Vie de parent

Comment prévenir la dépression
chez nos ados ?

7% des ados belges sont en dépression grave, selon l’Organisation mondiale de la santé. Et si on évitait qu’ils passent à l’acte irréparable ? La province de Liège veut s’inspirer de l’expérience québécoise Je tiens la route, pour prévenir le suicide chez les jeunes.

Comment prévenir la dépression chez nos ados ?

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) publie pour la première fois un rapport complet dédié aux problèmes de santé affectant les adolescents.  La dépression est la cause numéro un de maladie des jeunes dans le monde, et le suicide est la troisième cause de mortalité. En cause : le tabac, la consommation de drogue et d’alcool, le sida, la santé mentale, la nutrition, la sexualité, et la violence. En Belgique, 7% des adolescents souffrent d’une dépression grave.

Je tiens la route est un projet né au sein de Collèges d’Enseignement Général et professionnel (CEGEP) qui préparent les étudiants à la vie universitaire ou leur offrent une formation professionnelle qualifiante. Si la métaphore « tenir la route » vient du rude climat canadien, elle reste parlante sous des cieux plus cléments où les jeunes connaissent aussi des flottements, des dérapages et des sorties de route.

De l’assiette aux baskets

Les stratégies déployées sont multiples : apprentissage de l’équilibre alimentaire, lequel est aussi favorisé dans les menus des cantines, pratique d’une activité physique en groupe en dehors des heures de cours (elle serait plus bénéfique qu’une activité physique à laquelle on s’adonne en solo), autant de jalons vers une gestion du stress.

Mais on relève aussi le renforcement des capacités à demander de l’aide, l’analyse de sa conception du couple (jalousie et chagrins d’amour font des ravages chez les ados). La spiritualité est questionnée : qu’est-ce qui donne sens à ma vie ? Comment pourrais-je lui donner encore plus de sens ?  Toutes ces questions sont souvent développées à travers des séances collectives, des jeux de rôles, un site web, et le plus souvent en impliquant la communauté éducative. On relèvera cette haie d’honneur d’adultes applaudissant les ados arrivant pour leurs derniers examens. Sur une banderole : « Allez, c’est la dernière ligne droite ! Courage ! » 

Des lits au sein de l’école

On pointera aussi cette sensibilisation du personnel d’entretien et de la bibliothèque aux conséquences des oublis des clés USB sur les ordinateurs. Un coup d’œil systématique du personnel et une remise du matériel illico presto aux étudiants évitent bien des crises de nerf. On citera encore le déploiement de lits au sein de l’école, escortés du slogan « As-tu assez dormi hier soir ? ». Des lits où les étudiants peuvent venir se reposer, ce dont ils ne se privent pas, la preuve que toute plage de repos est la bienvenue et que le climat de confiance instauré permet de la savourer.

Les « capsules théâtrales » constituent une autre accroche originale de diffusion des messages. Ainsi, dans une école, on voit débouler en classe une étudiante confuse. Elle a oublié sa clé sur le PC. Un message s’est affiché. Une lettre de détresse, dont l’enseignant abasourdi et les élèves ont pu lire les prémisses : « Je n’ai jamais été au plus bas, je me sens nulle, je ne sais pas comment sortir du tunnel, etc. » L’étudiante explique alors que c’était elle il y a un an, et que les choses ont bien changé. « Vous êtes-vous déjà sentis comme ça ? », demande-t-elle. Le débat peut s’engager.

Une logique de solutions

« Cela permet de renforcer des compétences, individuelles, sociales, collectives. On est dans une logique de solutions, pas de problèmes. Et consolider la capacité à trouver des solutions est fondamental. On sait que le suicide intervient quand l’individu ne voit plus d’autre solution que celle-là pour cesser de souffrir. Travailler sur des facteurs de protection, c’est innovant. Chacun va en bénéficier.

On constate globalement que l’estime de soi va devenir meilleure, et que les résultats scolaires s’améliorent, avec évidemment un impact en termes de prévention des suicides et des comportements suicidaires », souligne Claude Renard,  Président de l’Association francophone de Prévention du suicide.  Un projet appelé à se développer en Province de Liège, dans la ligne droite de la démarche que le Centre de Prévention du suicide appelle de tous ses vœux.

Véronique Janzyk

Des sentinelles pour la prévention

Lui aussi d’inspiration québécoise, le projet « Sentinelles » est en voie d’implantation en Province de Liège. Il s’agit de proposer à des personnes de devenir « sentinelles » : d’identifier des personnes fragilisées, dans différents milieux de vie, dont des écoles.

« Des personnes seront sans doute plus sensibles à la démarche par leur occupation professionnelle, par leur place dans la communauté ou par leur implication dans des activités bénévoles. Mais nous proposons à toute personne intéressée une formation et un accompagnement », explique Philippe Snoeck, du département des Affaires Sociales de la Province de Liège.

Elles travailleront sur les représentations et les croyances, parfois fausses, relatives au suicide, pour mieux identifier les personnes à risque, les encourager à se tourner vers une aide, ou à contacter un « intervenant désigné » au sein de l’établissement ou de l’institution. Le principe du  Réseau Sentinelles s’ancre dans une longue tradition d’engagement citoyen au Québec. Mobiliser des citoyens de la sorte chez nous fait partie du défi.

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