Vie de parent

Congé allongé pour faire le deuil
de son enfant : une première avancée

Le parlement wallon a voté, hier, une proposition de résolution pour que les fonctionnaires wallon·ne·s puissent obtenir 10 jours de congé (au lieu de 3) lorsque leur enfant décède. Une proposition qui montre la voie à suivre pour soutenir davantage les parents touchés par le deuil d’un enfant. La Ligue des familles relève l’avancée, mais pointe tout le chemin qu’il reste à parcourir.

Congé allongé pour faire le deuil de son enfant : une première avancée

« Il faut du temps pour faire son deuil. Pour prendre du recul. Sur ce point, l’étude estime que la législation est complètement inadaptée. Un exemple ? Celui des congés ». Nous écrivions ceci en novembre dernier en marge d’une étude réalisée par la Ligue des familles sur cette douloureuse thématique qu’est ce « décès qui survient dans la cellule familiale ». Un des constats : les jours de congés disponibles lorsqu’on perd son conjoint ou un enfant sont beaucoup trop courts.

En Belgique, le décès d’un conjoint ou d’un enfant donne droit à un congé facultatif, avec maintien de la rémunération, de trois à quatre jours. Il est à prendre entre le jour du décès et les funérailles. Dans son étude, la Ligue des familles affirmait que c’était « insuffisant ». Elle préconisait, « dans un premier temps », d’amener ce congé 100% rémunéré à 10 jours.  

Une proposition qui fait l'unanimité

La demande de la Ligue des familles a été entendue. Cette semaine, une proposition de résolution a été adoptée au parlement wallon. L'objet du texte : celui-ci demande au gouvernement wallon de modifier le régime des congés, lors du décès d’un enfant, pour les fonctionnaires wallon·ne·s. Ce qui est envisagé ? Passer de 3 à 10 jours.

Dans les rangs du parlement wallon, on se félicite de cette avancée, la Région wallonne serait en effet le premier niveau de pouvoir à franchir le pas. Ce qui est aussi intéressant, c’est que ce combat « familial » a été porté par une belle unanimité. Déposée par l’opposition cdH, la proposition a été votée par l’ensemble des partis ce qui lui donne une belle force et une belle légitimité.

Une initiative qui fera tache d'huile ?

On relèvera aussi que le texte fixe un champ d’application assez large. Ainsi du côté des parents, la disposition concernerait tant les statutaires et les contractuel·le·s, sans différence. Ils et elles pourraient tou·te·s prendre ce « congé de deuil » que leur enfant soit biologique ou adopté, mineur ou majeur. Un vote positif qui intervient au moment où la réflexion sur le sujet mûrit tant au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles que du côté fédéral.

T. D.

Réaction

La Ligue des familles a communiqué cette réaction, ce matin, suite au vote de cette résolution.

Allongement du congé de deuil :
on n’y est pas encore, il est temps d’avancer !

Une résolution allongeant à 10 jours le congé en cas de décès d’un enfant pour les fonctionnaires wallon·ne·s a été votée hier. La Ligue des familles se réjouit de cette première avancée pour laquelle elle plaide depuis un an, mais appelle à mettre maintenant les bouchées doubles : il est nécessaire que le Gouvernement wallon concrétise cet allongement et que les autres niveaux de pouvoir à prennent la même décision. La Ligue des familles appelle par ailleurs l’ensemble des responsables politiques à mettre en place une véritable politique de soutien aux familles endeuillées.

En février dernier, la Ligue des familles appelait, avec son homologue flamand le Gezinsbond et les trois syndicats, à un allongement du congé de deuil en cas de décès d’un enfant ou d’un conjoint. En Belgique, des parents qui perdent leur enfant n’ont droit qu’à trois petits jours de congé (quatre pour les fonctionnaires). Hier, la Commission Fonction publique du Parlement de Wallonie a voté une résolution allongeant ce congé à 10 jours pour les fonctionnaires wallon·ne·s qui perdent un enfant. C’est un premier signal positif, mais il faut maintenant que le Gouvernement wallon concrétise cette décision pour qu’elle soit applicable aux fonctionnaires concerné·e·s.

3 jours, même pas le temps d’enterrer son enfant

Lors de son étude menée sur la question cet automne, des parents concernés signalaient à la Ligue des familles que 3 jours, ce n’était même pas le temps d’enterrer son enfant. De nombreux parents sont mis en arrêt maladie ensuite, ce qui pose trois problèmes : le deuil n’est pas reconnu en tant que tel, les parents doivent impérativement aller chez leur médecin à un moment où ils croulent déjà sous les démarches à effectuer, et enfin ils sont soumis à un contrôle de leur incapacité de travail.

Allonger le congé pour TOUS les parents concernés

Cette avancée à 10 jours est donc un strict minimum. La Ligue des familles appelle désormais les autres niveaux de pouvoir à avancer également en la matière - il est bien évident que le congé doit être allongé pour tous les parents concernés, quel que soit leur statut professionnel et le niveau de pouvoir dont ils relèvent. Il est également indispensable d’allonger de la même façon le congé de deuil en cas de décès d’un conjoint. La Ligue des familles souhaite en outre que les différents parlements entament des débats plus larges sur la question, avec des familles concernées et des experts, afin de déterminer une durée un peu plus adéquate - ce congé de 10 jours, encore bien insuffisant, n’étant qu’une première étape.

La Ligue des familles appelle à un dispositif complet de soutien aux familles endeuillées

Enfin, l’étude menée par la Ligue des familles cet automne montrait l’ampleur des besoins des familles confrontées au décès d’un enfant ou d’un des parents : problèmes financiers, insuffisance du soutien psychologique, lourdes démarches administratives, absence de dispositif permettant un retour au travail dans de bonnes conditions… La Ligue des familles poursuit ses contacts avec les parlementaires en la matières et espère des avancées rapides sur ces questions.

« Même 10 jours, c'est beaucoup trop peu »

« Trois jours, c’est honteux. Ce n’est même pas le temps d’enterrer son enfant », confirme ce couple qui a perdu un de ses enfants, il y a quatre ans. Constat identique chez cette maman qui a perdu son mari, il y a deux ans. « Même 10 jours, c’est beaucoup trop peu. Surtout avec des enfants. Rien qu’au niveau organisation : on gérait tout à deux, et là, en une fois, il faut tout aménager ».

Dans la foulée, la Ligue des familles propose un système de dévolution des congés de paternité/coparentalité ou des congés parentaux au conjoint survivant ou à un de ses proches pour mieux s’occuper des enfants. Elle plaide aussi pour un retour au travail mieux pensé avec la possibilité d’aménagement des temps et charge de travail. Conseillée aussi, la mise en place d’une aide « externe pour accompagner les entreprises lors du retour au travail des employé·e·s endeuillé·e·s ».

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Quasi inexistants, les soutiens aux familles endeuillées sont à réinventer

C’est une étude inédite. La Ligue des familles a décidé de se pencher sur ce moment où « un décès survient dans la cellule familiale ». Objectif ? Voir dans quelle mesure on peut parvenir à rencontrer les besoins des familles endeuillées. Le document est lourd de plus de 50 pages nourries de témoignages et d’avis d’experts. Au terme de celui-ci, une synthèse de recommandations qui courent sur trois pages. Preuve de l’intérêt d’un sujet qui reste trop souvent tabou.

 

Trop peu de soutien pour les familles endeuillées

À de multiples reprises, des parents qui avaient perdu un enfant ou leur conjoint·e ont interpellé la Ligue des familles l’an dernier. Ils l’ont alertée de leur situation particulièrement difficile : problèmes financiers, lourdes démarches administratives, insuffisance du soutien psychologique, manque de temps pour entamer le travail de deuil, entraves à la reprise des activités professionnelles… Le service Études et Action politique a longuement rencontré cinq de ces familles pour mieux connaître leurs besoins et élaborer des propositions pour mieux les soutenir.