Vie de parent

COMMENTAIRE | Face au Covid, le monde politique doit se ressaisir

Depuis vendredi, c’est la douche froide. Continue. Glacée. Insupportable. Au sein des familles, c’est le doute qui s’incruste pour de bon. « Mais qu’est-ce que c’est que ces décisions politiques qui tombent sans arrêt. C’est quoi la logique ? » Le citoyen est perdu. Le parent aussi. Réflexion sur un monde politique qui a loupé le coche.

COMMENTAIRE | Face au Covid, le monde politique doit se ressaisir

« Alors là, je sais pas si je dois rire ou pleurer ». Aurore se lâche sur notre page Facebook. Elle ne comprend plus, se perd en conjectures. « On nous dit que les contaminations dans les écoles explosent, mais elles restent ouvertes. Les restaurants ont fermé, hors tout le monde faisait attention et là, on nous tape un couvre-feu. » Aurore cherche une logique comme beaucoup. En vain. Et l’enchaînement des événements de ces dernières heures ne vont pas l’aider, loin de là.

Reprenons. Vendredi matin, Alexandre De Croo, avec son costume de Premier ministre fédéral annonce des mesures décidées au sein du comité de concertation qui rassemble plusieurs niveaux de pouvoir, notamment les régions et communautés. Les mesures sont plutôt tièdes et tranchent avec les signaux d’alerte relayés un peu partout. Le soir, la Wallonie sort du bois et déboule avec des mesures beaucoup plus dures et tranchées. Rebelote avec la Région de Bruxelles Capitale, ce samedi. Couvre-feu entre 22h et 6h. Tout le secteur culturel mis sous l’éteignoir à Bruxelles.

Dissonance et unisson

Ce samedi, Rudi Vervoort, ministre président bruxellois le concède : « Je comprends l’incompréhension. » Ok, et après ? Il n’y avait pas moyen de mieux gérer la communication globale ? Faire une seule sortie, établir un socle de mesures fédérales bonnes pour tout le monde et puis exposer les particularités en fonction des régions? De façon pédagogique, logique, argumentée ? Non. Encore une fois, le monde politique c’est montré dissonant au moment où il devait jouer à l’unisson. C’est dommageable. Triste. Voire irresponsable.

 Au sein des familles, il y a de fortes raisons de s’inquiéter de cette cacophonie politique. Elle en dit long sur ce qui se joue en coulisses, sur une gestion d’une crise handicapée par des rapports de force politiques qui se déclinent en mode national et régional. Chacun veut garder la face, imposer son point de vue à l’adversaire. Résultat, lorsqu’un consensus s’impose, il n’est que le cache-sexe de dissensions qui s’expriment quelques heures plus tard dans d'autres communications d’intérêt général et sanitaire. Bref, des mesures de la plus haute importance sont polluées par un manque de maturité politique, un manque d’unité nécessaire, un manque de jugeote tout simplement.

Un désordre complet

Dans cette crise sanitaire, s’il y a bien une chose qu’il faut chercher, c’est l’adhésion des citoyens, l’adhésion des familles. Aujourd’hui, les chiffres de l’épidémie sont tels qu’ils demandent une gestion sans bavure, logique, cohérente… Le tout associé à une démarche pédagogique et transparente. On est loin du compte. Alors que le nombre d’hospitalisations est aussi élevé à Bruxelles qu’à la fin mars, alors que Liège est bien au-dessus, alors que la province de Namur a dépassé, hier, en termes d’hospitalisations, son pic le plus élevé de la première vague, le monde politique se permet de nourrir un chaos scandaleux.

Au cœur des familles, cette incompréhension est à son comble. Déjà confrontées, pour beaucoup d’entre elles, à des fermetures intempestives de classes pour cause de Covid 19, elles voient débouler des congés d’automne prolongés dont les contours sont encore flous, des cours universitaires qui passent du présentiel au distanciel en quelques heures seulement, des stages de Toussaint qui posent question… Dans ce capharnaüm, il est compliqué de s’y retrouver, même le site info-coronavirus (dans sa version francophone) n’est pas mis à jour. C’est dire le désordre global.

Chacun pour soi politique

Il y a plusieurs semaines déjà, Le Ligueur réclamait plus de cohérence et de pédagogie dans la communication autour de la de cette épidémie et de la gestion de celle-ci. Il n’a pas été le seul à partager ce point de vue. Et pourtant, c’est toujours la même lamentable gabegie. Alors que vendredi, Alexandre De Croo appelait à une « solidarité nationale » pour lutter contre le virus, on assiste à un chacun pour soi politique qui est d’une tristesse sans nom et qui va à l'encontre de ce qui est demandé au citoyen.

Face à cela, que faire ? Faire entendre sa voix, sans aucun doute. De façon posée, argumentée, sensée. Appeler le monde politique à œuvrer pour le bien des citoyens et des familles. Et pas pour la sauvegarde d’un « trophée » ou pour la course à l’électorat. Ce désordre politique, à force, devient encore plus problématique que le virus. Parce qu’au remède choisi de concert, il préfère la riposte en mode disparate. Inefficace. Vaine. C’est un mal s’ajoutant au mal. Expliquant en grande partie, pourquoi, en différentes parties du pays, les courbes des tableaux de bord sanitaires n’en finissent pas d’inquiéter alors qu’elles devraient galvaniser ceux qui sont aux manettes du pays, des régions.  

Thierry Dupièreux, rédacteur en chef

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