Vie de parent

Ces parents qui s’organisent
autour du handicap

Des gamins valides qui construisent main dans la main avec des copains en situation de handicap. Une invitation à changer le regard, à faire un petit pas légèrement de côté, des prises de position, des pétitions, beaucoup de sensibilisation, des récits… et aujourd’hui un prix. La dernière campagne de la Ligue a été faite de rencontres, d’aventures et de discussions. Et maintenant ? Elle couronne des parents porteurs de beaux projets.

Ces parents qui s’organisent autour du handicap

Si vous nous suivez, ça ne vous a pas échappé : la Ligue des familles a consacré sa campagne de l’an dernier à la question de l’inclusion des personnes handicapées. Il en résulte de belles actions. Le lancement de formations spécifiques pour permettre aux baby-sitters d’assurer la prise en charge d’un enfant handicapé et de ses frères et sœurs. Des discussions, des rendez-vous, des engagements.
Point d’orgue de cette campagne, la Ligue a décidé de soutenir des actions permettant de favoriser l’inclusion des personnes handicapées. Sur dix-neuf projets déposés, quatre ont été sélectionnés, qui se partageront une enveloppe de 3 000 €. Profitons donc de la Journée internationale de la personne handicapée pour mettre en avant ces projets de parents.

Abracadabra : « Étonnée et pleine d’espoir »

Les tours de magie de l’asbl Abracadabra ? Des stages mixtes qui mêlent enfants valides et en situation de handicap. Une occasion de permettre à ces jeunes de profiter ensemble des vacances. Delphine Bohy, à l’origine du projet, raconte : « L’idée, c’est de permettre aux enfants de se rencontrer. En dépit des différences, on leur montre qu’ils peuvent mener des activités ensemble, jusque-là inaccessibles aux jeunes handicapés ».
La dizaine de participants âgés entre 7 et 12 ans profite alors d’activités sportives et artistiques tout en tissant des liens basés sur la coopération. « Tout le monde y gagne. Les valides pour l’ouverture d’esprit, ils y apprennent l’entraide mais aussi que tout est possible. Idem pour les parents. Les enfants en situation de handicap apprennent à avoir confiance. Ils ont souvent peur de se mélanger. C’est d’ailleurs pour moi le plus gros défi dans le handicap : dépasser ses appréhensions. Je suis très étonnée de recevoir ce prix, parce que c’est encore un petit projet. Mais qu’il reçoive une reconnaissance au-delà du monde du handicap me motive pour une chose essentielle : le faire grandir et l’ouvrir au plus grand monde possible ».

Alternative 21 : « Articuler lesdeux mondes »

Les lecteurs du Ligueur les plus assidus s’en souviennent peut-être, nous vous avons ouvert les portes de la Classe de Luther avant même qu’elle n’existe. Un beau défi relevé par l’école Mont-Chevreuil (enseignement spécialisé) et l’école Saint-Paul (enseignement ordinaire). À l’initiative de l’asbl Alternative 21, ce projet existe depuis le 1er septembre 2016. Le principe ? Une classe de primaire de 11 enfants, relevant du type 2 de l’enseignement spécialisé, au sein d’une école ordinaire de Charleroi.
Carmela Morici, porteuse du projet et maman du petit Luther revient sur son prix : « Je suis contente que ce projet soit intégré au message ‘handicap inclus’. Permettre à un petit en situation de handicap d’aller dans la même école que son frère ou sa sœur fait sens avec le fait de maintenir la famille ». Il s’agit de la première initiative du genre dans la région. Porteurs de déficiences mentales, les enfants bénéficient de tout l’encadrement nécessaire tout en étant intégrés dans la vie quotidienne de l’école.
Le Ligueur a reçu quelques messages d’enseignants de l’école spécialisée qui craignaient que ce projet ne les dénigre. Une remarque dont Carmlela se défend : « À travers un tel projet ce n’est pas l’enseignement spécialisé que je dénigre. Je pars plutôt du principe que l’enseignement ordinaire n’est hélas pas adapté à un enfant handicapé. Du coup, on réfléchit à une façon de l’adapter. On prend le meilleur des deux mondes. On crée un 3e type hybride pour lequel je milite. Ce que je veux avant tout, c’est exposer la diversité ».
Justement, qu’est-ce que ça donne ? Cette occasion pour les élèves ordinaires d’apprendre à côtoyer la différence, est-ce que ça marche ? « Oh que oui ! Le résultat va au-delà de mes espérances. Pas une journée ne se passe sans progrès visibles chez mon fils et ses petits potes. Les parents m’interpellent pour me relater des anecdotes, des questions de leurs enfants sur le handicap, des débats sur la diversité essentielle à notre société. Tout se passe à merveille ». Un modèle inspirant dont bon nombre d’écoles pourraient s’inspirer, n’est-ce pas ?

Un autre regard : « Bousculons ce que nous croyons savoir »

La découverte par le sport, voilà tout l’objectif de l’asbl Un autre regard portée par Nicolas Lambotte, papa confronté au monde du handicap par sa petite fille qui souffre d’un retard de développement. De là, le constat est simple : l’offre n’est pas suffisante, et même si plein de choses existent, il faut faire des kilomètres pour trouver un club.
« Le gros problème dans le monde du handicap, nous raconte ce papa, c’est la communication. On a commencé à une petite dizaine, le bouche-à-oreille fonctionne de mieux en mieux, mais il a fallu convaincre. Les freins ? Beaucoup de parents ont du mal à accepter la situation de leur enfant. Ils se sentent coupables. À tort. Je suis persuadé que si un parent ne souffre pas du handicap de son enfant, celui-ci n’en souffre pas. Pour cela, il faut aussi accepter de se faire aider. Ne pas avoir peur de pousser les portes d’un club sportif, être porteur d’inclusion à l’école, dans la famille. En fait, les gens sont bien plus ouverts que l’on veut bien croire, il faut juste bousculer leurs bases, leurs a priori et réussir à les dépasser ».
Et justement pour bouleverser son regard, l’asbl propose des demi-journées organisées en Province du Luxembourg qui permettent de découvrir diverses disciplines sportives en équipe mêlant des personnes en situation de handicap - « les athlètes » - et leurs « partenaires » proches. À découvrir, peu importent vos différences.

RéCI : « Résumons un enfant à autre chose que sa différence »

L’asbl RéCI œuvre pour un objectif clair et précis : l’intégration des enfants extraordinaires dans les différents types de milieux d’accueil de l’enfance : haltes garderies, écoles de devoirs, crèches, écoles… Elle crée plusieurs outils en tous genres dont une mallette pédagogique de sensibilisation au handicap. Elle est constituée d’un jeu de plateau coopératif, ainsi que de livres, DVD… utilisés pour la sensibilisation en milieu scolaire.
Françoise Mombeek, directrice de l’asbl, nous explique : « Ce que l’on estime être l’enjeu clé, c’est que l’enfant en situation de handicap et l’enseignant se sentent tout deux soutenus. Cette mallette se veut être un appui qui va faire en sorte que toute la classe soit à l’aise. Voilà pourquoi nous souhaitons que nos actions s’étendent. Les enjeux sont immenses. Chaque expérience inclusive, c’est une rencontre pour les enfants. Permettre à ces petits d’intégrer les structures d’accueil, c’est leur permettre de rester en contact avec les copains du quartier, d’avoir une vie plus facile et de s’ouvrir aux autres. Cela permet aux enseignants d’être plus à l’aise et même d’adopter certaines pratiques plus créatives qui sont nécessaires au-delà du handicap. Et pour aller plus loin, je dirais qu’il y a un pari important à faire, celui de résumer un enfant à autre chose que sa différence ».

Damien Kremer et Yves-Marie Vilain-Lepage

Chez nous, c’est chez eux

Et retrouvez tous les mois la rubrique Chez nous, c’est chez eux dans le Ligueur, en partenariat avec l’Aviq qui met en avant des expériences réussies ou non de parents, d’associations, de collectifs, de citoyens engagés qui relatent leurs odyssées pour une société la plus collective possible et livrent des tas de conseils aux audacieux qui voudraient se lancer dans l’aventure.