Vie de parent

Carte Blanche : le masque dès la 5e primaire,
et la santé mentale de nos petit·e·s, alors ?

À peine les mesures annoncées venderdi en ce qui concerne l'obligation du port du masque à l'école pour les 5e et 6e primaires que le psychiatre Jean-Yves Hayez souhaitait adresser aux parents un examen sur la faisabilité de l'opération. Et partager ses craintes sur la répercussion de cette décision sur la santé mentale des petit·e·s. Voyons voir - sans mauvais jeux de mots - ce qui leur pend au nez.

Carte Blanche : le masque dès la 5e primaire, et la santé mentale de nos petit·e·s, alors ?

« La mesure est-elle faisable ? À certaines conditions, oui. La moyenne des enfants de 10-12 ans est dotée d’une bonne stabilité et d’un bon contrôle psychomoteur, qui permet au corps de rester calme, sereinement. Ils ont aussi une intelligence concrète qui leur fait bien comprendre le pourquoi et le comment des choses.

Enfin, leur monde intérieur, celui de leurs idées, leurs opinions et leurs sentiments est réaliste et n’est plus trop tourmenté par les mêmes angoisses que les tout-petits : ils sont donc capables de répondre à cette demande avec bonne volonté, efficacité dans l’exécution et sans traumatisme psychologique significatif. Certains se sentiront même heureux et fiers d’être associés de la sorte au monde de grands et de participer plus activement à l’effort commun.

Maître mot ? La bonne préparation

Reste évidemment aux parents et aux enseignant·e·s à bien les y préparer. Un échange verbal solide à propos des masques chez les enfants s’impose donc. Notez que je parle d’échange verbal, et non de 'bonne séance d’information'. J’ai déjà dit à maintes reprises que nous perdions trop souvent le meilleur de la communication avec les enfants, soit par nos silences, soit au contraire en les assommant d’une masse d’informations, même lorsque le vocabulaire est adapté à leur âge.

Échanger verbalement avec eux, c’est d’abord les écouter, s’enquérir de ce qu’ils savent déjà, de ce qu’ils pensent et de ce qu’ils vivent. Après, nous pouvons partager avec eux notre vécu, nos opinions et notre savoir. Nous pouvons certes corriger quelques erreurs, combler quelques lacunes, mais il s’agit essentiellement de construire un savoir en commun, respectueux des opinions de chacun. Cet échange verbal peut évidemment se répéter dans la durée, pour évaluer ce qui se vit après quelques jours, et autour de tant et tant de corona -questions. Voyons, maintenant, là où ça pose problème.

► Premier problème : celui de la durée

Une journée scolaire avec le masque sur le nez, c’est très long. Les enfants vivent davantage que les adultes dans l’immédiat, sans planification à long terme. Ils ont aussi besoin de contacts sociaux complets, à visage découvert, avec leurs pairs, pour lire l’amitié et la joie sur le visage de ceux-ci, pour se parler, se faire des mimiques, pour jouer... Alors, il me semble important d’aménager la durée, sans perdre pour autant le bénéfice de la mesure.

Par exemple, outre le moment du repas pris en commun, on peut prévoir des moments récréatifs, sans masque et avec les distances sociales respectées : pour faire des jeux de société, voire des jeux d’extérieur style 'louveteaux' dirigés par un adulte. En rêvant encore davantage, on peut imaginer des journées de quatre heures d’école le matin. Et l’après-midi, une prise en charge de deux heures devant la télévision, avec obligation pour les enfants d’y assister. Ça a marché gentiment chez nous sur la 3, et en France avec les cours Lumni sur France 2.

► Autre frein : un enfant n'est pas l'autre 

Si en moyenne, le groupe est capable de s’adapter aux masques, il y a des exceptions : enfants très hyperkinétiques, enfants souffrant d’angoisses importantes autour du masque (peut-être ceux qui présentent des traits autistiques), préadolescent·e·s que l’arrivée de la puberté rend à nouveau instables, etc. En permettant à ces enfants de ne pas porter de masques, tout en respectant le mieux possible les gestes barrière, parents et enseignant·e·s pourraient mettre en application une superbe 'pédagogie de la différence' en n’en faisant ni des privilégiés ni des parias, et en encourageant le groupe à réfléchir sur l’acceptation des différences.

► Un enfant reste un enfant

Et la question de la tolérance et de l’empathie ? Même avec leur bonne volonté, les enfants restent des enfants. Il existera donc un certain nombre d’oublis et d’imperfections dans la gestion de la mesure. Aux adultes de faire preuve de compréhension et non d’irritation progressive : l’enfant distrait ou un peu nerveux peut être encouragé à faire mieux, et pas grondé pour sa soi-disant négligence. Tous ceux qui ont fait de leur mieux peuvent être remerciés et valorisés pour leur participation à l’effort commun, et les cancres du masque soutenus, invités à réfléchir, valorisés pour leurs petits efforts plutôt que stigmatisés. »

Jean-Yves Hayez

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