Vie de parent

Comment voyez-vous le partage
des rôles entre le père et la mère ?

Comment voyez-vous le partage des rôles entre le père et la mère ?

Jonathan : « Plus ferme »

C’est peut-être un cliché, mais je pense que les rôles ne sont pas les mêmes entre un père et une mère. La maman porte l’enfant, donc, d’emblée, c’est biaisé. Le papa est parfois plus ferme. Un exemple ? Mon fils pleure parce qu’il ne veut pas s’habiller. Bon. Au bout d’un moment, je m’énerve, j’agis de façon impulsive. Mon épouse, elle, réagit toujours plus tendrement. J’essaie de faire la même chose, d’ailleurs. Mon but, c’est de pouvoir dire un jour avec douceur : « Ben alors, Maxime, ça ne va pas ? », plutôt que « Dépêche-toi, on va être en retard ! ». En tout cas, une chose que l’on se partage volontiers - et ça aussi, je pense que c’est inédit dans l’histoire des pères -, ce sont les compliments sur les enfants ou sur notre manière de faire.

Et la maman ?

On est totalement sur la même longueur d’onde. Elle a des horaires plus réguliers que les miens. Mais quand je suis là, je suis présent à 100 %. On est parents depuis deux ans et demi et rares sont les fois où nous avons dû essuyer un désaccord. Quand c’est le cas ? On discute. Sans les enfants à côté. Calmement. Après, c’est tellement rare que, même en réfléchissant bien, je n’ai pas d’exemples qui me viennent. On se fait énormément confiance.

Martin : « Un problème de répartition »

Avant de se partager les rôles, on partage des valeurs. Une valeur fondamentale, chez nous : l’humour. On l’utilise pour tout. De manière générale, on adore les relations parents-enfants liés à la création. Lire et raconter des histoires, fabriquer des petites inventions, faire des dessins et de la musique. Au départ, c’est ma femme, l’artiste. Elle est prof de chant et moi, juriste. Cela fait dix ans que je bosse à la banque, j’ai longtemps joué le rôle du père nourricier comme Jonathan le décrivait plus haut. Et là, aujourd’hui, j’ai d’autres envies. Je suis énormément dans l’action, j’ai créé une activité d’indépendant, je me suis lancé dans des aventures éditoriales. Le problème, c’est justement la répartition des rôles. Je cours de droite à gauche et ma femme - qui vient de quitter son boulot - est beaucoup plus disponible pour les enfants. Et on ne veut pas de ce genre de vie. Je ne veux pas ce genre de vie. Je veux être présent sur tous les fronts. Il faut donc trouver une solution. Et plutôt que de réfléchir en fonçant la tête baissée, on prend le temps de le faire. On s’accorde une longue parenthèse en famille et on part pendant cinq mois en Asie du Sud-Est. On a obtenu l’accord des écoles et moi, un congé parental. Au programme, on découvre cinq pays, on mène un projet humanitaire, on fait du tourisme et on essaie de trouver des réponses.

Et la maman ?

Comme je l’ai dit plus haut, Nathalie est une artiste. Mais elle a les pieds sur terre. C’est le ciment, la caution aimante et je m’en remets à elle pour le suivi, les inscriptions des enfants aux activités, etc. Elle assure les trajets. Sans elle, le château de cartes s’écroule. Actuellement, elle est en congé parental et elle démissionne quand il sera terminé. J’ai le sentiment de lui laisser faire trop de choses en contrepartie, trop accaparé par le fait d’assurer le confort financier. Ce n’est pas comme ça que je conçois l’équilibre familial. On va donc trouver une solution ensemble, comme on l’a toujours fait.

Vincent : « Parlons poubelles… »

La répartition, chez nous ? C’est très exactement du 49 %-51 % (rires). La division des tâches est totalement équilibrée. On se relaie. Parfois mal. Il n’y a pas si longtemps que ça, on a fait les courses en même temps, chacun de notre côté…
À l’époque où nous vivions seuls avec notre fille aînée, on avait dressé un calendrier. Qui fait le repas, qui met la table, qui débarrasse. C’était assez apaisant d’aborder la semaine en sachant que le mardi, le jeudi et le samedi, par exemple, je cuisinais. Parfois je m’avançais, même. Non, le gros problème - et c’est un véritable tabou dans cette société -, ce sont les poubelles.On prône une égalité parfaite et encore en 2017, c’est toujours à l’homme qu’incombe la lourde tâche de les sortir. Mesdames, on compte un peu sur vous !

Et la maman ?

On partage tout. Absolument tout. Je me fie à son intuition. Je la suis et dans le doute, je lui fais toujours confiance. Nous sommes tous les deux portés par des convictions fortement égalitaires et complémentaires. C’est bête, mais comme c’est une maman, je me dis qu’indubitablement elle a plus d’inspiration que moi. On est bons dans des domaines très différents. En fin de compte, c’est tout bête, mais je pense qu’on forme une bonne équipe.

Prince Ali : « Et le plaisir ? »

L’attribution des rôles chez nous s’est toujours établie sur le principe que l’autre doit trouver la place qui lui convient.Sans stress. J’ai une coupure entre le midi et le soir. C’est donc moi qui me charge d’amener les petits à l’école. Et après, je retourne bosser. Ou encore : « Tu comprends mieux le schmilblick de la machine à laver ? O.-K., à toi de jouer ». J’adore cuisiner, je m’en charge, etc. Les couples sont obsédés par la répartition équitable dans le ménage. Comme si on tirait un trait et qu’il fallait du 50-50. Et le plaisir ? J’ai fait plus de trucs que toi ? Tant mieux. C’est pour la famille, donc ça ne me coûte pas. Et puis, toujours dans cette logique de boîte à souvenirs dont j’ai parlé plus haut, mes garçons voient papa faire la vaisselle, papa aux fourneaux, papa danser, ça s’imprègne. Ils reproduiront tout ça. Et quand j’entends des potes plus machos me dire : « Ah, Ali, tu t’oublies ! », moi, j’y crois pas. Je suis guidé par le plaisir, justement. Donc, je ne culpabilise personne, puisque j’adore faire tout ça.

Et la maman ?

C’est elle qui m’a fait grandir. Elle est la coupe dans laquelle je bois. Celle qui déplace ma zone de confort, qui pointe mes contradictions. Elle m’a fait père. On est 100 % d’accord sur les principes de générosité, d’entraide, d’empathie, de curiosité. Et même si, après dix-huit ans de vie commune, on se retrouve aujourd’hui en pleine séparation, ça n’y change rien. Ça fait juste ressortir nos individualités, mais jamais les bases de l’éducation ou les règles de bonne conduite. Rien, jamais rien, même les moments les plus difficiles, ne changeront le fait que c’est la mère des petits. Une super mère. La meilleure, je vous jure. Et je sais que cette lumière est intacte pour l’éternité.

Nicolas : « Papa multifonction »

Je suis le papa qui doit savoir consoler la petite tombée dans les escaliers, soulager le deuxièmequi a un problème avec les copains tout en étant un peu ferme avec le troisième qui est insolent. Tout ça en vidant le lave-vaisselle, en faisant des machines et en démarrant le souper ! Idem pour ma femme. On a tous les deux des métiers aux horaires très très variés. Sur une journée entière, je peux ne pas être là du tout. Elle aussi. Nous sommes tous les deux souvent seuls avec les enfants. Donc, on fait tout. On partage tout. Et les enfants doivent nous aider le plus possible. On fait en fonction des affinités. Je dirais même que le clan est réparti par affinités. L’aîné et la cadette sont très proches du caractère de leur mère et les deux du milieu plus proches du côté très taiseux que je peux avoir. Je réponds aux questions que l’on me pose avec plaisir, mais je ne cause pas. Il y a un truc que je ne peux pas faire, c’est le repassage. Du coup, je compense en m’attribuant exclusivement la vaisselle. Et puis, soyons honnêtes aussi, impossible de rivaliser avec les talents de cuisinière de mon épouse. Combat perdu d’avance.

Et la maman ?

Elle est complémentaire du papa. Mais pas pour contrebalancer. Elle est meilleure que moi pour plein de choses. Quand un des enfants se blesse, je dis toujours : « Allez, ce n’est pas grave, c’est rien ». Réflexe professionnel. Je vois des gens qui ont un bras en moins, ce n’est pas une petite bosse qui m’impressionne ! Ma femme est meilleure pour ça. Elle prend soin. Voilà qui la résume parfaitement. C’est son atout dans la vie. Elle n’est pas infirmière pour rien. Elle a cette fibre, cette qualité hors du commun d’être attentive aux besoins de chacun. Elle est aussi mon temporisateur. « Ne te lance pas à corps perdu là-dessus, tu vas perdre du temps et ça va t’énerver, tu devrais faire ça plutôt ». Elle me ramène aux besoins du quotidien. Je partage les tâches, toutes les tâches, mais je n’organise pas. Elle est au centre du foyer. Même si elle bosse beaucoup. C’est la gestionnaire de la maison. C’est elle qui maintient toute l’alchimie de la maison. Elle voit tout.

Gaël : « Hyper présent »

Si j’avais une attribution, ce serait celle de papa présent. C’est ma femme qui bosse. C’est elle qui ramène l’argent, comme on dit. Bon, je commence justement un nouveau boulot cette semaine. Mais mon objectif, c’est de continuer à être hyper présent. Je veux m’adapter à mon enfant. Je n’aime pas quand les parents prétendent l’inverse. Certes, on doit continuer à vivre notre propre vie et ne pas s’abandonner complètement dans le statut de parent, mais jamais au détriment de l’enfant. On ne fait pas un gosse pour s’épanouir dans sa vie d’adulte. Mon rôle de père au foyer, par exemple, est génial. Aussi parce que je l’ai très bien vécu dans mon couple. Ma compagne ne m’a jamais fait de reproches. Je ne me suis jamais ennuyé. Après, c’est devenu vraiment pénible à partir du moment où je ne payais plus ma part de loyer et qu’à côté, ma femme commençait à ressentir le besoin de moins travailler. Une petite voix commençait à me dire de penser à autre chose. Et puis, il y a un aspect assez injuste. On passe pour le super papa, au détriment de la maman. Combien de fois au boulot, quand elle finissait tard, elle entendait des phrases type : « Gaël garde la petite ? Oh, ça doit être dur ». Un papa n’entend pas ce genre de choses quand il finit tard le boulot.

Et la maman ?

J’envisage ce rôle comme celui du papa, en fait. J’aimerais qu’elle travaille moins. Par moment, ma relation avec ma fille est tellement fluide et complice, que ça renvoie ma femme au fait de ne pas passer le temps qu’elle voudrait avec Rosie. Dans ces cas-là, je lui dis d’écouter son cœur de maman. Ce qu’elle fait souvent et qui la fait agir avec intelligence, douceur et sensibilité. Là où moi, je pense que j’agis avec davantage de raison. Par exemple, ma fille un jour était très énervée. Elle s'est mise à hurler, à pleurer. Je ne me suis pas énervé. Je ne lui ai rien dit, je l'ai écoutée calmement. Et là elle me dit : « Je pleure parce que j’ai peur que tu vas crier ». Ce genre de réaction, je l'ai apprise de me femme. Je m’en remets à elle. Je crois bien que le rôle de la maman, c’est aussi d’éduquer les papas.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Trop forts nos papas !

Vous avez remarqué ? Tout au long de ce dossier, les mots « modèle » et « libre » sont très présents. Peut-être parce que nos protagonistes ont conscience qu’ils contribuent à la réinvention du rôle de papa ? Ils se sentent justement libres comme jamais. Libres de leur identité. Un papa qui se laisse aller à des élans de tendresse - tant avec sa fille qu’avec son fils - ne subit plus le regard oblique et sentencieux de ses pairs. On ne s’en remet pas à l’école pour réaliser les rêves les plus ambitieux, on compte sur soi. En 2017, un papa peut être fluet ou à l’inverse avoir des muscles, une barbe ou une calvitie, faire une profession créative, être au foyer ou faire un vrai métier d’« homme » tout en se passionnant pour les jupes de princesses ou les petits Playmobil. Aujourd’hui, un papa aime sa femme avec force, sa fougue et chérit la mère avec qui il fait équipe. Aujourd’hui, un papa, ça en jette comme jamais ça en a jeté. Et il y a fort à parier que les mères n’y sont pas pour rien… Mais chut, ne le répétez pas, mesdames.

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