6/8 ans

C'est pas juste ! Vraiment ?

« C’est pas juste ! » s’écrie le gosse. À tout bout de champ, il pousse cette exclamation irritante qui, malgré tout, éveille parfois en vous un vague sentiment de culpabilité Faut-il la laisser passer, cette rengaine ? La banaliser ou la prendre en compte ? Focus sur nos Calimero !

C'est pas juste ! Vraiment ?

« C’est pas juste, il pleut ! » ou « C’est pas juste, la télé est en panne ! », c’est plutôt, pour un enfant, une manière de dire son mécontentement devant une réalité pas conforme à ses désirs. Ou son dépit, son désaccord, face à un refus : « C’est pas juste, je voulais une glace ! »
Dans ces exemples, votre gamin ou gamine n’utilise pas le mot « juste » avec à propos, il ne comprend pas réellement ce qu’il signifie. À vous, parents, de réagir par… une petite leçon de vocabulaire, en indiquant le mot propre : « C’est dommage, ennuyeux, contrariant ou agaçant, mais ce qui t’arrive n’est pas injuste ». Ou bien encore : « C’est triste, ce n’est pas ce que tu espérais ! »
Que le monde ne soit pas tel qu’un enfant l’imagine ou le souhaite est une réalité. Cela ne fait pas de lui une victime. Voilà une vérité qu’il vaut mieux lui apprendre très tôt !

Comparaison n’est pas raison

Il y a aussi le « C’est pas juste », brandi quand il ou elle se compare avec les copains : pas juste de ne pas avoir les sandales X comme Zoé, pas juste de n’être pas allé en vacances en avion comme Samira, pas juste de ne pas avoir une piscine à soi comme Nolwenn…
Les enfants actent des différences de fonctionnement familial, peut-être aussi de moyens financiers… et ne les comprennent pas. Une fois de plus, c’est à vous de leur expliquer les pourquoi (et vous devrez le répéter souvent !) : « Tant mieux si Nolwenn a une piscine chez elle, mais moi, je préfère aller à la piscine de la ville ».
Suivant l’âge de l’intéressé, vous pouvez même pousser l’explication un pas plus loin en interpellant sa conscience de citoyen du monde : « Je trouve qu’il faut épargner l’eau et l’électricité. »

Le plus gros morceau

Autres « pas juste », les fraternels… « C’est pas juste, il est toujours près de la portière ! », « C’est pas juste, il a toujours le plus gros morceau ! ».
Une manière d’attirer l’attention de l’adulte, parfois même de le manipuler. Si ce n’est pas le cas, si l’expression devient permanente, ce « pas juste » peut-être signe d’un mal-être.
L’enfant peut éprouver un vrai sentiment d’injustice, bien supérieur à l’éventuelle injustice qu’il incrimine. Se vivant lésé, il croit n’avoir pas sa place dans la famille, être moins aimé. Il souffre réellement alors que le motif invoqué peut sembler futile aux yeux des parents.
Dans un premier temps, ces « pas juste » posent la question du comportement affectif des parents (« Sommes-nous vraiment injustes vis-à-vis de notre ou nos enfants ? ») qui peuvent surveiller, voire modifier leurs propos et leurs manières d’être. Qu’ils ne voient pas de raison de changer d’attitude ne les empêche pas d’écouter l’enfant, de l’aider à exprimer son ressenti et de chercher à le comprendre pour pouvoir l’aider à porter un autre regard sur ses proches.

Quand ce n’est vraiment « pas juste » !

Tout autant voire plus difficiles à vivre, les « c’est pas juste » qui ont trait au physique, aux aptitudes de tous ordres, aux capacités intellectuelles : « C’est pas juste, il est mince et je suis gros » ou « Il n’étudie pas, il a des beaux points et moi je travaille et j’ai raté ».
S’il n’est pas possible d’annuler des différences objectives, il est tout autant inutile de les nier, elles existent indubitablement. Au contraire, permettre à l’enfant en souffrance de les dire et donc de les reconnaître, les acter, c’est lui permettre de mieux les accepter. Souligner l’existence d’autres qualités et capacités qu’il possède peut l’aider à relativiser : « Tu dois travailler plus que ton frère, mais tu es douée pour dessiner et imaginer des histoires, chacun a ses points forts ! »
Le monde n’est pas juste, les différences sont légion. Pourtant, vouloir une égalité parfaite dans sa manière de vivre avec sa progéniture apparaît bien un leurre ! Offrir le même cadeau à 7 et à 10 ans ? Payer le même stage à l’un et à l’autre ? Acheter à tous le même pull au même prix ? Tout cela n’a pas de sens ! Essayons plutôt d’apprendre à des enfants différents que nous tentons non pas de leur donner à tous les mêmes choses, mais à chacun ce dont il a besoin. Plus facile à dire qu’à faire déjà pour les parents, mais encore bien moins évident à admettre à 8 ou 10 ans !

Thérèse Jeunejean

La question

Pourquoi ne sont-ils jamais satisfaits de leur sort ?

Une hypothèse : ils ne sont pas contents d’eux-mêmes, ils ne s’aiment pas et ne se font pas confiance. Alors, ils envient autrui, se plaignent, se vivent en victimes. Les laisser s’exprimer, reconnaître le mal-être et les difficultés qu’il engendre est une première étape dans l’aide à apporter à ces enfants mal dans leur peau pour pouvoir ensuite chercher avec eux comment les dépasser ou les aplanir, comment grandir plus heureux.

À lire

Pour vous soutenir dans cette entreprise, un guide : Petits tracas et gros soucis de 8 à 12 ans. Quoi dire ? Quoi faire ? de Christine Brunet et Anne-Cécile Sarfati aux Éditions Albin Michel.