Vie de parent

Confinement et télétravail :
épuisement en vue pour les parents
de jeunes enfants

Avec les risques de prolongation de confinement, les parents qui se retrouvent dans l’impossibilité de télétravailler ou d’être mis en chômage pour force majeure s’interrogent sur la position délicate dans laquelle ils se trouvent. Ils nourrissent de grosses inquiétudes. Surtout ceux qui sont déjà dans des situations difficiles ou précarisées.

Confinement et télétravail : épuisement en vue pour les parents de jeunes enfants

Au fur et à mesure que le confinement se renforce (sous l’effet des mesures décidées par le Conseil national de sécurité, mais aussi d’une prise de conscience citoyenne générale), la question d’une indemnité parentale se (re)pose de façon lancinante. Surtout au vu des perspectives évoquées d’un allongement de cette période de « chacun chez soi ».

Dans une carte blanche publiée ce matin, la Ligue des familles tire la sonnette d’alarme concernant les parents qui devraient ou ont dû se mettre en congé pour rester à la maison avec leurs enfants. Dans beaucoup de cas, il s’avère que le télétravail, solution pour éviter ces congés (à prendre sans solde ou sur le quota de jours légaux), est souvent incompatible avec la charge d’enfants, notamment les plus petits. Certaines familles se retrouvent ainsi en grande difficulté. Singulièrement les mamans/papas solo ou les familles fragilisées.

« Le télétravail avec un petit est quasiment impossible et épuisant »

Dans ce registre, une lectrice nous a fait part de son désarroi, hier. « Je suis maman d’un petit garçon de 15 mois qui vient de découvrir la marche et est plein d’énergie. Je suis contrainte de travailler face à la situation. Dans les faits, le télétravail avec un petit est quasiment impossible et épuisant. La charge de travail est toujours aussi conséquente et le petit bonhomme toujours aussi demandeur d’attention. J’ai l’impression d’avoir deux boulots à gérer en même temps. Je suis complètement épuisée et nous n’en sommes qu’à la première semaine ».

L'urgence pour les parents

Comme pour appuyer ce témoignage, dans sa carte blanche, la Ligue des familles relève que « dans les faits, le télétravail généralisé n’est désormais envisageable que pour les parents d’enfants suffisamment grands (et encore, quand les enfants ne rencontrent pas de difficultés particulières, quand il ne faut pas superviser des travaux à domicile…). Nombre de parents d’enfants plus jeunes continuent de le tenter tant bien que mal – que faire d’autre ? – mais que le premier parent qui réussit à être productif entre les pleurs de bébé, les disputes, les ‘Tu viens jouer ?’ et les intrépides de 1 ou 2 ans à surveiller se manifeste ».

« Si cette situation dure, de nombreux parents craqueront »

Pour la Ligue des familles, il est urgent de répondre à son idée d’indemnité pour les parents forcés de se mettre en retrait de leur boulot dans le cadre de la crise sanitaire : « Est-il vraiment nécessaire de faire ressentir à tous ces parents, pendant plusieurs semaines (qui sait, plusieurs mois ?), cette culpabilité de ne jamais rien faire correctement, ce tiraillement entre conscience professionnelle et souci de ne pas laisser sa progéniture toute la journée devant la télé ? N’a-t-on pas un intérêt collectif à faire en sorte que chacun vive cette période aussi sereinement que possible pour que, tous, on tienne sur la longueur et réussisse à passer outre cette crise ? ». Et la Ligue des familles d’appeler à suivre l’exemple de l’indemnité mise en place en France.

Risque d’abus et dépenses inutiles ? La Ligue des familles réfute. « On notera quand même que le directeur général de l’Assurance maladie française, Nicolas Revel, indiquait, il y a quelques jours, que les travailleurs et travailleuses s’arrangeaient autrement quand c’était possible et que cette formule était ‘un pis-aller quand il n’y a[vait] pas de solution meilleure’. Les parents l’utilisent donc quand c’est vraiment nécessaire ».

Une semaine, deux, et après ?

Autre inquiétude pour la Ligue des familles, la gestion dans la durée. « Si cette situation dure, de nombreux parents craqueront de toute façon et il est préférable de prévoir dès à présent quelques jours de congé à prendre en alternance entre parents quand c’est possible, plutôt que de faire face à des burn-out en série dans quelques semaines, ou à des impossibilités de fait à respecter les précautions qui s’imposent ».

« Les parents risquent de frôler le burn-out tant professionnel que parental »

Au niveau politique, la prudence reste de mise. Pour l’instant, on notera que la députée Ecolo Marie-Colline Leroy est intervenue en Commission Affaires sociales de la Chambre à ce sujet et qu’il lui a été répondu que des mesures étaient « déjà en préparation » chez la ministre fédérale de l’Emploi. La députée Catherine Fonck (CDH) a, quant à elle, confirmé à la Ligue des familles que le sujet était sur la table des discussions.

Pour terminer, on laissera notre lectrice conclure : « Je pense qu’on est pas mal de parents dans la situation. Télétravailler avec des jeunes enfants est vraiment difficile, car ils ne savent pas s’occuper tout seuls et ne peuvent pas comprendre la situation. J’ai lu beaucoup d’articles et de conseils sur le télétravail avec des enfants, mais cela concerne chaque fois des plus grands. Avec des petits, c’est complètement différent, on ne peut pas appliquer les mêmes règles. On peut tenir une semaine comme ça, mais on ne tiendra pas très longtemps... Les parents risquent de frôler le burn-out tant professionnel que parental... ».

Thierry Dupièreux

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