Vie de parent

Comment accompagner
le deuil périnatal ?

Ce jeudi 15 octobre est  la journée internationale du deuil périnatal. Véritable épreuve dans la vie d’un couple, d’une femme, cette réalité est encore délicate à aborder. Focus sur les points importants à connaître en tant que futurs parents, ou proches d’un couple frappé par cette épreuve.

Comment accompagner le deuil périnatal ?

L’entourage du bébé n’est évidemment jamais préparé à vivre un tel épisode.  Ce qui est complexe, c’est que cet enfant a une présence déjà très forte pour le papa et la maman, moins pour le reste de la famille. Véritable décalage, donc. Et bien souvent, par protection, les proches ont souvent tendance à banaliser la perte de ce bébé. « Tu es encore jeune, ça ira » ou encore  « Allez, c’est pas si grave, il valait peut-être mieux que ça se passe comme ça ».
« Ces mots sont vécus comme une violence par le père et la mère du défunt périnatal. Parce qu’on ne reconnait pas sa trace et que l’on donne l’impression de mépriser ce qu’ils sont en train de vivre », explique Bruno Fohn,  psychologue exerçant à l’hôpital CHR Citadelle de Liège.

Accompagner jusqu’au bout de la vie

Comment accepter le pire ? La première étape dans le processus du deuil consiste à mener sa grossesse jusqu’au bout. « Il vaut mieux ne pas faire comme s’il n’avait jamais existé », recommande prudemment le psychologue. Cet enfant représente vraiment une part importante pour les parents. « Voilà pourquoi nous parlons de construire des souvenirs plutôt que des remords. Peut-être que cela peut aider un père et une mère de voir l’enfant, l’habiller, l’inhumer. Cela va concrétiser ce passage. »
Le deuil est peut-être plus facile à encaisser s’il est concret. Il est notamment conseillé de lui donner un prénom, de le faire apparaître dans le livret de famille : il n’est pas vain de donner une vraie place à ce bébé parti trop tôt. Et si on est des amis proches, que dire, que faire ?

L’importance du deuil

Bruno Fohn livre quelques pistes à l’entourage de couples frappés par cette tragédie. « Comprenez avant tout que ce n’est dans le projet de vie de personne de tenir son enfant mort dans ses bras. Évitez les éclairages qui sont souvent une volonté de protection maladroite. Il est capital au contraire de considérer cet enfant disparu, d’en parler, de lui donner une existence. »
Mettre des mots sur la souffrance et écouter la jeune femme demeure donc essentiel. Comment le vivent-elles ces mamans ? Perrine a livré au Ligueur un témoignage d’une dignité bouleversante dans un article consacré à l’euthanasie infantile. Elle raconte : « On l’a accompagnée jusqu’au bout, on n’a raté aucun moment. Mais ‘faire son deuil’, je ne sais toujours pas très bien ce que ça veut dire. Accepter, je ne sais pas non plus. Mais c’est plus facile de vivre avec, oui quand on se dit qu’on ne regrette aucun geste, et à refaire (j’espère pas !) je referais exactement pareil, jusqu’à la façon de l’inhumer. »

Et après ?

Quant à l’après, certaines mamans peuvent être tentées par une nouvelle grossesse, très rapidement après le décès de l’enfant. Après le départ de leur petite fille, Perrine et son mari ont rapidement demandé au médecin à partir de quand ils pourraient envisager d’avoir un autre enfant. « On nous a recommandé d’attendre neuf mois, pour que mon corps se remette. On s’est dit : ‘O.K.’, on va faire notre travail sur nous-mêmes pendant cette période’. »
Avant d’envisager une nouvelle grossesse, il est en effet vivement conseillé de passer par un vrai travail de deuil qui permettra d’accepter le départ de l’enfant. Le bébé suivant ne doit pas prendre la place du premier. « Il ne faut pas que la maman projette ce lourd fardeau sur l’enfant à venir », expose le psychologue. Mieux vaut éviter de lui donner le même prénom : il ne doit pas jouer le rôle de remplaçant.
Pile après neuf mois, Perrine et son mari étaient prêts. « On s’y est remis et je suis tombée tout de suite enceinte. Là on s’est dit : ‘On a de la chance !’ ».

Yves-Marie Vilain-Lepage et St. G.

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Deuil enfant est un groupe de soutien qui se réunit une fois par mois au CHR de Liège, l’occasion de rencontrer d’autres parents qui vivent la même chose.

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Perrine est enceinte d’une petite fille depuis 37 semaines. Bientôt la naissance. Mais un matin, elle se réveille avec de terribles douleurs. « J’avais le ventre tout dur. Je ne la sentais plus bouger et j’avais mal partout. J’ai pris ma douche, et je suis tombée dans les pommes ». Heureusement, son mari, Julien, est resté à la maison.