Vie de parent

Ce que le Covid (a changé) est en train
de changer à ma vie de parent

Un papa est assis dans le bus avec sa fille. Lui a les bras chargés de légumes et elle tient un bouquet de tournesols. Ils regardent tous les deux au loin. « Ajoutez les courses au marché à vos nouvelles habitudes », est-il écrit en grand. « Rajoutez aussi les transports en commun. », est-il écrit en plus petit. La pub est signée par les réseaux de transports en commun belges.

Ce que le Covid (a changé) est en train de changer à ma vie de parent

On y a cru aussi à ce monde meilleur, peut-être naïvement, à la rédaction du Ligueur. On pensait écrire un dossier sur ce qui a changé dans la vie des parents. C'est ce qu'on a fait. Mais pas avec des réponses aussi positives que celles qu'on attendait.

Bon, on se doutait bien que tous les papas n'avaient pas pris un temps partiel pour s'occuper des enfants, que toutes les mamans ne s'étaient pas mises au guidon d'un vélo-cargo. Mais on faisait l'hypothèse qu'il resterait un petit quelque chose de toute cette réflexion confinatoire. Alors, on a rappelé les parents interviewés pendant le confinement.

Pierre-Yves qui s'était davantage investi dans le soin aux enfants a dû redoubler d'efforts au travail pour limiter les pertes de son cabinet d'architecture. Simon a toujours un peu de mal à concilier télétravail et garde de ses jumeaux quand lui et sa femme travaillent tous les deux à la maison et que la crèche ferme inopinément pour un cas de Covid-19. Nadège qui se déplaçait déjà en transports en commun évite de les prendre pour ne pas être contaminée. Ce printemps, Sandra a aménagé un potager avec ses enfants, mais la récolte n'a pas été bonne.

Entre nos deux appels, les dessins de soutien aux infirmières et infirmiers aux fenêtres ont jauni, les masques se sont empilés sur les pare-brises. Les applaudissements se sont tus. La vie a repris, mais avec plus de contraintes qu'avant. Des contraintes financières ou temporelles. La pandémie a repris de plus belle. Le tableau nous a semblé bien sombre.
Et puis, en y regardant de plus près, on s'aperçoit d'un détail, ignoré jusque-là. Où cela ? Mais si, au fond du jardin de Sandra, là-bas, près d'Ottignies. « Ah, ça oui, nous dit cette maman. Le compost, il a super bien fonctionné ! J'ai réduit mes déchets et ça se décompose vraiment bien ».

Et si c'était ça ? N'est-on pas en train de déconstruire nos schémas pour aller vers d'autres ? Vers une meilleure conciliation vie professionnelle-vie de famille, vers une mobilité plus respectueuse de l'environnement et une consommation plus durable ?

« Il faut en tout cas saisir le moment, sinon je ne sais pas quand on va s'occuper des gros soucis de notre société », nous répond un économiste en fin de dossier.

Car, finalement, on ne réussit jamais son potager la première année. Et la décomposition de nos habitudes sera peut-être le terreau fertile pour en créer d'autres, collectivement, si on nous en donne la possibilité. Et ça, c'est au politique de le faire.

Dossier réalisé par Alix Dehin et Marie-Laure Mathot

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