9/11 ans

Ce n'est jamais assez bon...

Voilà l’heure des bulletins. Cyprien, qui a 10 ans, est en larmes. Pourtant, il a un très beau bulletin, mais pas celui qu'il espérait. Pour lui, rien n'est jamais parfait. S'il n'a pas 90 % dans toutes les branches et que, par hasard, un autre enfant réussit mieux que lui, c'est la catastrophe. Mais pourquoi met-il la barre si haut ? Pourquoi est-il si exigeant avec lui-même ?

Ce n'est jamais assez bon... - Shutterstock

Au tennis, Cyprien ne vise qu’une chose : la victoire. Il participe à des tournois et, à chaque fois, c'est le drame s'il ne se classe pas dans les meilleurs. Même chose quand il dessine : il n'est jamais content de lui. D'ailleurs, il ne veut plus dessiner.
Il faut dire que papa et maman sont très exigeants également, tant pour eux-mêmes que pour leurs enfants. Surtout pour Cyprien, leur aîné. Il a absorbé toute l'angoisse de ses parents et a intériorisé leurs exigences.
Ceux-ci veulent, en effet, être des parents exemplaires, donner le meilleur à leurs enfants. Ils rêvent que leurs petits soient bien armés pour la vie, qu’ils réussissent dans la vie. Ayant eu eux-mêmes une éducation très stricte, ils font la même chose pour Cyprien. Quelle charge pour lui ! Il doit combler les attentes de ses parents qui ont eux-mêmes dû combler celles des grands-parents…
Heureusement, il y a eu un deuxième enfant, assez rapproché de Cyprien, et un petit troisième : un vrai clown. Ces deux-là ont obligé les parents à revoir leurs attentes. Et puis, leur aîné est si sage qu'ils ont accueilli les deux autres avec beaucoup moins d'angoisse. Leur deuxième est tellement plus cool, et que dire du petit troisième ! Ils ont pris conscience de l'inconfort de Cyprien.

À chaque enfant ses talents

Cyprien n'est plus dans le plaisir d'apprendre ou de jouer au tennis. Tout est, pour lui, travail, obligation, compétition. Or, à 10 ans, les enfants ont une curiosité naturelle, une avidité à découvrir, un appétit à apprendre. Ils ont besoin de jouer. Ce plaisir-là a fait place chez Cyprien à la nécessité d'être le meilleur enfant possible pour ses parents.
Malheureusement, tous les parents n'ont pas la sensibilité des parents de Cyprien et exercent une pression constante sur leurs enfants. Le bulletin est observé… à l'envers. D'abord, les moins belles cotes et le ton est donné : « Tu aurais pu faire mieux ! Mais tu te rends compte, tu n'arriveras à rien avec des cotes pareilles » et les bons résultats, eux, disparaissent sous le flot de critiques. Ces parents-là étouffent le plaisir d'apprendre. Or, chaque enfant a des talents et des dons. S'il est nul en math, il ne sera pas ingénieur mais il pourra développer ses propres talents, faire des études, suivre des formations qui lui conviennent et où il sera heureux. Il aura un métier, peut-être différent de celui que ses parents auraient voulu pour lui, mais qui lui ira comme un gant et où il excellera.
Dès lors, mieux vaut commencer la lecture du bulletin par les bonnes cotes et s'en réjouir. Puis passer à ce qui est moins bon et encourager l'enfant. C'est avec ses dons et compétences qu'il va faire sa vie. Et puis, il y a toujours une raison derrière un mauvais bulletin… et, souvent, ce n'est pas une question d'étude.

Quand les parents sont séparés...

Il y a aussi les parents séparés qui ont des exigences différentes. Parfois, ce sont les mamans qui sont hyper-strictes ; parfois, les papas. Selon que l’enfant est chez l'un ou chez l'autre, l'ambiance « devoirs et leçons » est à l'opposé. Un dit qu'il faut avoir des beaux points et donc exige de travailler beaucoup. L'autre, au contraire, lâche un peu la bride et propose à l’enfant de gérer son travail tout seul. Résultats scolaires et ambiance familiale sont en dents de scie. Le pauvre enfant a une vie en montagnes russes : une semaine trop dure, une semaine trop cool.
C'est vrai que les enfants ont souvent besoin d'être encouragés et soutenus pour faire leurs devoirs et leurs leçons. Mais les devoirs et les leçons sont surtout donnés pour vérifier si l'enfant a bien assimilé ce qui a été enseigné en classe. S'il n'y arrive pas, il vaut mieux signaler à l'enseignant que l'enfant n'a pas compris. Nous n'avons pas les compétences de l'enseignant pour réexpliquer correctement ce qui fait problème. De toute manière, la meilleure motivation pour les enfants, ce sont les félicitations.
Nos enfants sont de véritables éponges de nos stress et angoisses. Et pourtant, ils ne sont pas là pour combler ou réparer nos blessures, ni pour réaliser nos rêves ! Mais nous pouvons leur raconter comment cela se passait quand nous étions en classe, nos difficultés, les exigences de nos parents, nos réussites et nos échecs, nos plaisirs. Savoir que papa et maman ont également eu quelques soucis quand ils étaient enfants et que, malgré tout, ils sont devenus des grandes personnes autonomes et responsables, cela rend le chemin à parcourir beaucoup plus accessible.

Mireille Pauluis

EN BREF

  • Regardez le bulletin de votre enfant à l'endroit.
  • Racontez-lui vos propres expériences d'enfant.
  • Intéressez-vous à ses passions.
  • Partagez avec lui vos enthousiasmes.
  • Soyez fier de lui.
  • Félicitez-le pour ses réussites.
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