Vie de parent

Carte blanche : « Pour le bien-être
des enfants, ouvrez les écoles
en laissant la décision finale aux parents »

Karolina Telejko a trois enfants, des jumelles de 11 mois et une petite fille de 3 ans et demi. C’est en voyant cette dernière perturbée par le confinement que Karolina a décidé de prendre la plume, écrivant cette lettre, la faisant corriger par une amie, le français n’étant pas la langue maternelle de Karolina. Au final, donc, ce texte qu’elle a voulu partager.

Carte blanche de Karolina Telejko. Les intertitres sont de la rédaction.

Carte blanche : « Pour le bien-être des enfants, ouvrez les écoles en laissant la décision finale aux parents »

Ces deux mois de confinement ont révolutionné la vie des familles. En effet, depuis la mi-mars, les parents restent la plupart de temps à la maison avec leurs enfants afin de ralentir la propagation du virus. Cette période a certainement permis de profiter de plus de moments ensemble, mais la réalité est beaucoup plus complexe.

Pendant ces moments difficiles et incertains, les parents plus que jamais veulent le meilleur pour leurs enfants. Le rôle des parents est tout d’abord de prendre soin de leurs enfants et de leur bien-être. Il n’y a pas de compromis sur ce point, mais la solution parfaite n’existe pas non plus.

Les moyens et les conditions que les parents peuvent fournir à leurs enfants diffèrent d’un ménage à l’autre. Cela s’applique à la fois au temps libre qu’ils peuvent consacrer aux enfants, à l’espace d’habitation qui devrait permettre à la fois aux enfants de jouer et aux adultes de travailler, sans se déranger mutuellement ainsi qu’aux espaces verts dont l’accès s’est avéré nécessaire pour la détente dans ce temps extrêmement stressant pour tous. Bien évidemment, tous les enfants ont besoin d’attention, soin, tendresse et patience de la part de leurs parents. Pourtant, les familles nombreuses avec enfants en bas-âge ainsi que les familles moins prospères peuvent être les plus impactées, en fonction de leur situation de vie.

« Le télétravail combiné avec la garde des enfants ne devrait pas être une nouvelle réalité »

Pour certains, le retour des enfants aux écoles est la meilleure solution, et cette décision qui dépend du gouvernement, devrait être facilitée par ce même gouvernement le plus vite possible. Il y a des parents qui ne sont pas encore à l’aise de laisser leurs enfants aller à l’école dans la situation actuelle. Pour cette raison, le gouvernement pourrait donner le choix aux parents pour qu’ils puissent garder les enfants à la maison dans ces temps exceptionnels.

En revanche, le télétravail combiné avec la garde des enfants ne devrait pas être une nouvelle réalité. Il est impossible d’exercer deux temps pleins en même temps : soit, d’une part rester concentré sur le travail et réussir à effectuer les obligations professionnelles – qui ne sont pas du tout moins exigeantes que d’habitude – et d’autre part, mener une vie familiale intensive avec les enfants qui exigent de l’attention. Les parents peuvent rarement (voire jamais) combiner les deux avec succès et sans affecter leurs enfants qui, très souvent, subissent un stress constant.

Pourquoi dès lors, ne pas ouvrir progressivement les écoles pour le bien-être des familles entières en laissant le choix aux parents de profiter de cette opportunité ? Bien entendu, il faudra assurer les mesures de sécurité appropriées, compte tenu de ceux qui sont dans le groupe de risque à cause de leur âge ou une maladie en particulier. En outre, il est important de souligner que le collectif de pédiatres de la task force pédiatrique Covid-19 constate qu’il y n’a aucune raison médicale valable pour exclure plus longtemps les enfants de l’école et d’activités en collectivité.

« Si cet inconfort et cette souffrance persistent, il est clair que la situation actuelle ne peut pas continuer et il faut trouver d’urgence une solution pour l’améliorer... »

Il est primordial que les enfants ne continuent pas de subir les désavantages de la vie professionnelle de leurs parents qui travaillent de longues heures : de nombreux emails, de longues conférences téléphoniques et des deadlines qui mette tout le monde, et surtout les enfants, sous une énorme pression. Les parents travaillent souvent jusqu’à tard et les enfants sont obligés de passer la journée tout seuls. Même s’ils sont à la portée de main, les parents ne peuvent pas répondre à tous leurs besoins. Il faut qu’ils travaillent malgré la situation ; cela pour soutenir le ménage, pour accomplir leurs responsabilités envers l’employeur et pour ne pas perdre la source de leurs revenus.

Même si les enfants sont placés au sommet dans la hiérarchie de leurs parents, ils sont touchés par tout ce qui affecte leurs parents : une fatigue énorme, le stress, une patience limitée, le manque d’énergie et même d’espoir pour surmonter les obstacles. Sans aucun doute, l’état d’esprit marqué par tout cela ne fait pas un parent exemplaire.

Les parents qui doivent travailler avec des enfants à la maison, les parents qui essaient de continuer à se développer professionnellement pendant que leurs enfants sont abandonnés d’une certaine manière, se sentent tourmentés et sans espoir ; une sensation qui devient insupportable avec le temps. Si cet inconfort et cette souffrance persistent, il est clair que la situation actuelle ne peut pas continuer et il faut trouver d’urgence une solution pour l’améliorer. Il faut le faire pour le bien des enfants avant tout, mais aussi pour le bien des familles entières.

« Comment assurer que les gens donnent le meilleur dans leur travail s’ils n’ont pas de possibilité d’accomplir leurs responsabilités comme avant ? »

Une des fonctions principales de l’État est assurer l’éducation de nos enfants. Dans cette situation, il faut aussi faciliter la relance économique ce qui ne peut se faire que par le travail des gens qui, dans la plupart des cas, ont des enfants ! Comment le pays sortira-t-il de la crise si une partie de la société se sent exclue du marché de travail juste parce que les enfants, au lieu de voir leurs amis à l’école, ont besoin de l’attention de leurs parents ? Certainement, il faut aussi protéger les vulnérables et les personnes âgées, nos proches, nos voisins, nos amies, nos parents et grands-parents …

Mais comment assurer que les gens donnent le meilleur dans leur travail s’ils n’ont pas de possibilité d’accomplir leurs responsabilités comme avant ? Il y a des employeurs raisonnables, flexibles et indulgents, aussi dans ces circonstances, mais les employés ont toujours des obligations. Jusqu’à quand les employeurs pourront se permettre d’éprouver une telle compréhension ?

L’État, les régions, les communes et les écoles ne devraient pas oublier les familles. Ces autorités doivent s’adapter à la situation exceptionnelle dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. Or, cela ne peut pas signifier une fermeture de portes des écoles pour la plupart des enfants. Les enfants qui ne sont pas scolarisés, les enfants soumis au planning des parents qui travaillent, les enfants qui restent seuls et sans l’attention dont ils ont besoin – tout cela ne devrait pas être une nouvelle normalité.

«  Il faut faire attention pour que les mesures prises par des autorités ne détruisent pas plus la société que la pandémie elle-même »

La compréhension des besoins des familles et des parents, leurs situations particulières, ainsi que la flexibilité, sont indispensables dans cette crise, surtout que la pression psychologique augmente après deux mois de confinement. Le succès de notre combat contre la pandémie dépend aussi des règles et des décisions sur les manières de sortir du confinement. Ces règles doivent s’appliquer à nous tous et ne laisser personne derrière. Il faut faire attention pour que les mesures prises par des autorités, les mesures qui ne prennent pas en considération la situation de tous, ne détruisent pas plus la société que la pandémie elle-même.

Certains pays européens comme l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la France ou la Finlande, ouvrent petit à petit les écoles maternelles et primaires en laissant le choix aux parents de profiter ou non de cette possibilité.

Pendant ce temps en Belgique, les règles d’ouverture des garderies demeurent floues pour beaucoup de parents : certaines écoles se montrent plus flexibles par rapport à l’accès aux garderies alors que d’autres établissent des critères difficiles à appliquer.  De plus, les parents restent sans information par rapport au plan de sortie du confinement pour leurs enfants : comment organiser le temps sans école pendant les vacances scolaires, quelles seront les possibilités en matière de stages et surtout, que va-t-il se passer en septembre ?

«  Ce qui est certain, c’est que confiner des familles à la maison ne sera pas la solution qu’elles supporteront à long terme... »

Pour résumer, il est nécessaire de préparer et d’annoncer un plan favorisant une ouverture graduelle des écoles maternelles et d’autres écoles pour le bien-être des enfants, en laissant la décision finale aux parents. Il faut aider les parents à faire leur travail pour qu’ils ne le perdent pas juste parce qu’ils n’ont pas de conditions pour sa mise en oeuvre. Il faut prendre bien soin des enfants, assurer leur éducation et leur socialisation, ainsi que les activités physiques, créatives et artistiques. La joie de passer le temps avec leurs ami(e)s, le retour à leur rythme habituel dans le monde qui est le leur est aussi important. Cela toujours dans le cadre de la liberté des parents. Finalement, le destin de nous tous, parents, est de nous battre pour le bien-être de nos enfants et d’essayer de tout faire pour assurer leur bonheur et celui de toute la famille.

Sur le même sujet

Stages d’été déconfinés : confusion autour du sport

Vendredi soir, les choses semblaient claires. Les stages d’été pour les jeunes allaient pouvoir s’organiser durant l’été. Pour beaucoup de parents, ces stages concernaient aussi les stages sportifs qui sont nombreux et fort courtisés durant la période estivale… Eh bien, cela n’a pas l’air aussi simple que ça.

 

Reprise des cours : « Être disponible pour répondre aux questions des enfants »

Pour appuyer la décision de reprise des cours en maternelle et primaire, le politique avance notamment la carte blanche signée par 400 pédiatres du pays qui plaidaient pour un retour des enfants à l’école. Nous avons recontacté un des premiers signataires du texte, Pierre Smeesters, infectiologue pédiatre, chef de département de pédiatrie à l’Hôpital des enfants Reine Fabiola (Huderf). Pour avoir son retour par rapport à cette évolution majeure du déconfinement.