tour ! Ils refusent à nouveau de me voir. »
Irène, 42 ans

Coups bas en tous genres

« Je suis le beau-père de trois grands enfants. Quand je suis arrivé dans la famille de ma compagne, ses chers mignons m'ont bien mis à l'épreuve ! Un des fils a laissé tomber une échelle sur ma voiture, la fille m'a tiré la tête pendant de longs mois et le plus jeune a régulièrement programmé l’alarme de son réveil dès l’aurore les week-ends où il n'était pas là. Nos relations sont maintenant excellentes et j'ai toute ma place auprès de leur mère. »
Loïc, 52 ans