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C’est si bon de ne rien faire !

La paresse est un péché capital. Il faut faire ce qu'on doit avant de faire ce qu'on aime. L'oisiveté est la mère de tous les vices. Voilà ce qu’on serinait à vos parents, il n’y a pas encore si longtemps. Aujourd’hui, on dit pas de temps à perdre, il faut être rentable, il faut produire plus pour consommer plus. Les effets sont les mêmes : il faut faire, pas le temps de rêver. L’époque est décidément à l’hyperactivité !

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La mode actuelle est aux agendas hyper-remplis. « Je sais que je devrais prendre du temps pour moi, mais tu comprends, avec mon emploi du temps...», sous-entendu : « Mon agenda est plein, je suis donc quelqu'un de bien ! ». L'hyperactivité serait-elle un critère de réussite ou d'intelligence ?

Avez-vous pensé à vos enfants ?

Mis à la même sauce que vous, vos enfants ont des horaires de fou, des agendas de ministre. Pour preuve :

  • 6h30 : lever.
  • 7h15 : départ pour l'école. Pour les lambins, ils termineront leur petit déjeuner dans la voiture.
  • 7h30 : garderie. Ils sont les premiers arrivés…
  • 8h30 : en classe.
  • 10 h : récré.
  • 10h30 : en classe.
  • 12 h : repas tartine ou repas chaud à la cantine.
  • 12h30 : récré.
  • 13 h : en classe.
  • 15h30 : étude (quand il y en a une) ou garderie.
  • 17h30 : solfège, guitare, tennis, kung-fu, dessin ou autres activités extrascolaires.
  • 19 h : retour à la maison, devoirs et leçons à finaliser, souper, télé ou ordi.
  • 20h30 : dodo… si possible !

Vos enfants vivent - au minimum ! - douze changements sur une journée scolaire. Pas le temps de se poser, pas le temps de rêver, pas le temps de ne rien faire (ou, pour être plus actif : de faire rien !). Sans compter le nombre de personnes qu’ils auront croisés au cours de cette journée et auxquelles ils auront dû s'adapter.
Alors, quand le week-end arrive, on croit enfin pouvoir respirer, mais non, c'est pareil, voire pire. Normal, on leur fait faire ce qu'ils n'ont pas pu en semaine avec l'une ou l'autre compétition de foot ou de tennis en plus, car le sport, ce n'est pas que du plaisir, il faut qu’ils soient les meilleurs.
Pourtant, vous les adultes, après des journées surbookées, vous êtes comme des vols « low cost ». Il n'y a plus assez de place pour tout embarquer : des personnes ou des bagages resteront sur place ! Qui d'entre vous ne s'est pas plaint d'avoir « la tête comme un œuf » et de ne plus entendre ni supporter le déferlement des questions, demandes et ronchonnements du soir. Les disputes de l’un avec ses copains, le devoir non fait de l’autre, le 10 sur 20 en dictée, le sac de piscine qui est resté à l’école, l'autre parent qui a eu une journée épuisante et l'inévitable « Qu'est-ce qu'on mange? J'ai faim »
Et si vos enfants n’en menaient pas large non plus ? Souvent logés à la même enseigne, ils rêvent peut-être comme vous de ne rien faire… ou de faire n'importe quoi.

Trop, c'est trop !

Avant, il y avait deux sortes de temps : le temps du repos et celui du travail, celui du jour et celui de la nuit, la semaine et le week-end. Maintenant, tout devient urgent, il faut tout faire en un minimum de temps, il faut gagner du temps. Et très logiquement, on remplit le temps des enfants aussi. Intelligemment, bien sûr, cela va de soi.
Mais seront-ils vraiment mieux armés dans la vie s'ils ont appris la musique, le dessin, les arts martiaux et l'informatique ? Pas sûr…
Leurs journées devraient avoir des temps de rêverie, d'ennui, des temps pour se poser, se reposer, réfléchir, faire connaissance avec eux-mêmes. Ces moments sont indispensables à l'intégration de toutes les informations dont ils sont continuellement bombardés, à l’organisation de leur pensée. Ce sont des moments où ils classent, rangent, examinent ce qu'on leur apprend, ce qu'ils ont découvert ou ce qu'ils ressentent. Sans ces temps de rêverie, tout cela s'entasse sans ordre dans leur esprit, dans tel désordre qu’ils ne retrouvent pas l'information quand ils en ont besoin. Ces temps d'arrêt permettent aussi à leur créativité de se déployer. Et d’inventer des jeux, de trouver des solutions pour apprivoiser les questions qui les préoccupent. En jouant à la poupée ou en construisant de magnifiques circuits dans le bac à sable, ils apprennent à devenir grands.
Les enfants ont besoin de jouer librement, avec ou sans jouets, pour grandir, apprendre et devenir autonomes. Laissons-les rêver, s'ennuyer, traîner. « Ne plus devoir faire » permet d'imaginer, de devenir tout simplement… plus malin.

Mireille Pauluis

PENSEZ-Y !

On dit que Denis Papin a inventé la machine à vapeur grâce à ses longues heures de rêveries vécues devant la cheminée où bouillonnait la marmite de sa grand-mère. Vrai ou pas, qu’importe. Ce qui est sûr, c’est que quelques moments d’ennui rendent nos enfants plus créatifs et autonomes. Un jeune enfant à qui on propose sans cesse des activités a du mal à s'occuper tout seul, à rester seul ou à jouer tranquillement pendant que les parents s'occupent à autre chose.

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