3/5 ans

Comment lui expliquer l’arrivée
d’un bébé

L’arrivée d’un nouveau-né implique un jeu de chaises musicales pour chaque personne du foyer, un glissement de rôle et de statut qui s’accompagne de diverses émotions, tant positives que négatives, de la part des enfants de la fratrie. Comment les parents peuvent-ils les aider à vivre au mieux ce type de situation ? Décodage avec Nathalie Nader-Grosbois, professeur en psychologie de l'UCL. 

Comment lui expliquer l’arrivée d’un bébé

La petite barre de couleur apparaît sur le test de grossesse, le résultat est positif, votre famille va bel et bien s’agrandir. Félicitations et… grand bonheur ! Enfin, ça, c’est la version officielle, celle que l’on affichera pour l’entourage qui se réjouira de venir faire des câlinoux au poupon mais qui se gardera bien de devoir gérer les complications que l’arrivée de ce bébé tout rose pourrait provoquer auprès du frère ou de la sœur. 
Laurine sera sans doute très contente de jouer avec mini-Gaspard quand il sera plus grand. Il y a par contre des risques, dans un premier temps, qu’elle ne voie pas d’un si bon œil l’arrivée de ce petit joufflu, qui aura le don d’attirer non seulement tous les regards, mais aussi toute l’attention de ses parents ! Et il y a fort à parier que la douce et sage fillette de 3 ans le fasse savoir, non pas en convoquant ses proches autour d’une tasse de thé lors d’un conseil de famille, mais plutôt à la manière subtile d’un enfant qui ne maîtrise pas encore (bien) la parole et qui découvre à peine comment gérer ses propres émotions.
C’est là que les parents interviennent. Un sacré boulot les attend pour aider la petite à comprendre ce qui l’anime et à mettre des mots sur ce qu’ils perçoivent chez elle, sur les causes de son ressenti et les conséquences de cet événement de vie, de quoi anticiper et apaiser les tensions qui peuvent la submerger. 

Mettre en scène la grossesse

Puisque l’arrivée d’un bébé est quelque chose d’abstrait pour un enfant d’âge préscolaire et qu’il est encore difficile de lui faire comprendre verbalement les choses, le parent devra trouver des moyens de créer des points de repère autour de la naissance.
Sans aucun doute, Laurine aura bien compris que quelque chose se trame, avant même que ses parents aient expliqué quoi que ce soit. Si ce n’est pas son fameux « sixième sens » qui veut qu’un enfant sentirait l’arrivée d’un heureux événement avant même que l’apprenne sa maman, ce sera au moins au travers des changements d’humeur que provoquera la nouvelle chez les adultes de son entourage. Malgré tout, il sera nécessaire d’expliquer : « Tu sais Laurine, il y a un bébé qui grandit dans le ventre de maman, tu vas avoir un petit frère, la famille va s’agrandir ».
Pour lui permettre de conscientiser encore davantage les choses, son papa pourra lui dire à son tour, en lui montrant les photos de l’échographie. Et au fur et à mesure des mois qui passent, lui faire poser ses petites mains sur le ventre rebondi de sa maman, lui faire sentir les mouvements du bébé, et permettre ainsi une rencontre progressive avec celui-ci.
Les livres pour enfants sur le sujet se révèleront bien utiles pour illustrer ces propos, le tout avec l’objectif de créer des indices de l’arrivée du bébé. Cet événement paraît déjà tellement mystique pour un adulte, alors imaginez pour un enfant...

Accepter la tristesse et la colère

« Je ne suis qu’à deux mois de grossesse et j’ai déjà constaté un changement de comportement chez Eliot, mon fils de 3 ans », explique Juliette. Si ce petit bout ne saisit pas encore réellement ce qui s’annonce du haut de son jeune âge, il n’en sent pas moins déjà des changements chez sa maman.
« Depuis que je suis enceinte, je suis plus fatiguée, plus irritable, moins patiente avec lui et je sens le besoin de déléguer un peu plus à mon mari certaines tâches quotidiennes comme le bain ou l’habillement le matin. J’ai moins envie de le porter aussi, et plus envie de le voir devenir indépendant. »
Un bébé en gestation consomme une énergie folle et fait monter le taux d’hormones, sans parler des insomnies et autres joyeusetés de la grossesse. Autant dire que maman est fortement sollicitée et que sa limite de tolérance diminue. Rien d’étonnant donc à ce qu’Eliot, même s’il ne comprend pas le phénomène, observe et vive peut-être mal ces transformations. « Il se plaint sans raison, il râle plus souvent, il pique des crises, ce qui a le don de m’énerver encore plus. Je dois prendre garde à ne pas tomber dans un cercle vicieux », ajoute Juliette.
Dans ce cas de figure, il sera dès lors nécessaire de parler avec lui et de l’aider à identifier ses émotions négatives. N’oublions pas qu’un enfant vise toujours à nous faire passer un message au travers de ses comportements. S’il exprime des émotions négatives, il s’agira dans ce cas d’inquiétude qui engendre la tristesse ou de la colère, voire de la jalousie.
À cet âge précoce, les albums permettent à votre petit de revivre les émotions qui l’encombrent souvent à travers celles du héros ou de l’héroïne et de raconter les émotions que l’on croit déceler chez son enfant sous forme d’histoires. « Tu vois, Paul est triste parce qu’il a peur que son petit frère lui vole ses jouets ». « J’ai l’impression que toi aussi tu es fâché et jaloux, je comprends que tu aies peur que nous t’aimions moins, mais rassure-toi, ce ne sera pas le cas ». Si l’histoire racontée est proche de son ressenti, elle le rassurera et l’apaisera. 

Grand frère, grande sœur : une place importante

« Pendant ma grossesse, je demandais à Gabriel de mettre ses mains sur mon ventre et de communiquer avec le bébé, de lui parler de la famille qu’il allait avoir, de la maison dans laquelle il allait vivre, etc. Je lui expliquais que son rôle de grand frère serait de donner l’exemple au petit », témoigne Virginie.
Si vous aviez l’intention de lui épargner les « contraintes » liées à l’arrivée du deuxième, détrompez-vous, c’est justement l’occasion de l’intégrer dans le projet et de confirmer sa place de grand frère ou de grande sœur en devenir. Le positionner en tant qu’acteur lui permettra de glisser lentement dans son nouveau rôle, d’être rassuré sur le fait qu’il gardera une place à part, entière et unique dans la famille.
Pour cela, faites-le participer à la valise pour la maternité, laissez-lui choisir le doudou que bébé recevra dans son berceau. Expliquez-lui qu’il sera le premier à pouvoir venir voir le nouveau-né, permettez-lui de participer aux soins du bébé, au change ou au bain, tout en veillant à ne pas lui demander des tâches trop lourdes pour son âge. Ces petits gestes lui permettront de positiver l’arrivée du petit et d’éviter la manifestation incontrôlée de la colère ou de la jalousie.
Par ailleurs, pour éviter les sentiments négatifs à ce moment sensible de la naissance, il sera impératif de consacrer à l’aîné des moments privilégiés sans bébé, quinze minutes feront déjà toute la différence. Le but étant de communiquer avec lui et de le rassurer sur le fait qu’il ne sera pas relégué au second plan. 

Julie Robin

Lu et joué pour vous

  • Attendre un bébé, Éditions Fleurus
  • T’choupi a une petite soeur, Éditions Nathan
  • Et dedans, il y a…, Jeanne Ashbé, Éditions Pastel
  • Il y a une maison dans ma maman, Éditions Les petits Gauthier
  • Le jeu de « faire semblant » et la mise en scène de personnages ou de figurines (Playmobil, poupées) en complément des livres et dessins animés. Le parent pourra s’intégrer dans ce jeu, faire passer des messages, mais aussi créer des opportunités pour l’enfant d’exprimer son vécu. « Oh, regarde, la petite princesse a très peur que la reine ne l’aime plus une fois qu’elle aura mis au monde sa petite sœur... » 

Testé pour vous

Le langage des émotions : un jeu de 60 cartes pour les 5 ans et plus qui explore le panel de nos émotions. Grâce aux explications de l’adulte et à ses réactions aux pictogrammes émotionnels qui expriment colère, joie, tristesse, peur, surprise, etc., l’enfant assimilera petit à petit l’application des règles sociales qui l’aideront à réguler ses émotions.

En pratique

Mettre des mots sur les émotions

  • Évitez de lui dire qu’il est grand et qu’un grand ne pleure pas ! Même si avec ces mots-là, vous pensez bien faire, sachez que vous obtiendrez l’inverse. En minimisant l’émotion ressentie par votre petit, vous le forcez à la camoufler au risque de la voir resurgir sous forme de vengeance, par exemple, vis-à-vis du bébé. 
  • Expliquez-lui qu’il a le droit d’être inquiet, qu’il est normal de craindre l’arrivée d’un deuxième enfant.
  • Encouragez le fait qu’il exprime ses émotions et valorisez-le dans ce qu’il fait bien au quotidien, ce qui prouvera votre attention à son égard.
  • Partagez à votre tour vos propres émotions autour de l’arrivée de ce bébé, l’inquiétude comme la joie. Il est très rassurant pour un enfant de savoir que même les « grands » peuvent ressentir ce type d’émotions négatives, qu’elles ne sont pas honteuses et qu’il y a moyen de les surmonter.
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