12/15 ans

Ça y est, ce n’est plus une enfant !

Votre fille a 13 ans. Peut-être vient-elle d’avoir ses règles ? Ou pas encore… mais elle en parle, vous questionne. Est-ce le moment de lui proposer d’aller chez un gynécologue ? Allez-vous l’accompagner ou la laisser seule ? Comment lui expliquer ce que veut dire être réglée ? Autant de questions que nous avons posées à Isabelle Lupant, généraliste du planning familial Le Blé en herbe, à Salzinnes.

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Apprendre que le jour où elle sera réglée, elle sera fertile, c’est-à-dire que son corps sera capable de fabriquer un bébé si elle a des relations sexuelles, est une sacrée nouvelle pour une gamine de 12, 13 ans et plus. Car qui dit relations sexuelles, dit double protection : l’une contre toute grossesse involontaire par un moyen contraceptif… efficace ; l’autre contre les infections sexuellement transmissible (I.S.T) et tout particulièrement, le sida.

Où s’informer ?

Il y a mille lieux où une toute jeune fille peut apprendre ces choses. Et ce, de préférence, avant qu’elle ne soit réglée. Dans certaines familles, une mise au point se fait à un moment privilégié : la sexualité n’est pas un sujet tabou. Mère et fille sont proches. Les questions sont courantes et les réponses claires.
Dans d’autres familles, le sujet est plus difficile à aborder, voire carrément évité. Les adultes sont mal à l’aise, maman comprise, ou la jeune, jalouse de son intimité, ne pose aucune question.
Il y a aussi le cours de biologie ou des animations proposées par l’école qui tombent parfois un peu tard pour certaines filles. Enfin, et surtout, il y a les amies, une grande sœur, la marraine ou tout autre adulte de confiance.
Pour les parents inquiets, il est possible aussi de donner à leur adolescente (ou de laisser traîner) des documents clairs, utiles, téléchargeables sur des sites faits sur mesure pour elle (www.sips.be ou www.loveattitude.be).

En parler. Trop tôt ? Trop tard ?

Dès 12, 13 ans, il est utile d’informer votre fille des risques qu’elle encourt le jour où elle décide d’avoir des rapports sexuels. Ce genre de conversation est d’ailleurs plus facile à mener «à froid» tant que votre toute jeune fille ne pense pas encore trop aux garçons. Faut-il prendre, à ce moment-là, rendez-vous pour elle avec le gynécologue pour la prescription d’un moyen contraceptif ? Pas sûr !
«Il y a quelques mois, j’ai questionné ma gynéco sur le bon moment de parler d’elle à ma fille, explique Alice, maman de Zoé, 14 ans. Sa réponse a été nette : ‘Trop tôt à 14 ans ! Attendez qu’elle en ait besoin !’ Et de m’encourager à regarder avec elle, une vidéo, à parcourir un livre sur les transformations du corps à l’adolescence
La généraliste du planning, Isabelle Lupant, précise qu’en moyenne, le premier rapport chez les filles a lieu à 17 ans, et ce depuis des années. C’est évidemment une moyenne. Des plus jeunes arrivent au planning en précisant qu’elles sont là parce que leur mère refuse de leur payer la pilule bien qu’elles aient des rapports sexuels.
«Refuser la pilule à son adolescente n’est pas une bonne idée, souligne la généraliste. De même, si elle parle de rendez-vous gynécologique, pour n’importe quelle raison et même si celle-ci sonne faux, les parents doivent l’aider à trouver une bonne adresse !»

Et l’amour, bordel !

Aux parents - et à la maman surtout, question d’intimité - à être attentifs à la vie amoureuse de leur fille, sans pour cela jouer à l’espion ou être intrusifs. Si un petit ami est très présent ces derniers mois, vous pouvez imaginer que les sorties deviennent à risque… si votre fille n’a pas encore de moyens contraceptifs et de protection contre les infections sexuellement transmissibles (notez bien le «et» : la pilule ne protège en rien du sida).
Autre exercice (agréable) que les parents (papa y compris, dans ce cas-ci !) doivent assumer : ne pas éviter les questions sur la sexualité, bien sûr, mais surtout parler d’amour. Abreuvés de téléréalité, de publicités, de sites pornographiques, beaucoup de jeunes ont une vision de l’amour hypersexualisée, sans sentiment.
Pour contrebalancer cette vision consumériste des choses, à vous, papa, maman, de parler des sentiments, de respect de soi et de l’autre. À vous d’insister sur l’importance d’échanger avec son partenaire, de s’écouter, de se faire confiance. De se sentir libre vis-à-vis de l’autre aussi. Et de lui rappeler qu’il n’y a aucune obligation à céder à l’envie d’un garçon qui veut faire l’amour si elle ne le désire pas. Même chose pour certaines pratiques sexuelles (la fellation, par exemple), considérées à tort par les jeunes comme allant de soi.

Thérèse Jeunejean

EN PRATIQUE

Visite chez le gynéco…

  • Un premier contact avec un gynécologue ne demande pas nécessairement un examen gynécologique, mais permet une mise en confiance pour les consultations ultérieures.
  • Une contraception peut être prescrite par un médecin généraliste. Par contre, quand celle-ci est en route, le suivi médical par un gynécologue devient nécessaire.
  • Votre fille préférera sans doute un autre gynéco que le vôtre. C’est sa manière de prendre sa vie intime en charge.
  • Par contre, vous pouvez expliquer à votre fille ce qu’est un examen gynécologique. Rappelez-lui qu’elle peut tout dire au médecin et que le secret médical la protège.

… ou au planning familial

  •  www.loveattitude.be reprend les coordonnées de tous les plannings existants, quelle que soit la fédération à laquelle ils appartiennent, et propose une visite virtuelle de certains centres.
  • Coût : 6 € pour une consultation médicale avec une mutuelle en ordre (chez laquelle le jeune peut obtenir des vignettes). Un problème de papier ou d’argent ne peut être un frein.
  • Cinq types de consultations : demande de contraception ; test de grossesse et suivi ; examen gynécologique classique ; tests sida et autres maladies sexuelles ; questions relatives à la «normalité» (Je n’ai pas de poils, j’ai des trop petits seins, etc.).

EN SAVOIR +

  1. Pour les plus jeunes : Les règles, C kwa ça ? et Sex-Appeal, pilules et Cie - Infor Santé, Mutualités chrétiennes.
  2. Les méthodes contraceptives - Fédération laïque des centres de planning familial
  3. Plus détaillé : La contraception - SIPS
  4. Dialogue 146 : Amour et sexualité à l’adolescence - Enès
  5.  Yapaka : Adolescence et risque.

ACTU

Réglées de plus en plus tôt

L’âge des premières règles a nettement diminué depuis deux siècles. Autrefois, les règles survenaient entre 16 et 18 ans en Europe. Aujourd’hui, elles surviennent, chez nous, dans les pays riches, entre 12 et 13 ans. Ce développement plus précoce est lié à l’amélioration de l’alimentation, à l’instruction et au mode de vie moderne qui stimuleraient les fonctions nerveuses et hormonales des enfants. Actuellement, on observe aux États-Unis et en Angleterre que l’âge des premières règles se stabilise entre 12 ans et demi et 13 ans et demi (Chiffres de l’Institut national des études démographiques à Paris).

TEMOIGNAGE

« Ma fille m’a mise devant le fait accompli »

« Ma fille m'a mise devant le fait accompli : elle m’a raconté sa relation amoureuse et sexuelle à un moment inattendu, un jour qu’on était toutes deux en voiture. Les enfants, qu'ils soient grands ou petits, posent toujours les questions quand on ne s'y attend pas. Néanmoins, mon sixième sens de mère avait senti qu'elle allait aborder ce sujet-là.
Dès la puberté, nous avons commencé à lui parler de la relation amoureuse, de la contraception et des dangers possibles des relations sexuelles. Je dis ‘nous’ car nous tenons ce genre de conversations avec nos enfants, fille comme garçon, tant mon mari que moi-même. Nous avons toujours évité de considérer cela comme un sujet tabou. Les choses sont dites simplement et nous partageons notre propre découverte amoureuse avec eux, quand c’est nécessaire.
Lorsque, à 16 ans, ma fille nous a présenté son petit copain et que cela nous a semblé sérieux, nous avons plusieurs fois abordé le sujet de la sexualité en douce, afin de lui montrer qu'on l'accompagnait. Il n'est pas toujours facile de savoir jusqu'où on peut ou doit aller, mais on s'est laissés guider par notre cœur et notre bon sens.
Heureusement, les infos sont aussi données à l'école et par les copines. Elles s'envoient dans les plannings et veillent ainsi les unes sur les autres !
La question du gynéco vient de se poser : une première visite étant nécessaire un an après la prise de pilule pour un frottis. Le médecin traitant lui a donné des adresses. Ma fille préférant une dame, je l'ai laissée choisir, mais c'était difficile pour elle de prendre un rendez-vous, seule. Je l'ai donc fait pour elle et elle en a été soulagée. Maman est encore nécessaire comme soutien. Je l'accompagnerai, mais je ne rentrerai pas dans le cabinet : c'est sa vie ! »

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