9/11 ans

Blaise veut jouer dans un film

Après-midi au parc. Quelques mamans discutent activités sur un banc. « Tu te rends compte, Blaise veut faire du cinéma ! Alors qu’il est tellement timide… ». Et pourquoi pas ? Pour votre enfant qui lui aussi se projette sur grand écran, le Ligueur a interrogé Kadija Leclere, directrice de casting et réalisatrice. Son conseil : accompagner les rêves en étant réaliste…

Blaise veut jouer dans un film

Elle connaît toutes les arcanes du métier, qu’elle pratique depuis bientôt vingt ans. Sur base des scénarios reçus par des réalisateurs ou des agences de production, Kadija Leclere cherche les comédiens qui correspondent aux caractéristiques décrites. Son travail ne s’arrête jamais : représentations, films, cours de récré, dans la rue… Où qu’elle aille, son œil exercé repère, évalue, compare, imagine. « Mais c’est toujours la caméra qui révèle », prévient-elle.
La plupart des directeurs de castings ont fait une école de théâtre ou appris la réalisation dans une école de cinéma. À la question des qualités requises pour faire ce métier, la réponse fuse : « Il faut savoir diriger les acteurs, filmer, faire du montage, gérer le stress, les rassurer, être souple dans les horaires. Avant tout, être curieux, avoir le contact facile et surtout, aimer les gens ».

Faire le clown ne suffit pas

Kadija Leclere est directe : « Il faut démonter un mythe : le métier d’acteur de cinéma est extrêmement rigoureux. La fiction, c’est très exigeant. Les parents qui pensent qu’il suffit de savoir faire le clown se trompent. Les enfants qui tournent travaillent plus que des adultes, pour une raison très simple : ils doivent impérativement réussir à l’école ! Donc, ils suivent un horaire double, celui de l’école et celui du travail ».
Tourner soumet à une pression intense : les jeunes acteurs se retrouvent au centre de l’attention d’équipes composées de cinquante à cent personnes. « Le bon côté, poursuit-elle, c’est que l’attention et la responsabilité sont hyper-valorisantes. Cela les fait grandir d’un coup : ils prennent conscience de valeurs comme la rigueur et le travail ».
Avant d’ajouter : « Mais que les parents se rassurent, ils sont très protégés. Le travail des enfants est parfaitement réglementé en Belgique, tous les aspects sont contrôlés, on ne peut pas faire n’importe quoi sur un plateau. Ils bénéficient de coachs, de profs particuliers, le nombre d’heures ouvrées autorisées sont précisées suivant les tranches d’âges... Il suffit que l’école remette un avis négatif par rapport à la scolarité et l’autorisation de tourner est refusée ».

Beaucoup d’appelés…

Étudier un petit texte, savoir improviser. Murmures et stress dans les salles d’attente, tant ils sont nombreux à tenter leur chance. « D’abord ils se présentent face caméra, puis je leur donne la réplique pour leur scène. Un casting, il faut le voir et le préparer comme un entraînement, un exercice, une occasion de s’améliorer. Passer un essai ne veut pas dire être pris. Très peu seront élus ! Être retenu représente plutôt une exception. Ne pas l’être, en revanche, ne veut pas dire que l’on a été mauvais. C’est comme dans une rencontre : parmi tous les essais présentés, le réalisateur sera touché par certains plutôt que par d’autres. Il y a une part d’irrationnel là-dedans. Et puis, oui, cela arrive qu’il y ait une révélation, un talent exceptionnel qu’on ne peut pas laisser s’envoler ! En Belgique, quelques-uns sortent du lot. Si vous êtes curieux, allez voir le film Ma reum, bientôt en salles, vous y verrez des gamins hyper-talentueux, que j’ai vu grandir, de casting en casting ».

Apprendre à bien parler

« 1 % de don et 99 % de transpiration, l’envie, le travail et la persévérance ». Brel, Einstein (ou l’oncle André) : votre moteur de recherche vous proposera maximes et citations célèbres (ou moins) sur le talent. Certes, mais dans la vraie vie, comment devient-on acteur ?
« Il n’y a pas de règles. Certains ont plus ou moins de talent, d’autres vont tellement bosser qu’ils y arriveront. La certitude, c’est que la caméra ne ment jamais. Une fois au casting, il arrive qu’un frère ou une sœur qui ne faisaient qu’accompagner manifeste l’envie d’essayer aussi. Et, isolé·e de leur entourage qui l’avait catalogué·e ultra-timide ou maladroit·e, la caméra révèle une personnalité… Bien entendu, l’enfant doit exprimer son envie. Être à l’aise dans la vie ne signifie pas être à l’aise sur un plateau. »
Si votre futur Cyrano est prêt à crever l’écran coûte que coûte, Kadija Leclere vous conseille de commencer par l’inscrire dans une bonne agence, en évitant celles qui demandent l’exclusivité : « Tout simplement parce qu’elles ne sont pas en mesure de garantir du travail. Elles vous enverront des propositions de castings. Évitez les mauvaises surprises : mieux vaut ne pas répondre aux castings sauvages, vous ne savez pas ce qui se cache derrière, comment votre enfant sera traité ».
Les parents vont investir en temps, les enfants en apprentissages : « La base, c’est de les inscrire à un cours de diction, en académie, c’est démocratique et très abordable. Cela servira de toute façon pour la vie. Savoir bien parler, avoir du vocabulaire, s’exprimer avec clarté et assurance, cela fait la différence. Nous faisons beaucoup de co-productions avec la France : dans ces cas, pas question d’avoir un accent, par exemple ».

… Et savoir attendre !

Misez aussi sur les autres formes d’expression : musique, danse, cirque… « En pratiquant ces activités, ils plantent des graines. Le rôle des parents, c’est d’accompagner, d’encourager. Même si percer au cinéma, c’est rare, pourquoi les frustrer ? Dans deux ans, ils auront peut-être d’autres envies, ce désir aura évolué. De plus, explorer des passions tout jeune aide à traverser la période plutôt compliquée de l’adolescence : ils prennent leur guitare, ils y mettent toute leur hargne. Au théâtre, incarner un personnage leur permet d’exprimer leurs souffrances : ça fait sortir les émotions. En faire un métier ou pas, ce n’est pas important. Ce sont des armes, des outils d’expression ».
Quant à la croyance tenace selon laquelle ce seraient les parents qui poussent leurs enfants à faire des castings, en opérant une sorte de transfert, Kadija Leclere réfute. « C’est possible, mais sachez que la grande majorité des enfants que je vois en casting est demandeuse, tous ont très envie. La plupart des parents ne sont pas ravis de courir les week-ends, de rouler ou prendre le train, d’attendre, d’essuyer les refus et les déceptions. Ils le font pour leurs enfants, ils passent du temps ensemble, ils les encouragent. J’en suis plutôt admirative ! ».
Pour finir, la dénicheuse de talents partage son secret : « Pour moi, qu’ils soient petits ou grands, c’est un privilège de découvrir des natures qui se révèlent, une cinégénie qui leur échappe et qu’ils n’ont pas dans la vie. La caméra, c’est un autre œil : elle va chercher des choses qu’on ne voit pas. C’est magique, c’est comme un accouchement. Oui, c’est ça, c’est beau : parfois, je me considère comme une accoucheuse » [sourires].

Aya Kasasa

On en parle avec…

Isabelle Schmitz, directrice de l’agence Promokidsmiling

« Une agence veille avant tout à l’intérêt de l’enfant »

Promokidsmiling existe depuis vingt-six ans. L’agence est spécialisée dans les comédiens et les people, avec un pôle spécifique pour les enfants, présentés pour des productions publicitaires, shootings photos, mais aussi de la fiction, cinéma et séries. Figuration ou rôles plus importants, vous avez tout intérêt à passer par une agence !
« C’est une question de fiabilité, de sécurité et de confiance. C’est notre métier, nous connaissons les clients, nous gérons les budgets. Cela nous permet de défendre les intérêts de nos comédiens et, surtout, nous savons où les enfants mettent les pieds : nous connaissons la diffusion, l’utilisation finale des images, le circuit dans lequel elles vont être diffusées. Nos contrats sont rédigés en bonne et due forme, nous assurons aussi un suivi pour le paiement. Énormément de sites lancent des castings tous azimuts : aucune garantie d’être à l’abri de personnes malhonnêtes. L’inscription est très simple, elle se fait sur notre site, en quelques clics : nous demandons 20 € pour les frais de dossier. Quand le profil d’un enfant retient l’attention d’un directeur de casting, les parents reçoivent un mail qui comporte tous les détails sur le projet, ainsi que le texte à apprendre. Dès que l’enfant est retenu, toutes les informations utiles sont communiquées : dates d’essayages, de tournage ou de shooting. Nous encourageons les parents à renouveler les photos sur le site, elles sont notre premier outil de travail. Un dossier à jour donne plus de chance d’être repéré. Pas question de dépenser des fortunes : il ne s’agit pas d’un book de mannequins ! Ce qui est important, c’est que l’on voie bien l’enfant. Les parents peuvent se contenter de photos toutes simples, prises devant un mur blanc, par exemple, sans accessoires, ni vêtements spéciaux : ce que l’on veut voir, c’est l’expression de l’enfant, qu’il soit lui-même et naturel. »

En savoir +

Le travail des enfants est réglementé

Dans la loi, le travail des enfants est interdit. Mais pour coller aux réalités sociales, un régime de dérogations pour certaines activités, dont les activités artistiques, a été prévu par le législateur. Les productions sont tenues d’introduire une demande, signées par les directeurs d’école si nécessaire. Durée maximale des activités, temps de repos, fréquences, rémunération : tout est détaillé dans Clés pour la réglementation du travail des enfants, le fascicule du SPF Emploi disponible gratuitement.

À lire, à voir, à faire

  • Coup de cœur absolu : Le loup qui voulait être un artiste, par Orianne Lallemand (Auzou). Dans la forêt, le soleil brille, les oiseaux chantent... Il fait si doux vivre que Loup se sent l'âme d'un artiste. Poète, peintre, sculpteur, acteur... tout le tente. Mais n'est pas artiste qui veut ! Et il faudra à Loup un peu de temps et quelques surprises pour trouver sa vocation. Attention, une star va naître !
  • Fous rires assurés : Ma Reum, de Frédéric Quiring, avec Audrey Lamy, Max Boublil et une brochette de jeunes talents. Tout va pour le mieux dans la vie sans histoires de Fanny... jusqu'au jour où elle découvre que son Arthur chéri, 9 ans, est le bouc émissaire de garçons de l’école. Fanny va rendre à ces sales gosses la monnaie de leur pièce : coups fourrés et pièges de cours de récré. Désormais, ce sera œil pour œil et dent pour dent. Sortie le 25 juillet.
  • Apprendre pour de vrai : stage équitation et théâtre au Horlay, à Saint-Médard. Ils ont entre 7 et 15 ans et ils aiment le cinéma, le théâtre, le cheval ? Le Horlay propose des stages en résidence. Les enfants apprennent à monter et à devenir comédiens, avec des professionnels qui viennent travailler une pièce ou un film.
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