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CEB : faut-il revoir notre système d’évaluation ?

Ils réussissent presque tous réussi leur CEB (88 à 93% chaque année) en Belgique francophone. Mais notre système d’évaluation est-il bénéfique pour les élèves ? Pierre Merle, sociologue de l’éducation, propose un système d’évaluation avec moins de notes et moins de redoublements.

CEB : faut-il revoir notre système d’évaluation ?

Chaque fin d'année scolaire, c'est le même refain. Les élèves reçoivent leur bulletin. Trop de rouge : recalés. Tout de vert : c'est parti pour l'année supérieure. Pour le sociologue de l’éducation Pierre Merle (auteur de l’ouvrage Les notes. Secrets de fabrication, PUF), la notation (terme correct et français de « cotation ») est trop souvent une source de stress et de démotivation.

Pourquoi les notes jouent-elles un rôle aussi central dans les systèmes scolaires en France comme en Belgique ?
« À partir du moment où le but premier de l’enseignement n'est pas l'éducation, l'instruction, l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul pour tous mais l'obtention d'un diplôme sélectif, la note devient essentielle. En Belgique et en France, elle a pour objet d'opérer un tri, de sélectionner ceux que l’on qualifiera de ‘meilleurs’. Dans d’autres systèmes éducatifs, en Finlande par exemple, la notation est beaucoup moins décourageante et la proportion de non-diplômés bien moins forte. »

La finalité de la note ne serait pas la même en Finlande ?

« En Finlande, on note sur 10. La note la plus basse est 4 sur 10. Elle signifie qu’on a échoué à l’exercice. Donc un élève qui a raté un exercice, mais qui a obtenu un 6 sur10 à l’exercice suivant a malgré tout la moyenne. Ce modèle est beaucoup plus motivant que celui en vigueur en Belgique et en France, où les notes s’échelonnent de 0 à 20. Chez nous, quand un élève obtient un 2 sur 20, il n’a quasiment aucune chance de récupérer la moyenne à l’exercice suivant. Notre système est soi-disant précis, mais concrètement, il conduit à décourager les élèves et fonctionne sur une logique d’exclusion. Ce qui compte, ou devrait compter, c’est de faire comprendre à l’enfant que ça ne va pas, sans pour autant empêcher que ça aille mieux après. »

Des élèves se disent peu convaincus de la fiabilité des notes, notamment dans les disciplines littéraires. Comment cela influe-t-il sur leur travail ?
« Ce sentiment d’injustice conduit souvent à une démotivation, voire à un décrochage scolaire. Si on donne sans cesse des notes trop faibles à un enfant ou un adolescent, il perd toute volonté, tout goût d’apprentissage. Il peut avoir le sentiment qu’on lui ôte son statut d’élève, quand bien même il continue d’aller à l’école par obligation… »

Les points, source de stress et de découragement

Doit-on pour autant donner une bonne note à un élève qui rend un mauvais devoir ?
« La note dépend d’un contrat pédagogique implicite ou explicite. Lorsqu’un professeur donne des contrôles d’un niveau correspondant à celui des élèves les plus forts, il sait que les plus faibles obtiendront des 2 et des 3 sur 20. L’enseignant note peut-être de façon juste, selon son barème, mais le niveau qu’il exige ne correspond pas à celui de sa classe. Si des élèves qui travaillent se retrouvent avec un 2 ou 3 sur 20, c’est que le contrat pédagogique n’est pas le bon. »

Les professeurs doivent-ils se montrer plus transparents vis-à-vis de leurs élèves ?
« La notation devrait faire davantage l’objet d’une ‘contractualisation’ avec les élèves. L’enseignant devrait s’engager à noter, dans la mesure du possible, uniquement ce qui a été appris en cours - c’est évidemment plus difficile dans le cas d’une dissertation. Sinon, le professeur évalue ce qui est acquis dans le milieu social d’origine, à commencer par les qualités d’expression orale et écrite. Et là, l’inégalité est considérable. Autre travers à éviter impérativement : lire les notes à voix haute devant la classe. La notation est une affaire personnelle. Son but n’est pas de montrer aux autres qu’un élève est en difficulté. »

Les points sont-ils un facteur de stress pour les élèves ?
« J’aurais tendance à penser que oui. Même pour les bons élèves car elle les place dans une situation de compétition par rapport à leurs camarades, à leurs parents et à eux-mêmes. Si le stress est fort pour des élèves qui obtiennent des 15 et des 16, il l’est plus encore pour les autres. Or, on apprend mieux dans la sérénité que dans la contrainte, le stress et la compétition. L’argument selon lequel il serait normal que la scolarité soit stressante car la vie professionnelle le sera, plus tard, est stupide. D’abord, le travail ne devrait pas être une telle source de stress. Et puis, ce n’est pas parce que les adultes sont souvent sous tension que les enfants doivent l’être aussi. »

Supprimer les notes jusqu’à la fin du secondaire serait une solution ?

« Il faudrait en tout cas moins de notes et moins de redoublements. En primaire et au début du secondaire, avant que ne se joue l’orientation, on pourrait privilégier, comme le font déjà certains établissements, des évaluations avec des pastilles vertes (lorsque la connaissance est acquise), orange (quand elle ne l’est pas complètement) et rouges (si elle ne l’est pas). On ne va pas se mettre à compter les points de chaque couleur pour établir un classement. De la sorte, chaque élève obtient des informations sur son propre niveau et sait dans quels domaines il doit faire porter ses efforts, sans pour autant entrer en concurrence avec ses camarades. »

Joanna Peiron

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