3/5 ans

Chouette, vos enfants se bagarrent !

À quoi ça sert, les batailles rangées entre frères et sœurs? « À nous énerver, à nous provoquer, à nous rendre la vie impossible ! », répondraient tout de go pas mal de parents, lesquels aspirent - quoi de plus normal ! - à un peu de calme au cœur du cocon familial. Et si les disputes dans la fratrie étaient un signe… de bonne santé ?

Chouette, vos enfants se bagarrent ! - Thinkstock

Gaëlle et Nathan, deux charmants bambins, se sont appliqués à se battre tout le week-end. Tout a commencé avec la bagarre du samedi matin pour savoir qui s’installe dans le caddie du supermarché. Vient ensuite celle de l’après-midi, chez Mamie, autour du seul éclair au chocolat trônant au milieu d’un plateau bien fourni d’autres petits gâteaux. Un moment particulièrement difficile à vivre pour le père des enfants, incapable de gérer le conflit sous le regard interrogatif… de sa propre mère !
Il y a aussi eu la dispute du samedi soir, quand Nathan a interdit à sa sœur l’accès à sa chambre. Celle-ci a piétiné et tambouriné contre la porte de longs moments, cassant par la même occasion les oreilles des parents. Sans compter les tensions désormais quotidiennes autour du bain de fin de journée : y aller seul ou à deux ? Qui le premier, qui le second ? Qui sort avant l’autre ? Et qui ? Et quoi ? Et combien ? C’est à se demander si, en se chamaillant, les enfants ne s’évertuent pas à occuper leurs parents.

Faire mal à l’autre

Pour couronner ce week-end agité, il y a eu enfin la toute grosse confrontation physique au fond du jardin, loin des regards des adultes. L’enjeu ? Le morceau de chocolat resté dans le panier du goûter. Résultat des courses: des pleurs, une mèche de cheveux arrachée chez Gaëlle, une morsure profonde sur le bras de Nathan. Des bobos peut-être salutaires car, tout à coup, les deux enfants ont ressenti dans leur corps la limite de ce qui est soutenable en matière de conflits. Une aubaine pour les parents qui se sont empressés de réexpliquer (pour la centième fois, bien sûr, mais celle-ci sera peut-être la bonne !) qu’on ne peut pas faire mal au corps de l’autre, que c’est la limite à ne jamais dépasser et qu’on est sanctionné si on la franchit. Les punitions possibles ? Se retrouver seul dans sa chambre le temps de se calmer, être obligé de céder quelques-unes des sucreries de sa réserve personnelle…

Je me dispute donc je suis

Se disputer, c’est une façon de dire qu’on existe, d’exprimer sa parole personnelle, son désir, ce que « je » souhaite : comment ma parole va-t-elle être respectée ? Que dois-je faire pour me faire entendre ? Pour que les choses tournent comme j’en ai envie ? Bien sûr, bien souvent, cela ne peut qu’aller à la confrontation, puisqu’il y a plusieurs « je » en présence et que leurs paroles, leurs désirs, leurs souhaits sont différents. Tous ces conflits, mais surtout toutes les questions qui se cachent derrière eux, sont essentiels pour que les enfants grandissent. Cela leur permet de vivre, de s’affirmer et de « maturer ».
Vous, les parents vous ne voyez pas cela du même œil. Parce que vous en avez plus qu’assez d’être les spectateurs involontaires de ces bagarres sans fin, (mais vous oubliez que, petits, vous faisiez pareil !). Parce que vous ne savez plus très bien jusqu’ou vous devez laisser les enfants s’arranger entre eux avant de jouer les arbitres. Parce que l’éducation que vous avez reçue vous a enseigné de ne pas aller au conflit, de rester modérés en toutes circonstances et ce, même si vous savez que ne pas s’exprimer fait souffrir...
Mais vous êtes forts de votre vécu et face à vos petits, forts de leur envie de découvrir la vie, vous pouvez vous risquer à emprunter une autre voie, celle de la négociation... Et ainsi même apprendre les uns des autres.

Geneviève Salengros

En pratique

Derrière les bagarres, il y a des questions essentielles :

  • Quelle est ma place ? Par rapport à mon frère, à ma sœur ?
  • Quelle est celle que j’occupe dans le cœur de ma mère, de mon père?
  • Quel est mon pouvoir ?
  • Qui décide quoi ?
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Faut-il intervenir dans leurs bagarres ?

Quels sont ceux d’entre vous qui ne se plaignent pas des conflits quotidiens qui surgissent pour un oui ou pour un non entre leurs enfants ! La place à table, l'assiette rouge alors que toutes les autres sont bleues, la chambre momentanément interdite au frère ou à la sœur, les genoux de maman, le copain accaparé par l'un ou l'autre... tout est occasion pour une dispute ou une bagarre.

 

Avoir une sœur rend plus heureux

La psychologue Maryse Vaillant, coauteur avec Sophie Carquain de l’ouvrage Entre sœurs (Albin Michel), commente les résultats d’une étude irlandaise selon laquelle les sœurs nous aideraient à exprimer nos émotions et à accéder ainsi au bonheur. Vraiment ?