Vie de parent

Bulle sociale de 5 : entre "mal nécessaire" et liens familiaux malmenés

Le sujet de la « bulle de 5 » a été abordé, hier, lors d’une conférence de presse commune du Centre de crise et du SPF Santé Publique. Après la litanie des chiffres, alignement de données et d’indices où le citoyen ne s’y retrouve pas toujours (« Franchement, ça veut dire quoi 3,7 décès par jour ? »), la question concrète des liens sociaux (et donc familiaux) s’est invitée. Hier les experts ont admis que cette « bulle de 5 » était difficilement supportable sur le long terme comme l’exprime, en mode famille nombreuse, une de nos lectrices via une lettre ouverte envoyée à Sophie Wilmès. Y a-t-il du changement en vue ? Quand les familles pourront-elles à nouveau se réunir en dehors des plans XXS ? C’est l’inconnu.

Bulle sociale de 5 : entre "mal nécessaire" et liens familiaux malmenés

Au-delà d’admettre que « la bulle sociale limitée à 5 personnes » est difficilement supportable sur le long terme, les experts considèrent, dans le même temps, qu’un simple retour à la bulle de 15 personnes par semaine n’est pas envisageable. Cette mesure aurait conduit à « une explosion su nombre de cas positifs » au début de l’été. Un assouplissement, alors ? Pour redonner du moral aux troupes ? La porte-parole interfédérale, estime qu’l faut trouver, en fonction de l’épidémie, un juste milieu entre « trop » de contacts (qui favorisent la propagation du virus) et les bulles tellement réduites qu’elles sont « pas vivables à long terme, infaisables en pratique et par respectées par grand monde ».

Un juste milieu à inventer

Où se trouve ce « juste milieu » entre « bulle de 5 pour un mois » ou « bulle de 15 pour une semaine » ? Il sera sans doute fixé lors d’une des conférences de presse du Conseil national de sécurité. En attendant, chacun est confronté à la radicalité d’une mesure qui effectivement, au quotidien, est quasiment inapplicable et incontrôlable.

Cette restriction des liens sociaux touche évidemment les familles. Si elles veulent respecter les règles à la lettre, il est impossible d’envisager des réunions physiques où sœurs et frères partagent leurs émotions et leurs souvenirs. Impossible pour une mère d’inviter ses trois enfants et leurs conjoints à discuter du temps qu’il fait et des enfants qui grandissent. Cela pèse, effectivement, et les experts en sont conscients, mais ils avancent avec conviction la « bulle » comme un mal nécessaire.

Le témoignage d'Elise

Particulièrement touchées, les familles nombreuses. A ce sujet, nous avons reçu une lettre ouverte. Elle est signée par Elise. Cette enseignante de formation, a 40 ans. Elle est mariée, maman de quatre enfants âgé de 3 à 16 ans. Vous le lirez, cette petite famille s’inclut dans une tribu bien plus grande où les liens familiaux sont devenus difficiles à gérer. « Pourriez-vous, s’il vous plait, considérer les choses sous l’angle des grandes familles ? » écrit-elle. Voici donc, cette missive. Au final, il est difficile de voir comment Sophie Wilmès pourrait rencontrer cette demande. Néanmoins, cette lettre montre (à travers un cas un peu extrême) comment certaines familles vivent mal ce système de bulle. Elle témoigne de ce moral en berne évoqués hier, lors de la conférence de presse. Raison pour laquelle nous la partageons….

 Madame la Première Ministre,

J’ai bien conscience de la difficulté actuelle du gouvernement à gérer la crise sanitaire. Je salue d’ailleurs très honnêtement votre travail de ces derniers mois.

Loin de vouloir tirer à boulet rouge sur les mesures prises, dont je comprends parfaitement la nécessité, je souhaite néanmoins vous partager mon vécu et mon ressenti de ces derniers mois au sein d’une famille nombreuse.

Je suis mariée et mère de 4 enfants dont 2 ont plus de 12 ans.

Je suis aussi l’ainée d’une fratrie de 6 enfants, tous en couple avec enfants. Nous sommes donc 17 adultes et ados et 10 enfants en ne comptant que nos plus proches parents.

Mon mari est quant à lui le benjamin d’une fratrie de 9 enfants dont 5 vivent en Belgique avec leur famille respective. Nous sommes…je renonce à compter combien nous sommes quand nous nous voyons tous ensemble de ce côté!

Depuis la mi-mars, nous n’avons pas pu nous réunir d’un côté ou de l’autre de la famille puisque nous sommes chaque fois trop nombreux pour respecter les fameuses ‘bulles’.

Jusqu’au mois de mai nous avons accepté la situation avec calme et résignation. Nous avons respecté les mesures à la lettre, fêté les anniversaires, la fête des mères et les naissances au travers d’écrans et pris notre mal en patience.

Au cours des phases de déconfinement successives, nous étions chaque fois plein d’espoir : nous allions pouvoir organiser une réunion de famille ! Enfin nous voir, rire ensemble, découvrir les nouveaux bébés, partager nos tranches de vie des derniers mois. Peut-être … oh, espoir fou…peut-être même partager un repas ?

Espoirs toujours déçus.

Chaque conseil de sécurité donnait lieu chez nous à d’interminables discussions (par zoom interposé) : qui voit qui, comment fait-on pour nos parents, est-ce que tout le monde est d’accord (non, bien évidemment) ?

Nous avons d’abord dû créer des bulles de 2 familles en tirant à la courte paille, laissant nos parents sur le carreau…Comment pouvaient-ils décemment décider de choisir lequel de leurs enfants ils pourraient voir ? Et comme il y a 13 petits enfants, nous avons aussi dû décider qu’ils ne pouvaient en côtoyer aucun. Ils n’ont vu personne avant la fin juin. Du côté de mon mari, certaines bulles familiales sont trop importantes et nous n’avons par conséquent jamais pu nous voir.

Pendant ce temps, autour de nous, un grand nombre de familles se retrouvaient avec joie, les petits enfants s’asseyaient sur les genoux de leurs grand-parents, les cousins logeaient les uns chez les autres et certains organisaient même des retrouvailles bruyantes et festives (qui semblaient d’ailleurs parfois largement dépasser les limites du nombre de personnes autorisées, passons).

Mais nous ne pouvions recevoir nos proches pour la fête des Pères.

Nous sommes restés zen et patients, même si c’était un crève-cœur.

Autour de nous, les gens sont progressivement retournés tester les canapés avec de parfaits inconnus chez Ikéa.

Mais nous ne pouvions pas organiser un pique-nique au jardin entre frères et soeurs.

Nous sommes restés compréhensifs, même si c’était injuste.

Ensuite, les gens ont pu voir jusqu’à 15 personnes différentes par semaine, les enfants ont pu reprendre le chemin de l’école et autour de nous les gens sont allés hurler tous ensemble dans les attractions à Walibi.

Mais nous ne pouvions toujours pas organiser un barbecue en famille.

Nous sommes restés stoïques et respectueux des mesures, même si c’était illogique.

Puis est venu l’été et la possibilité d’envoyer les enfants s’égayer dans des stages divers et variés aux 4 coins du pays et, cerise sur le gâteau, d’aller boire des verres en terrasse et manger au restaurant, là où, Madame, soyons honnêtes, les distances de sécurité sont plus que relatives.

Mais nous devions annuler nos vacances familiales annuelles.

Nous avons encaissé sans broncher même si c’était vraiment un coup dur.

Enfin, la fameuse bulle de 5 personnes par foyer pour le mois d’août ! Enièmes discussions interminables (toujours par zoom interposé). Qui va voir qui ?

Madame, pendant que l’ensemble du pays peut faire la fête avec 200 inconnus, aller au cinéma, au restaurant et à l’hôtel, croiser des gens venus de partout, nous, famille nombreuse, devons chaque jour nous priver, nous brimer, nous déchirer et peut-être bientôt nous disputer…car nous sommes juste un peu trop nombreux pour organiser un événement privé.

Madame, la semaine prochaine, c’est l’anniversaire de notre maman et elle ne rêve que d’une chose : avoir ses enfants, beaux-enfants et petits enfants réunis autour d’elle en toute simplicité, avec le respect des gestes barrière (nous n’avons plus touché ou embrassé aucun de nos proches depuis bientôt 5 mois !).

Nous cherchons depuis des jours une formule pour satisfaire son souhait…mais malgré le fait qu’il y ait plus d’idées dans 27 têtes que dans une, nous n’avons trouvé aucune solution légale pour nous voir tous ensemble.

Ah ! Si ! Pardon, il y en a peut-être une : nous pouvons dépenser approximativement 800 euros pour réserver 7 tables distinctes dans un restaurant dans lequel nous croiserons plus de monde que si nous restions entre nous!

Mais nous ne pouvons pas partager simplement un gâteau dans le salon de la maison familiale.

Et cette fois, nous commençons vraiment à avaler de travers, car nous nous sentons malmenés.

Comment en effet, s’empêcher de penser que l’économique prime sur le bien-être des familles ?

Comment dans ces conditions, rester d’honnêtes et dociles citoyens qui oeuvrent pour le bien de tous en se privant de contacts chaleureux mais prudents?

Madame, nous avons été patients, nous avons été compréhensifs, nous avons été raisonnables, nous avons jusqu’ici respecté les mesures à la lettre mais aujourd’hui plus que jamais nous nous sentons terriblement oubliés.

Pourriez-vous, s’il vous plait, considérer les choses sous l’angle des grandes familles ?

Les liens familiaux pourraient-ils enfin primer un peu sur les besoins de relance économique du pays ? Pourrait-on penser à nous laisser une place lors des prochaines mesures ?

Il en va du bien-être et de la santé physique et mentale d’une partie de vos citoyens, sujets que, je n’en ai jamais douté, vous placez toujours au centre de vos préoccupations.

En vous remerciant déjà de m’avoir lue et dans l’attente de votre réponse,  je vous prie, Madame la Première Ministre, de bien vouloir recevoir mes plus respectueuses salutations.

 

Elise  

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