Vie de parent

Confinement : les témoignages
de parents « entre enfer et paradis »

Depuis le lancement de son enquête sur la façon dont les parents vivent le confinement, la Ligue des familles reçoit des centaines de réponses. Pour l’instant, pas de données objectives à partager. Ça, ce sera pour la semaine prochaine. En attendant, un constat : vous vivez très, très différemment ce confinement. Parfois les positions sont radicalement opposées. Voici le résumé des 2 000 premières réponses reçues.

Confinement : les témoignages de parents «entre enfer et paradis»

« C’est chouette et compliqué à la fois ». Voilà le tout premier message reçu dans le cadre de cette enquête. Il a été rédigé dans l'espace réservé à une question ouverte qui demande aux parents de résumer en une phrase leur vécu en cette période de COVID-19.

Cette phrase résume finalement assez bien la situation. Comme ces autres messages collectés eux aussi au début du sondage assimilant cette période à « un moment de découverte assez angoissant » ou « difficile et enrichissant à la fois ». «C'est pas le confinement le problème, estime une des personnes qui a répondu à l’enquête, c'est le fait de devoir être employé, maman, prof, animateur, cuistot, fée du logis... en même temps ».

 « Pour les autres, ça peut être l’enfer... »

Il y a les parents qui vivent bien ce confinement entre découverte et reconnexion avec la famille. Il y a ceux qui n’en sortent pas et s’épuisent. Il y a enfin ceux qui naviguent entre les deux sensations, se laissant submerger parfois par des émotions négatives, s’émerveillant parfois devant l’énergie, les ressources de leur tribu.

De temps en temps, tout s’annule, « ça pourrait être le paradis, mais ça se rapproche plus de l’enfer avec ce sentiment de ne rien faire correctement ». Une métaphore identique est reprise par un autre parent : « par moment, c'est le paradis : soleil, temps, complicité... et, en un instant, ça vire à l'enfer : énervement, cris, stress ».

Cet autre témoignage, et ils sont nombreux, recourt à cette comparaison infernale : « Pour ceux qui ont des moyens, c’est l’occasion de se recentrer sur l’essentiel, et de renouer des liens. Pour les autres, ça peut être l’enfer... ».

Prison dorée ?

Là, donc sous les yeux, 2 000 phrases, premiers mots envoyés par des papas et des mamans qui veulent s'exprimer sur le sujet. « J’ai beaucoup de chance par rapport à d’autres parents ». « Ce n’est pas évident, mais je pense surtout aux familles nombreuses, jeunes enfants, pas de jardin, en pleine ville... c'est bien plus compliqué ! ».

Empathie, bienveillance, certains comprennent qu’ils vivent bien ce moment parce qu’ils bénéficient de conditions favorables. Notamment lorsqu’il y a un espace privé où s’aérer : « Heureusement qu’il fait beau et qu’on a un jardin », « on a un jardin on est chanceux ».

Pour certains, donc, le paradis : « c'est une prison dorée », « un congé de maternité prolongé, un cocon pour nous protéger du stress ambiant ». Pour d’autre, l’enfer : « Très stressant, parce que j’ai peur qu’elle attrape le virus ».

C’est une des causes de stress. La maladie en elle-même. « Nous craignons la contamination ».  « J'ai peur de tomber malade, car qui s'occupera de mon fils ? J'ai également peur de perdre tous mes congés pour m'occuper de lui et, alors, quid des vacances d'été ? ». C’est vrai qu’on en oublierait presque pourquoi on est confiné. Il y a ce sale virus qui rôde, qui bouscule notre quotidien et s’érige toujours en menace face au cocon familial.

Le boulot à la maison

Le coronavirus, donc, source de stress. Mais le confinement en génère d’autres. Au premier rang, le boulot. Concilier télétravail et garde des enfants inspire des mots forts, comme des appels à l’aide. « Je trouve le télétravail avec un enfant en bas âge réellement compliqué et dur à gérer. En plus de la situation anxiogène, c'est vraiment difficile ». Résister, oui, mais à quel prix ? « Le cerveau se consume, malmené par l'impossibilité d'une pensée continue et l'obligation d'un multi-tasking permanent ».

« On a le sentiment de ne rien faire correctement »

Une autre répondante expose son cas. « Pas facile du tout de travailler avec un enfant de bas âge. Je dois constamment virer mon homme dehors avec elle pour que je puisse suivre mes nombreuses vidéo-conférences ou me concentrer. J'aime le télétravail, mais pas quand ma fille est là, car j'ai l'impression de ne pas m'en occuper et, en même temps, je suis beaucoup moins productive ».

Une impression de faire les choses à moitié, maintes fois partagée. « C'est galère, quand on télétravaille avec un jeune enfant, car on a le sentiment de ne rien faire correctement, ni travailler, ni bien s'occuper de son enfant ». Un tiraillement souvent doublé d’un sentiment de culpabilité.

Parfois, un patron conciliant peut changer votre vie de confiné : « J'ai de la chance. Mon boss est cool et je peux profiter de ma famille. Pour le moment, énormément de bonheur, un peu de fatigue et de stress parfois ». L’absence ou la réduction de travail à la maison devient évidemment facteur de bien-être

« Égoïstement, j'aime beaucoup ce confinement. Je ne travaille pas beaucoup pour le moment. J'ai la chance d'avoir une grande maison avec un grand jardin. J'aime beaucoup m'occuper de mes enfants et, quand j'ai besoin de moments à moi, je les envoie au jardin (merci soleil) ». Voilà un paradis envié par certains.

Argent et avenir des enfants

Cela-dit, après le travail, d’autres éléments alimentent l’inquiétude. Lorsque le chômage est là, ce sont les préoccupations financières qui rappliquent : « Le chômage pour force majeur donne un demi-salaire et les prix dans les magasins ont augmenté, les factures continuent d'arriver ! J'espère que ça ne durera pas trop longtemps... ».

Incertitude face à la longueur du confinement : « C'est stressant de ne pas savoir si je vais devoir retourner au bureau, si je vais basculer en chômage économique et les conséquences financières que ça impliquera, je suis seule à payer ma maison. Stressant aussi de ne pas savoir si les enfants vont retourner à l'école ».

« On essaye de vider le stress »

Scolarité des enfants, autre source de tracas. « Compliqué (et encore heureusement que j'ai des enfants autonomes) et inquiétant pour la suite de leur scolarité (quelle est la qualité du travail fourni actuellement ? Quel sera l'impact si notre suivi n'est pas de qualité ? Etc.) ». Avis partagé par de nombreux répondants, « C’est angoissant pour leur avenir et année scolaire », certains en arrivent même à affirmer que ce confinement serait « génial, si nous n’avions pas d’incertitudes au niveau scolaire ».   

Génial ? Eh bien oui, certains vivent plutôt bien leur confinement. « Une vie de famille où l'on privilégie le bien-être de chacun, on prend le temps de passer du temps ensemble, on se responsabilise chacun à son échelle. On essaye de vider le stress de la crise sanitaire afin que nos jeunes enfants n'en soient pas perturbés tout en ayant conscience du problème. Nous avons conscience de notre chance et nous appuyons sur ce point pour tenir, on se serre les coudes ».

La crise à portée de stress

On l’a vu, la perception positive du confinement est dopée par l’absence de télétravail à plein temps, par l’accès à un jardin, mais aussi par la structure même de la famille. À ce niveau, les familles monoparentales sont particulièrement éprouvée. Deux mamans solo s’expriment : « C’est dur de ne pas souffler une seconde par jour », « Petit appartement. Je me sens parfois dépassée. Temps plein et trou dans budget courses et plus de frigo solidaire... ». Dans ces cas-là, pas facile garder la tête froide.

« J’ai déjà beaucoup pleuré devant mes enfants ! »

Souvent, la rupture n’est pas loin. « Je suis débordé et j'ai déjà pleuré beaucoup devant mes enfants car je n'arrive pas à les gérer eux et à gérer mon travail », « Je ne suis pas sereine. Les enfants sont nerveux et n'arrivent pas à être autonome », « Envie de pleurer !  Impossible de travailler correctement et on se culpabilise pour l'enfant qui passe des heures seul ! ».

Un trait d’esprit dans les mots relayés ? « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort... je ne suis pas sûre que, sur ce coup, je sortirai plus forte ! » Malicieux, mais pas forcément rassurant.

De temps en temps, l’inquiétude se reporte sur les enfants. « Je m'inquiète de l'effet de ce confinement sur les enfants, même si je sais que c'est nécessaire », « J'ai peur pour la santé mentale de mes enfants ». Sur ce point, d’autres sont plus confiants : « Les enfants comprennent la situation, ils sont parfois plus matures que nous ! ».

Un paradis relatif

À côté de l’angoisse, donc, ceux qui recherchent le positif, comme si la crise du coronavirus se vivait sur deux planètes différentes. « C’est une formidable opportunité de se réinventer ». « C’est un défi pour la famille ». « C’est un moment suspendu ». « Je n’ai jamais autant profité de mes enfants ».

Entre les deux, il y a ceux qui se résignent. « C’est une situation jamais vue, demandant des ressources internes ou externes jusqu’alors inconnues. Je ferais ma part.. ». «C'est une expérience... Il faut faire avec. C'est épuisant mais on passera au-dessus ». La résignation prend aussi des couleurs citoyennes : « C’est nécessaire, inévitable et surtout surmontable de rester chez moi quelques semaines (sur toute une vie !) pour éviter de mettre en danger soi-même, ses proches et les autres ».

« C’est une expérience déroutante »

Au fil des 2 000 réponses parcourues, une d’entre elles peut-elle s’ériger en conclusion ? C’est un peu hâtif, l’enquête n’est pas encore clôturée, les résultats objectivables seront communiqués la semaine prochaine. Mais ce mot de parent nous a semblé sonner juste : « C'est une expérience déroutante, qui nous ramène à des vraies valeurs et à partager plus de temps de qualité avec les enfants. Malgré tout, cela reste anxiogène et sans doute plus nettement compliqué pour les familles moins privilégiées que la mienne (femme seule avec enfants notamment, personnes habitant en appartement avec plusieurs enfants à occuper, personnes qui travaillent dans les soins de santé ou dans un secteur actif pour l'instant, etc.) ».

Thierry Dupièreux

Dix perles qui sortent de l’ordinaire

► Le confinement avec enfants : c’est un sport de haut niveau exercé par des amateurs non préparés.
► On n’a jamais été plus libres que depuis qu'on est enfermés.
► Rajoutez un parent, please !
► J'envie Shiva !
► Chérie, il y a des gosses dans le salon !
► C’est un rodéo permanent avec montagnes russes émotionnelles.
► Ma charge mentale est mon amie.
► C'est l'horreur et, parfois, on peut comprendre les parents du petit poucet.
► Aaaaaarrrrgghh !
► Génial... si j'étais riche, que j'avais du personnel à temps plein et pas de boulot ! ;-)

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