Vie de parent

Cette année, c’est promis, je montre l’exemple. Je mange des fruits, des légumes et je ne boude pas la tartine

Apprendre ou réapprendre à manger de tout, oui. Des aliments sains, autant que possible. Mais surtout à sa faim, ni plus ni moins. Et sans oublier le plaisir... Simple? Pas si sûr! Car à force d’injonctions, nous sommes nombreux à ne plus savoir à quel saint nous vouer! Pour vous, le Ligueur s’est mis à la recherche de vérités et cette quête du Graal nous a menés à pousser la porte de Marie-Josée Mozin, présidente du Club Européen des Diététiciens de l’Enfance. Un entretien de deux heures au cours duquel nous buvons ses paroles comme du petit lait !

Cette année, c’est promis, je montre l’exemple. Je mange des fruits, des légumes et je ne boude pas la tartine - Thinkstock

3-5 ans

Que celui qui n’a jamais tenté le chantage nous jette la première carotte. Avouez, vous aussi avez un jour osé le : « Si tu ne manges pas tes chicons, tu n’auras pas de dessert ! » avec votre fils de 5 ans.
Au bout du rouleau, vous vous êtes même laissée aller à la menace : « Tu ne quitteras pas la table tant que tu n’auras pas avalé la moitié du quart de ton cabillaud », sous-entendu... qui m’a coûté un bras !
Et pour couronner le tout, vous avez encensé votre progéniture lorsqu’elle daigna engloutir toute son assiette, au bout d’une heure de tractations.
Le matin, chez vous, c’est peut-être aussi la Bérézina ? Comme en témoigne Alice, maman de trois enfants : « À peine le temps d’ouvrir un œil que déjà Louise, 14 mois, tend le bras pour recevoir son biberon. Dans le même temps, il faut vite habiller la seconde, répéter à l’aîné d’enfiler son pull - et à l’endroit, cette fois. Descendre ensuite. Viennent alors les : ‘À table ! Où sont les cartables ? Arthur, ta boîte à tartine ? Clémence, assieds-toi !’. Servir les céréales. Jeter des barres chocolatées, un semblant de jus, un yaourt liquide dans la boîte à tartines. Mettre les manteaux. Fermer la porte. Ouf, timing respecté ! Zut, j’ai oublié de boire mon café ! »
Pause. Revenons en arrière. Céréales, lait entier, chocolat, boisson sucrée... Trop de sucre, trop gras, trop peu de fruits et légumes, pas assez de vitamines... Selon les diktats de l’alimentation saine, Alice est vouée aux gémonies. Elle donnerait de la mort au rat à ses enfants, le résultat serait (presque) pareil. Sans parler du stress au moment de passer à table.
Au bout du rouleau - et pas seulement celui à pâtisserie - certains parents perdent leur bon sens. En témoignent les innombrables forums et conseils qui pullulent sur la toile. D’aucuns finissent même par jeter l’éponge et le tablier avec.

Tu mangeras (de) tout, mon fils !

Et Marie-Josée Mozin de nous rassurer: « Un enfant ne se laissera jamais mourir de faim. S’il refuse de manger à un repas, ce n’est pas grave, tant que sa courbe de croissance est satisfaisante. On ne le force pas et, bien sûr, on ne lui donne rien d’autre jusqu’au repas suivant. D’autre part, il ne faut en aucun cas l’obliger à terminer son assiette, car la satiété chez l’enfant est bien installée. Il vaut mieux lui faire reconnaître quand il a assez mangé ou, a contrario, quand il a faim. D’autant que ses besoins alimentaires peuvent varier d’un repas à l’autre, d’un jour à l’autre, et lui seul peut savoir ce qu’il lui faut. De plus, le parent aura tendance à remplir l’assiette en fonction de ses propres envies, de sa propre faim. »
Notre première résolution de cette année : ne plus gaver notre enfant contre son gré. Mais alors, comment faire pour appliquer la recommandation presque biblique des fameux cinq fruits et légumes par jour ? Avant d’envisager de les leur injecter en intraveineuse, tournons-nous vers notre experte en nutrition.
« Tout d’abord, lorsque l’on parle de cinq fruits et légumes par jour, il s’agit en réalité de cinq portions de 80 grammes ; soit l’équivalent, par exemple, d’une demi-banane ou d’une demi-pêche. Ensuite, il faut savoir qu’un enfant n’a pas la même notion du goût qu’un adulte, tout est exacerbé. Un chicon, par exemple, nous paraît amer. Pour l’enfant, cette amertume est fortement amplifiée. En l’associant à une sauce plus douce, plus sucrée, vous aurez plus de chance pour qu’il l’apprécie. Vous pouvez aussi le faire participer à la préparation du repas pour attiser sa curiosité. Une manière pour lui d’apprivoiser les aliments. »
Armé(e) de ce conseil, il est temps de ressortir votre tablier... À l’image d’Alice, qui l’a fait enfiler à ses petites têtes blondes : « J’en ai fait mes commis de cuisine : Clémence au lavage des légumes, Arthur à la découpe. Et là, révélation! Non seulement ils ne s’écharpent plus tandis que je m’affaire en cuisine - dans un silence monacal ! -, mais, surtout, ils ne simulent pas un malaise vagal lorsque je leur présente leur waterzoï de poulet façon petits chefs. Double victoire ! »

6-12 ans

Le repas du soir, c’est réglé, ou presque. Pour ce qui est du petit déjeuner, peut mieux faire... « Dans un monde idéal, j’aurais pris le temps d’installer une jolie table sur laquelle j’aurais disposé mes confitures maison, une salade de fruits frais et du pain au blé complet, confesse Eloïse, maman de deux enfants. Mes enfants se seraient assis tranquillement pour profiter d’un moment de table convivial, leur estomac non noué par le stress. Et dans la lunch box : des fruits de saison prédécoupés, de l’eau, un muffin de son d’avoine préparé par mes soins et un jus de légumes. Le problème, c’est que le matin, le temps est minuté. Je mets dans leur boîte à tartines ce qui me tombe sous la main et, bien souvent, mes enfants, trop bousculés, refusent de déjeuner. Au mieux, je peux leur faire avaler en triple vitesse quelques céréales sucrées dont ils ne boiront même pas le lait ! »
Marie-Josée Mozin insiste sur l’importance du petit déjeuner. « Dans déjeuner, il y a le mot ‘jeûne’, et c’est pareil dans toutes les langues (breakfast, desayuno). Il y a donc cette notion de rompre le jeûne de la nuit par un repas constitué idéalement de céréales (pain, biscottes…), laitage, confiture ou chocolat. Si vous sautez le petit déjeuner, ce que vous mangerez au repas suivant sera stocké sous forme de graisse car le corps anticipe une autre privation. »

4 repas par jour, pas un de plus !

« Si votre enfant mange un repas chaud à la cantine de l’école, sa boîte à tartines ne devrait contenir que de l’eau et ce, pour deux raisons. La première est que l’on constate que les enfants boivent top peu ; or, le corps étant constitué à 50% d’eau, il est indispensable de bien s’hydrater. La seconde, et non la moindre, c’est que les enfants n’ont pas besoin d’une collation à 10h. Seuls les nourrissons ont besoin de s’alimenter toutes les deux heures. Il devrait y avoir seulement quatre repas par jour : le déjeuner, le dîner, le goûter et le souper. En aucun cas, un biscuit à 10h ne peut remplacer le petit déjeuner car il ne possède pas les mêmes qualités nutritionnelles. »
Comment faire alors ? Éviter un coucher trop tardif et un souper trop copieux la veille. Et se lever une demi-heure plus tôt pour prendre le temps de s’asseoir dans un environnement calme. Car, toujours selon notre expert, chaque repas devrait durer au moins 20 minutes : manger lentement favoriserait la sensation de satiété. Une évidence, elle aussi trop largement oubliée.

16-18 ans

Le Dürum, d’abord

Votre adolescent s’empiffre de junk-food dès que vous avez le dos tourné alors que vous vous êtes coupé en quatre pour lui transmettre de bonnes habitudes alimentaires. Pas d’inquiétude, il y reviendra. Dites-lui qu’il vaut mieux en faire un repas plutôt qu’un coupe-faim entre le goûter et le souper. Et faites-lui remarquer que ça coûte cher...

Caroline Van Nespen

En pratique

  1. Manger dans un environnement trop bruyant modifie notre comportement à table : on mange plus vite et de plus grandes quantités.
  2. Selon l’étude de Birch, il ne faut pas forcer un enfant à terminer son assiette au risque de le voir manger toute nourriture qui lui est présentée et ce, aussi à l’âge adulte.
  3. Si, d’après le pédiatre, votre enfant a une croissance satisfaisante, détendez-vous. Il ne mange pas son goûter ? Il se rattrapera au repas suivant...
  4. Des vitamines en hiver ? Oui, mais de la vitamine D uniquement. Elle sert principalement à fixer le calcium. Essentiel en Belgique vu le faible taux d’ensoleillement.
  5. Limitez les protéines. Pas plus de 10 grammes de viande par année d’âge : un enfant de 5 ans se contentera donc de 50 grammes de viande.
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