Vie de parent

Carte blanche :
et si on cédait au virus de l’humour ?

Anxiogène, cette crise du coronavirus ? Certainement. Et cela nous met au défi de gérer cette tension de manière positive. Une dose d’humour équilibrée peut apporter les vitamines nécessaires pour retrouver le sourire, tout en restant attentifs à notre santé.

Une carte blanche de Christophe Panichelli, psychiatre

Carte blanche : et si on cédait au virus de l’humour ?

Nous voici donc enfermés chez nous à attendre la fin de cette épidémie de coronavirus, avec une bonne rasade d’anxiété en prime. Difficile de penser à autre chose : dès qu’on allume la radio, la télévision ou internet, nous assaillent la peur d’être contaminés, de voir nos proches hospitalisés, l’incertitude sur la durée du confinement… En balade, les passants gardent une distance de sécurité. Certains continuent à nous dire bonjour en souriant, quand d’autres nous évitent en enfonçant le visage dans leur écharpe ou leur masque… ambiance ! Comment continuer à vivre sans sombrer dans l’angoisse, tout en appliquant les mesures de sécurité nécessaires pour notre santé ?

Toute la question est là, dans cet équilibre à trouver. Car il va bien falloir évacuer cette tension. Mais sans porter atteinte à autrui. Carla Bruni l’a fort bien illustré malgré elle en publiant sur les réseaux sociaux des traits d’humour tantôt libérateurs (« Il n’est pas certain que l’on devienne fous à force de rester chez soi… j’en parlais encore tout à l’heure avec mon frigo ! »), tantôt déplacés en feignant de tousser sur les journalistes pour rire, déclenchant une désapprobation générale.

Notre humour à le pouvoir de faire baisser la pression

Comme si cela ne suffisait pas, d’éminents scientifiques attirent notre attention sur le risque d’augmentation de la violence dans les familles – rester enfermés tous ensemble sans entraînement de foot pour se défouler ni spectacle pour se détendre peut en effet être explosif !

À condition donc de rester attentifs à la prudence nécessaire pour limiter au maximum l’extension du virus, une pincée d’humour bien dosée peut désamorcer bien des tensions. Mais comment faire ? Tout simplement, en utilisant le sens de l’humour qui sommeille au fond de chacun de nous. Chacun dans notre style, bien sûr.

Certains en font beaucoup, certains trop et d’autres feraient bien de se dérider un peu. Mais il s’agit bien d’une compétence universelle : qui n’a jamais désarmé une dispute en faisant remarquer un détail rigolo ? Plutôt que de nous désoler de la situation en nous laissant engluer dans le sérieux par l’anxiété, nous pouvons aussi nous amuser des associations comiques et autres incongruités qui s’offrent à nous. Et notre humour a le pouvoir de faire baisser la pression.

Conserver le plaisir de vivre ensemble

En famille, on peut tout simplement regarder des comédies ensemble. On peut se lancer le défi de se raconter une blague par jour. On peut utiliser les jeux de société comme les « Jokes de Papa » (Gigamic®) où l’enjeu est de ne pas rire pendant que l’adversaire lit des histoires drôles face à soi. On peut instaurer un rituel de tour de parole, chacun devant raconter un détail amusant de sa journée – positif et respectueux des autres et pas moqueur ou rabaissant, naturellement. On peut s’offrir un karaoké humoristique, en choisissant des chansons drôles, ou encore en réécrivant des chansons connues à la sauce du moment. Sur la longueur du confinement : Quand j’aurai tout mon temps (Michel Fugain), On s’était dit rendez-vous dans cent ans (Patrick Bruel) ou Ensemble, on est pas mieux (Théophile Renier) feraient l’affaire… À nos guitares ! Ne dit-on pas que l’ennui stimule la créativité ?

Ne nous voilons pas la face : cette épidémie ne sera pas réglée en un éclat de rire. Il nous faut rester prudents et attentifs. Et ensuite, nous détendre au maximum, pour conserver le plaisir de vivre ensemble, et le plaisir de vivre tout court. Mais aussi pour mieux rester attentifs et prudents. Alors pour le moment, finies les bises et embrassades en tous genres, finis les rassemblements et fêtes que nous affectionnons tant.

Par contre, offrons-nous une bonne dose de vitamines (vive les fruits et légumes variés), une dose de sport (balades en forêt, avec bonjour bienveillant de loin aux autres humains croisés sur notre parcours), et une dose d’humour pour lier le tout, dans la convivialité et le respect de chacun.

Christophe Panichelli est psychiatre et psychothérapeute familial. Il travaille en cabinet privé dans la région de Liège. Il est l'auteur de différents articles sur la place de l'humour en psychothérapie, dont plusieurs sont disponibles sur LinkedIn.

Pour aller + loin

► Rire mais pas seulement, par Christophe Panichelli. Article paru dans Check-In, la revue du Centre Hospitalier Chrétien de Liège, n°26, février 2020.
► La pratique de l’humour en psychiatrie, par Christophe Panichelli. Article paru dans Santé Mentale, n°206, mars 2016.
► Sur l’utilisation de chansons humoristiques en psychothérapie, voir les travaux d’Albert Ellis, par ex. dans Fry, W.F., & Salameh, W.A. (1987). Handbook of Humor and Psychotherapy, Professional Resource Exchange, Sarasota, Florida.

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