3/5 ans

Comment apprendre à vivre
son émotion… sans s’y noyer

Le décorum de Noël, le réveillon du Nouvel An avec son baiser sous le gui, tout est là pour que nous puissions vivre nos émotions avec ceux que nous retrouvons ces soirs-là. Profitons-en, ces émois autour de la fête sont bons à consommer. Mais les émotions sont aussi faites de colère, de violence, de grands chagrins. Jusqu’où faut-il les laisser s’exprimer aux dépens des autres parfois ? Comment apprendre à nos enfants à les contenir à certains moments ?

Comment apprendre à vivre son émotion… sans s’y noyer - Thinkstock

Que la tuerie de Liège ait soulevé une tempête d’émotions, quoi de plus normal ? Que les médias aient été les porte-parole des Belges traumatisés par cette actualité, pourquoi pas ? Mais jusqu’où fallait-il brasser ces émotions au risque de les voir prendre le pas sur la raison ? Les forums, courriers des lecteurs, micros-trottoirs étaient traversés d’avis chargés d’amertume et souvent de violence. Nos enfants baignent dans cette ambiance presqu’électrique. Même s’ils n’en parlent pas, ils entendent, ils absorbent… Comment les éduquer à maîtriser leur cœur battant au beau milieu d’une société qui, souvent, par la voix de ses médias, laisse l’émotion prendre la pas sur la raison ?

Ni bonnes, ni mauvaises

« S’il te plaît, un peu de tenue, retiens-toi, on ne pleure pas pour ça, calme-toi… » Pendant longtemps, être bien éduqué revenait, entre autres, à ne pas montrer ses émotions. Les enfants apprenaient qu’être grand, c’était rester le plus impassible possible en toutes circonstances. En gros, se transformer en bloc de bois ou en casserole à pression !
Or, nous ne sommes pas responsables de nos émotions. Elles s’enracinent au plus profond de nous, montent comme une vague et se manifestent par toutes sortes de signes que nous ne maîtrisons pas: nous rougissons, pâlissons, notre cœur s’accélère, nos mains deviennent moites ou froides, nous parlons plus vite ou, au contraire, nous devenons muets, nous pleurons… Autant de signes que notre interlocuteur reconnaît, parfois sans même en prendre conscience et qui produisent chez lui une émotion qu’il ressent et traduit en fonction de son histoire à lui. L’émotion est donc un partage, quelque chose qui passe de l’un à l’autre, qu’on le veuille ou non.
Elle est parfois source de malentendus. Par exemple, lorsque le petit Louis se met en colère parce que sa maman lui refuse le chocolat convoité, celle-ci se fâche à son tour, mais pas pour la même raison : si Louis est furieux qu’on lui ait refusé du chocolat, sa mère l’est à cause de la colère qu’il exprime.
Les émotions ne peuvent être jugées bonnes ou mauvaises : elles sont, tout simplement. Bien sûr, il y en a de tous genres: des agréables comme la joie, des désagréables comme la tristesse, des difficiles comme la colère ou la jalousie. Nous ne sommes pas maîtres de nos émotions. Par contre, et c’est là que l’éducation intervient, nous sommes responsables de ce que nous en faisons.

Ça déborde

Ce qui est compliqué avec les émotions, c’est que, bien souvent, elles débordent et nous mettent « hors de nous ». Leur expression devient alors excessive. Comme l’émotion se transmet à l’autre qu’on le veuille ou non, cela peut produire de sacrés débordements supplémentaires. Ainsi, lorsque Louis pique sa crise et que sa maman se fâche, il crie encore plus fort et elle aussi. Les voilà partis en escalade !
Pour Tom et Sam, ce n’est généralement pas la colère qui met le feu aux poudres, mais la joie. Ils ont 4 et 6 ans, sont cousins et s’adorent. Mais lorsqu’ils se retrouvent, c’est l’explosion. Il vaut mieux que la rencontre se passe au jardin car, à l’intérieur, il faudrait reculer les murs. Ce qui inquiète les adultes, ce n’est bien sûr pas leur joie mais les risques de débordement. Ce serait dommage de les punir parce qu’ils sont contents.
Quant à Chloé, c’est l’arrivée de son petit frère qui lui pose problème. Elle se réjouissait d’avoir un compagnon de jeux et voilà que cette minuscule chose avec laquelle elle ne peut pas jouer accapare sa mère et est le centre de tous les regards! Avant, c’était elle le centre de la famille. Elle est jalouse à juste titre. Normal: elle a l’impression de perdre beaucoup et elle craint de ne plus être aimée. Mais normal aussi que sa maman se fâche lorsqu’elle veut pincer le bébé !

Comment aider l’enfant à les maîtriser ?

Que faire alors pour aider les enfants lorsque des émotions déferlantes surgissent ? Comment agir pour ne pas être contaminés, envahis et ne pas partir en escalade avec eux ? Comment éviter les débordements qui nous font peur ?
La première chose à faire est évidemment de reconnaître l’émotion de l’enfant et aussi la nôtre. Reconnaître le bien-fondé de l’émotion de l’enfant, c’est déjà important pour éviter d’être contaminé et de se sentir à notre tour débordé.
Il faut ensuite contenir cette émotion, ce qui est parfois compliqué.
Or, les émotions sont ! Nous ne pouvons pas les juger, nous ne sommes pas maîtres de leur apparition. Notre rôle d’éducateur sera donc d’aider, au fil des ans, les enfants à les exprimer de manière adéquate. À nous, adultes, après avoir reconnu puis contenu l’état émotionnel de notre enfant et le nôtre, de chercher avec lui une expression adéquate de ses émotions.

Mireille Pauluis

En pratique

Pour aider votre enfant à gérer ses émotions, trois étapes et les mots pour le dire.

  • La reconnaître… C’est une manière de le dire comme par exemple : « Tu es fâché parce que tu veux un morceau de chocolat mais, moi, je suis fâchée parce que tu te roules par terre. On ne va pas discuter maintenant car, toi et moi, on est trop énervés. Va de ton côté et moi du mien, on en parlera quand on sera calmés tous les deux. »
  • La contenir. Quand l’enfant est triste et pleure, on le prend dans les bras et on console son chagrin. Mais, quand il se roule par terre ou pince un bébé, ou quand ils sont plusieurs à faire les Sioux dans la maison, c’est, avouons-le, plus compliqué parce que ces manifestations-là nous dérangent. Pas de recette miracle, mais prendre patience tout en plaçant des garde-fous ou détourner les intéressés vers d’autres jeux plus calmes.
  • L’exprimer. On peut dire qu’on est en colère contre un copain, mais on ne peut pas le cogner, mieux vaut aller shooter dans un ballon. On peut dire qu’on a peur de ne plus être aimé parce qu’il y a un(e) rival(e), mais on ne peut pas supprimer celui (celle) qu’on pense être le (la) rival(e). On peut être fou de joie parce qu’on joue avec son cousin, mais pas en mettant la maison à sac.

En savoir +

  • Vous voulez poursuivre la réflexion : Vérités et mensonges de nos émotions de Serge Tisseron (Éd. Albin Michel, 2005) ; Vie émotionnelle et souffrance du bébé de Denis Mellier (Éd. Dunod, 2005).
  • Vous souhaitez en parler avec votre enfant : tournez-vous vers le livre pour enfant. Trois titres recommandés : Grosse colère, Éd. l’école des loisirs ; Le nuage, Éd. l’école des loisirs ; Quelle émotion ?! Comment dire tout ce que j’ai dans le cœur… É. Mila.
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« S’il te plaît, un peu de tenue, retiens-toi, on ne pleure pas pour ça, calme-toi… ». Pendant longtemps, être bien éduqué revenait, entre autres, à ne pas montrer ses émotions. Les enfants apprenaient qu’être grand, c’était rester le plus impassible possible en toutes circonstances. En gros, se transformer en bloc de bois ou en casserole à pression !

 

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