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Chevetogne et ses jardins :
voyages vers l’ailleurs et l’autrefois

On vous vante souvent le Domaine provincial de Chevetogne pour ses incroyables plaines de jeux (voir Le Ligueur du 30 mars). Mais saviez-vous qu’au cœur de ce parc de 600 hectares se nichent aussi quatorze jardins thématiques ? De quoi initier vos enfants au « beau » dans la nature dès cet été, tout en titillant leur curiosité et leur imagination. Reportage qui n’est autre qu’une invitation au voyage dans l’espace et dans le temps.

Chevetogne et ses jardins : voyages vers l’ailleurs et l’autrefois - © DP - Chevetogne

Les doigts plantés dans l’écorce spongieuse d’un séquoia, Igor lève les yeux au ciel et se laisse hypnotiser par les nuages qui défilent dans le ciel lui laissant croire que la cime va lui tomber sur la tête. Entre ses dents, le gamin marmonne : « Cet arbre-là, c’est le plus grand et le plus vieux du monde, je l’ai lu dans mon livre. Et même qu’en Amérique, on creuse des tunnels dans son tronc pour que les voitures elles passent dedans. »
Plantés vers 1868, soit à l’époque où le château de style néo-baroque de Chevetogne sortait lui aussi de terre, les séquoias, qui sont aujourd’hui une des fiertés végétales du domaine provincial, ont vu buter bien des bipèdes sur ses racines avant le petit Igor. Les châtelains et le gotha de notre aristocratie au XIXe siècle. Les blessés de la Guerre 14-18, puisque le château fut alors transformé en hôpital de campagne. Et des touristes d’un jour depuis l’ouverture du parc au public - souvenez-vous, vous en faisiez peut-être partie - dans les années 1970.
Angeline Sedran, animatrice en chef au Domaine provincial de Chevetogne et qui vient d’ailleurs de lui consacrer un ouvrage (voir encadré), raconte : « Les séquoias, tout comme les rhododendrons qui sont aussi présents en masse ici, étaient typiques de ces parcs paysagers du XIXe siècle. Simplement, parce qu’en tant qu’espèces exotiques, ils étaient des signes extérieurs de richesse. Aujourd’hui, on s’appuie notamment sur eux pour développer un concept qui nous tient très à cœur ici et qui est l’hétérotopie. En deux mots, cette notion utilisée pour la première fois par Michel Foucault évoque aux visiteurs - et les enfants marchent à fond là-dedans -, à la fois l’idée d’ailleurs et d’autrefois. »

Quitter la ville pour mettre les sens en éveil

On laisse notre Igor parler aux séquoias et on saute à pieds joints dans le Sentier des jardins qui prend sa source au pied du château. Nous voilà d’abord dans l’ambiance feutrée du Woodland Garden. Aujourd’hui, les azalées et les rhododendrons n’exhibent déjà plus leurs éphémères fleurs printanières, mais les feuillus et les résineux, ainsi que d’impressionnantes fougères, nous plongent dans une ambiance feutrée, entre ombres et lumières, d’où pourraient, comme par magie, sortir nains ou créatures fantastiques.
Un endroit calme, également propice à l’observation des oiseaux du domaine. Étonnant : ici, nulle pancarte pour nous permettre d’identifier les piafs ou les végétaux. Angeline Sedran justifie ce choix, qui différencie d’ailleurs Chevetogne des classiques jardins botaniques et autres arboretums : « Partout dans le Domaine, dans les jardins comme dans les plaines de jeux, on applique le principe de pédagogie douce. On distille quelques informations via de petits lutrins, sans pour autant rendre la chose indigeste. Pour nous, le plus important est de mettre les sens du visiteur en éveil. Ici, il faut juste s’écouter, ce que l’on n’a que trop peu l’occasion de faire en ville, dans notre quotidien. »
Le chemin nous guide ensuite vers un petit pont de bois. En l’enjambant, notre regard se perd dans la forêt et la « vraie » nature sauvage, ce qui nous fait prendre conscience que dans les parcs et jardins, la main de l’homme a domestiqué la nature et ce, sans en avoir l’air, ce qui est tout un art.
Et hop, une douce transition nous conduit dans la charmille et son chemin rectiligne délimité par des murs végétaux. Au passage, on fait connaissance avec l’antique art topiaire qui consiste à tailler la végétation dans un but décoratif. Ici, durant toute la belle saison, place au foisonnement de couleurs et d’odeurs dont celle si caractéristique du chèvrefeuille durant les soirs d’été. De quoi mettre l’odorat comme la vue en éveil, mais aussi de titiller son imagination : en laissant divaguer son esprit, on remonte dans le temps, à l’époque des garden-partys des années 1920. Nous voilà en longue robe, une ombrelle à la main, dans la peau des hôtes des châtelains de Chevetogne, dissertant de la pluie et du beau temps en allant du château au pavillon de chasse.

Musée à ciel ouvert

On aperçoit d’ailleurs ce dernier au loin, mais avant d’aller s’y poser pour le pique-nique, vite un détour du côté de la Folie des ronces. Au sol, des écorces et des espèces exotiques, qui nous font encore nous évader, et un kiosque pour prendre un peu de hauteur. Tout en bois, cet édifice qui s’intègre parfaitement au paysage fait partie des nombreuses folies disséminées dans le Domaine de Chevetogne - dont la dernière née, Les Pagodes chinoises, sur pilotis, au bord de l’étang - qui ont connu leur heure de gloire au XVIIIe siècle et qui aujourd’hui, sont propices à l’observation, au repos, voire à la méditation.
La sérénité encore, mais aussi et surtout l’émerveillement, ne peuvent que gagner tout promeneur lorsqu’il pénètre au cœur du Jardin des plantes médicinales. Un lieu qui, contrairement à son nom, n’a rien de désuet et qui, comme le souligne Angeline Sedran, a de solides atouts pour faire concurrence aux quatorze plaines de jeux du Domaine.
« Souvent, les enfants qui découvrent ce lieu avec l’école n’ont qu’une seule envie, c’est ensuite de le faire découvrir à leurs parents. Et l’été, on n’arrive plus à les faire sortir ! ». La faute notamment à ces nombreux bassins d’eau où, en-dessous des nénuphars, grouillent grenouilles, tritons et autres petits poissons sous le regard panoramique des libellules.
La faute encore à cette idée géniale d’avoir, dans l’immense haie qui délimite l’espace réservé aux vergers et aux potagers, taillé trois grandes fenêtres à travers lesquelles on aperçoit une prairie fendue par un sentier et bordée par la forêt wallonne. De quoi, comme si on était soudainement parachuté au cœur d’un musée à ciel ouvert, rester de longues minutes, en étant figé par ce tableau naturel qui agrippe notre regard s’évadant vers l’ailleurs ou l’autrefois…

Anouck Thibaut

En pratique

La nature, c’est bon pour…

Éventail des apprentissages qui découlent d’une balade dans la nature, qu’elle soit domestiquée ou plus sauvage…

► Éveiller les cinq sens : la vue d’abord, l’ouïe, l’odorat et le toucher ensuite. Et pourquoi pas le goût, mais avec prudence et connaissances : toutes les plantes n’étant évidemment pas bonnes à mettre en bouche !
► Susciter l’imagination : quand une simple fougère devient piste d’atterrissage pour une nuée d’elfes en quête d’un abri pour la nuit. De l’imaginaire aux vraies questions sur la nature et la vie en général, il n’y a souvent qu’un pas.  
► Développer l’idée du « beau » : s’émerveiller devant une jolie fleur… idem pour une couleur, la courbe d’un tronc d’arbre, le chant d’un oiseau ou la composition d’un parterre ou d’un paysage. De quoi lancer des débats aussi sur ce qui est beau (ou pas) pour chacun d’entre nous.
Autres adresses pour se baigner dans la nature dans nos Bons plans.  

BONS PLANS

  • Accessible depuis le Château, la balade du Sentier des jardins - faisable avec une poussette - vous prendra une bonne 1h30, selon l’allure de vos marmots et la durée des pauses. À combiner sans problème, sur une journée, avec un saut dans une des quatorze plaines de jeux du Domaine ou encore avec les d’activités sportives (piscine, tennis, foot, canoë…) et culturelles (sentier Martine et Centre d’interprétation de la nature qui développe aussi l’imaginaire).
  • Envie d’un guide ? Chaque dimanche d’été et jusqu’en octobre, possibilité de balades nature (départ à 10h) et même musicale (dès 11h). Gratuit et pour tous les âges.
  • Bon plan, pour les membres de la Ligue des familles : réduction sur votre Pass loisirs annuel (80 euros au lieu de 100 euros). Collé sur le pare-brise de votre voiture, ce pass donne libre accès au Domaine pour le véhicule et ses occupants. Une fois à l’intérieur, toutes les infrastructures et les activités sont gratuites !
  • Un livre pour en savoir + sur l’histoire du Domaine et sa région : Chevetogne 1828-2016 (par Angeline Sedran, Éd. Province de Namur).

RENDEZ-VOUS

À noter déjà dans vos agendas : La Ligue des familles invite ses membres (et leurs amis) à Chevetogne, le dimanche 2 octobre. Au programme : spectacles et animations pour tous. L'occasion aussi de découvrir l'ensemble du Domaine. Plus d'infos dès la rentrée.

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