Vie de parent

Comment renforcer la mixité sociale
et le niveau des élèves ?

L’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles ne remplit pas sa fonction d’ascenseur social, selon l'ULB. Pour vaincre les inégalités scolaires et sociales, une piste au programme des différents partis : réformer le tronc commun.

Comment renforcer la mixité sociale et le niveau des élèves ?

Les inégalités et les écarts entre les élèves sont importants, tandis que le taux de redoublement reste très élevé en Belgique. L’ULB a donc étudié les résultats de l’enquête Pisa 2012, à la demande de la Fondation Roi Baudouin (FRB). Son constat : l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) comme en Flandre, est loin de remplir sa fonction d’ascenseur social. « L’école continue d’être un lieu de reproduction des inégalités, en particulier vis-à-vis des élèves de milieux défavorisés et issus de l’immigration, déplore le Groupe de recherche sur les relations ethniques, les migrations et l’égalité (Germe) de l’ULB.

Révision du décret inscription

Pour la Ligue des familles, la situation de la Belgique est catastrophique en matière d’inégalités à l’école par rapport aux autres pays de l’OCDE (l’Organisation de coopération et de développement économiques).

Sont pointés du doigt : le décret inscriptions et la politique de filtre et de sélection de profils d’élèves par certains établissements scolaires. « L’objectif de mixité sociale dans nos écoles ne peut faire l’économie d’une révision des modalités d’inscription dans les écoles secondaires. Ce qui suppose que le nombre de places soit suffisant. La programmation de nouvelles places d’école pour répondre au boom démographique représente une opportunité de créer des places à certains endroits et dans certaines conditions qui favorisent la mixité. Ne pas intégrer un objectif de mixité et courir tête baissée pour répondre à l’urgence, c’est prendre le risque de cliver davantage notre système scolaire », avance Delphine Chabbert, directrice du service Études de le Ligue des familles.

Revoir les rythmes scolaires

Pour le mouvement qui soutient les parents au quotidien, la mixité permet de tirer tout le monde vers le haut. « Mais un décret ne suffit pas. Il faut aussi que les écoles soient outillées – de moyens financiers et pédagogiques adaptés – pour y répondre car les profs donnent cours à plein de profils différents… ».

La Ligue des familles soutient une politique de mixité sociale dès la maternelle, pas seulement en 1re secondaire, et regrette la logique de concurrence et d’évaluation des élèves dès la 2e primaire. « C’est pervers : les élèves sont classés entre eux et ceux qui perdent sont dévalorisés, ce qui est lié à la question de l’échec scolaire ».

Une des solutions, pour la Ligue des familles : réformer les rythmes scolaires de sorte à intégrer les devoirs dans le temps scolaire. « Cela permettra de lutter contre les inégalités puisque les élèves seront aidés à l’école, par des professionnels. Actuellement, les établissements scolaires ne disposent pas des outils pédagogiques suffisants pour aider les élèves qui sont en difficultés. Ca laisse la porte ouverte aux inégalités entre les familles qui ont les moyens d'offrir une remédiation à leur enfant et les autres. » Plus globalement, l'association appelle à une refondation de l'école.

Garantir un vrai tronc commun

Pour assurer et renforcer la mixité sociale à l’école, le Germe (ULB) avance aussi ses solutions :

  • avoir de bons enseignants dans chaque école;
  • avoir les meilleures équipes dans les écoles où les défis sont les plus importants : que les enseignants les plus expérimentés donnent cours dans les classes les plus difficiles;
  • garantir un vrai tronc commun (de la 1re primaire à la 2e secondaire);
  • fournir un enseignement qualifiant, mais qui soit un choix positif.

Autant de pistes à glisser dans l’oreille des politiques, avant et surtout, après les élections. Ce 25 mai, votons aussi, en connaissance de cause, pour un enseignement de qualité pour nos enfants.

Stéphanie Grofils

Tronc commun : proposition des partis

À l’approche des élections, les partis politiques ont ficelé leur programme et pris position sur le devenir du tronc commun de l’enseignement obligatoire.

Actuellement, l’enseignement secondaire est organisé en quatre filières en FWB : transition générale, transition technique, qualification technique et qualification professionnelle. Les deux premières années du secondaire (le 1er degré) sont communes à l’ensemble des élèves. Le choix de l’orientation vers l’une ou l’autre filière ne se pose que lorsque l’élève entre en 3e année, au seuil du 2e degré.

Le cdH, Ecolo, le MR et le FDF défendent l’aménagement du système actuel : le tronc commun de la 1re primaire à la fin de la 2e secondaire.

  • Le cdH défend ainsi « un 1er degré davantage commun, par le renforcement de la formation commune, et davantage ouvert aux différentes formes d’intelligence et d’expression ». 
  • Ecolo prône « un véritable tronc commun » jusqu’à 14 ans, avec une formation pluridisciplinaire et la valorisation des filières qualifiantes et des métiers liés à celles-ci, afin de favoriser l’orientation positive.
  • Le MR, lui, préconise « un 1er degré restauré dans son rôle de degré d’observation et un retour aux trois filières à finalité spécifique (générale, technique et professionnelle) ».
  • Le FDF entend « remanier le 1er degré de manière plus souple et plus flexible », soit un continuum pédagogique pour « assurer une orientation pertinente à 14 ans ».
  • Seul le PS veut allonger le tronc commun « au moins jusqu’à une 3e secondaire » (15 ou 16 ans), et lui donner une dimension polytechnique (cours de technique et de technologie pour tous).
Sur le même sujet

Pour qui voter le 25 mai ? Les crèches et l'école à la loupe

Bientôt les élections. Pour mieux vous y préparer d'ici au 25 mai, la Ligue des familles passe en revue les priorités des différents groupes politiques sur les matières familiales. Deuxième thème, les services : les présidents de partis répondent aux revendications du mouvement sur l'accueil de la petite enfance et l'école. Leurs réponses en images.

 

Plus de mixité sociale et de compétences dans les écoles

Nous avons été interpellés par la carte blanche d’un professeur dans la Libre de la semaine dernière (Décret inscription : La règle et la société en date du 05/04). Il y était prôné un enseignement divisé, avec d’un côté les « bons » élèves que l’on pouvait « pousser » le plus loin possible et de l’autre les élèves « faibles ou en difficulté » qu’il fallait également regrouper afin de leur donner un enseignement « sur mesure » pour pallier leurs carences. Si ce raisonnement assez simpliste peut sembler de sens commun, il va pourtant à l’encontre de ce que nous montre l’ensemble des recherches en la matière.

 

Élections 2014 : les revendications de la Ligue des familles

À quelques mois de la triple élection du 25 mai 2014, La Ligue des familles présente son mémorandum 2014 au public. Loin des petits marchandages politiques pour savoir quelle alliance sera aux commandes au lendemain du scrutin, la Ligue des familles a choisi d'interpeller les responsables politiques, futur(e)s élu(e)s et membres de l'opposition, sur la situation des parents d'aujourd'hui, leurs besoins et les mesures à prendre en priorité pour améliorer leur vie au quotidien. La Ligue met sur la table douze revendications concrètes à mettre en route dès la prochaine législature et ose trois propositions ambitieuses qui visent un peu plus loin que les calendriers électoraux.

 

PISA : de bons matheux dans un contexte de crise

De bons résultats Pisa par-ci, des mauvais par-là. Mais que révèle vraiment cette enquête sur le niveau en maths et en lecture de nos élèves ? Une experte de l’Université de Liège nous éclaire.

 

Fait-on trop vite redoubler les élèves ?

Le redoublement reste une pratique intense en Fédération Wallonie-Bruxelles, parfois avec l’assentiment des parents, voire même des enseignants. Ce n’est en tout cas pas aux parents de remédier aux difficultés scolaires de leur enfant.

 

Moins d’élèves doublent à l’école

Depuis ces dernières années, nos élèves doublent moins leur année scolaire. Si les taux de redoublement restent très élevés en Belgique, on peut espérer que cette tendance se confirme sur le long terme.

 

Les rythmes scolaires au cœur du débat

La question des rythmes de l’enfant à l’école est en débat. La Ligue des familles invite les professionnels et les parents à encourager la réforme des rythmes scolaires.

 

Il est temps de changer les rythmes scolaires

Le 3 avril 2014, la Ligue des familles a conclu son Université de printemps sur une note positive. La réforme des rythmes scolaires est sur la bonne voie. Les chercheuses invitées ont apporté une caution scientifique. Les trois mouvements de parents ont parlé d'une voix unie. Les représentants des six partis politiques francophones ont signé une charte d'engagement pour la prochaine législature. Les syndicats d'enseignants se sont montrés constructifs et sont devenus des alliés de poids. Nous sortons de cette journée avec l'espoir que ça bouge.

 

Les enfants belges pas tous égaux

Triste constat de l’Unicef : les inégalités sont de plus en plus importantes chez les enfants en Europe. La Belgique aussi fait figure de mauvais élève.