Vie de parent

Confinement : lettre d'une grand-mère
à ses petits enfants

Mireille Pauluis est une psychologue que les lecteurs du Ligueur connaissent bien. Elle apporte souvent son éclairage sur les relations parents/enfants. Ici, c'est la grand-mère qui parle. Elle partage une lettre adressée à ses petits-enfants. Entre souvenirs familiaux et enseignements de confinement.

Confinement : lettre d'une grand-mère à ses petits enfants

À tous mes petits-enfants,

Cela fait quelques semaines que nous ne pouvons plus nous serrer dans les bras.  Vos bisous me manquent.  Je me réjouis de vous revoir « en vrai ».

Il y a quelques jours, j'ai reçu de mon frère, un mail qui m'a remplie d'émotions :  il a, avec une patience infinie, recopié les deux premiers carnets de captivité de mon papa.

Vous savez que mon papa, que nous appelions Daddy, a été fait prisonnier tout au début de la guerre 40/45. Il était officier à Liège quand les Allemands ont envahi la Belgique en mai 40. Liège est tout près de la frontière allemande. Il a donc été pris très vite.  Il a raconté les débuts de la guerre dans un carnet que mon frère nous avait déjà recopié il y a quelques mois. Il a vécu des choses terribles pendant ces moments-là. 

Après pas mal de déplacements en Allemagne et en Hollande, il s'est retrouvé dans une prison avec d'autres officiers. C'est ce qu'il raconte dans ses deux carnets.

« Nous retrouvons les plaisirs que nous avions oubliés »

Daddy et maman se sont mariés en janvier 1940, il était déjà mobilisé. Pas facile pour des jeunes mariés d'être séparés après quelques mois ! En plus, maman, s'est très vite retrouvée enceinte.

Dans ses carnets, Daddy raconte au jour le jour ce qu'il vit. Il s'adresse ses notes quotidiennes à sa "petite". C'est, dit-il sa manière à lui de rester proche d'elle. Tous les jours, il lui dit que cela ne va pas durer, qu'ils seront bientôt libérés, qu'il va la retrouver et être près d'elle et de leur bébé qu'elle attend. Le deuxième carnet se termine par son arrivée dans un autre camp. Il croit que c'est de là qu'il va embarquer pour rentrer en Belgique, mais, en fait, il va y rester encore 5 ans !

Il écrit : « Nous sommes confinés depuis quelques semaines.  Certaines choses nous manquent mais nous retrouvons des plaisirs que nous avions oubliés, du temps en famille, du temps pour faire des découvertes, pour ranger, pour bricoler, pour s'amuser entre nous, pour se promener et surtout pour prendre conscience à quel point nous avons besoin des autres. »

« Avec rien, il s’est enrichi de mille choses »

Daddy va être confiné pendant 5 ans!  Sans voir sa femme ni ses parents, ni ses frères et soeurs, ni ses amis.  Il n'était pas là pour la naissance de son premier fils.  Confiné avec presque rien. Pas grand-chose pour se distraire. Pas grand chose pour vivre. Mais il était avec d'autres qui avaient des talents, des compétences. Ils ont partagé tout cela.  Daddy a suivi des cours d'allemand, de flamand avec des profs de langues. Il a assisté à des conférences, dans toutes sortes de domaines, que donnaient d'autres prisonniers. Ils ont monté des spectacles...

Il raconte que ses journées passaient finalement assez vite parce qu'il avait des projets, des envies de découvrir. Parce que tout l'intéressait. Parce qu'il partageait avec les autres. Parce que tous les jours, il « parlait » à sa femme.  Avec rien, il s'est enrichi de mille choses. C'est grâce à cela qu'il a survécu à ces 5 ans de privations.  Les autres prisonniers, ceux qui n'ont pas eu cette curiosité, cette envie d'apprendre, de connaître, de partager, ces hommes-là ont très mal vécu la captivité, tout leur manquait, ils ont perdu le goût de vivre.

Nous sommes confinés depuis quelques semaines, sans trop savoir quand cela va se terminer.  Ce temps nous parait bien long. Nous pourrions nous décourager comme ces soldats pour qui les manques et les absences étaient trop difficiles. Alors, j'ai eu envie de vous parler de Daddy et vous raconter ce qu'il a fait pour tenir le coup. 

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