Congé d'automne prolongé :
« Les parents se sentent considérés
comme une variable d’ajustement »

C'est un coup de gueule en forme de communiqué de presse. Un ras-le-bol en mode carte blanche. Celui des acteurs de l'Accueil Temps Libre (ATL), « ce troisième lieu de vie de l’enfant, entre l’école et la maison, avant, après et au milieu du temps scolaire ». Objet du courroux ? La façon dont se prennent les décisions autour du congé d'automne prolongé.

Congé d'automne prolongé : « Les parents se sentent considérés comme une variable d’ajustement »

À tou·te·s les décideur·euse·s respectueux·ses,
À tous les parents mis au pied du mur,
Et par solidarité à tou·te·s les enseignant·e·s qui n’ont rien demandé,
Et à celles et ceux qui peuvent donner du corps et de la voix à ce message…

Une fois n’est pas coutume, et ce n’est pas rien de le dire, nous ne pouvons nous taire davantage et vous adressons ce jour un message d’espoir.

Nous, hommes et femmes, et surtout femmes, de l’ombre, profession sans voix, oubliés parmi d’autres de cette crise sanitaire, unissons aujourd’hui nos forces pour pousser un cri !

« Nous travaillons tôt le matin, tard le soir, pendant vos congés, à horaires coupés et sommes, nous aussi, épuisés mais heureux de faire le bonheur des plus jeunes de notre société. »

Un cri aigu, un cri perçant, un cri limpide et audible, comme celui des enfants, afin d’être enfin reconnus, visibles, considérés pour ce que nous sommes - ESSENTIELS au présent et à l’avenir des enfants et des jeunes, ESSENTIELS au quotidien des familles.

On ne nous a pas applaudis, pas mis en lumière, pas même évoqués ces 6 derniers mois… On nous a passés sous silence. Notre ministre ne nous (re)connaît pas.

Et pourtant COMME les enseignant·e·s, les puériculteur·trice·s, les éducateur·trice·s, nous sommes présents sur le terrain pour accueillir chaque jour des milliers d’enfants. Nous travaillons tôt le matin, tard le soir, pendant vos congés, à horaires coupés et sommes, nous aussi, épuisés mais heureux de faire le bonheur des plus jeunes de notre société.

Sans nous et ce n’est pas rien de le dire,

►  la moitié des enfants en âge scolaire ne pourraient fréquenter l’école – aux horaires inadaptés à la réalité de l’emploi ;
► pas de repas de midi – le temps de midi n’étant toujours pas à l’heure actuelle considéré comme du temps scolaire ;
►  pas d’activités de loisirs, animations culturelles, sportives et éducatives accessibles, indispensables au bien-être et développement des enfants ;
►  pas de relais, de continuité, de transmission d’information entre les différents maillons de l’alliance éducative – école et parents n’étant pas toujours régulièrement en présence ;
► pas de solutions quand l’école est en congé !

Nous sommes ce 3e lieu de vie de l’enfant, entre l’école et la maison, avant, après et au milieu du temps scolaire - TOUJOURS à côté et auprès des enfants et des familles, au fil des journées, des semaines, des années. Nous sommes TOUJOURS présents, matin, midi, soir.

Nous orchestrons ces lieux et temps-là, l’accueil temps libre (ATL), l’extrascolaire, parfois encore appelés « garderies ».

« Nous permettons la conciliation des temps de vie des parents. »

En réalité, les milliers d’hommes et de femmes que nous sommes, remplissent chaque jour une fonction économique, sociale et éducative insoupçonnée ! Nous permettons la conciliation des temps de vie des parents, rendons effectif le droit aux loisirs et activités récréatives pour des enfants qui n’y ont pas accès et en complémentarité avec l’école, dispensons une éducation non formelle, formidable école de la vie et de la citoyenneté.

Mais aujourd’hui trop is te veel !

L’école est fermée et notre secteur du coup mal… traité.

Jeudi 15 octobre dernier, nous apprenions par la presse que les congés d’automne étaient prolongés, les écoles fermées et, du coup, nous étions mis devant le fait accompli d’aller au charbon les 9 et 10 novembre prochains.

Stupeur et tremblement dans le secteur… Colère sur la manière ET ambivalence du coeur qui balance… Certains sont tétanisés, épuisés par des équipes éducatives clairsemées, par des difficultés financières et organisationnelles, d’autres tout aussi fatigués s’activent : engagement inconditionnel et recherches de solution pour que chaque enfant puisse être accueilli dignement – gratuitement – cela devrait être garanti.

« Nous voyions dans cette fermeture d’école l’opportunité d’articuler scolaire et extrascolaire au sein des établissements. »

Concertation a posteriori avec les ministres - de l’enfance dont nous dépendons et de l’enseignement qui impose la décision - et expression franche de notre part des conditions nécessaires pour y arriver.

Notre souci, vous l’aurez compris, n’est pas d’y aller mais bien d’y aller ENSEMBLE – en concertation, avec respect, reconnaissance et soutiens ET en complémentarité avec l’école - pas en compensation d’écoles fermées.

Nous voyions dans cette fermeture d’école l’opportunité d’articuler scolaire et extrascolaire au sein des établissements.

Nos demandes de vendredi dernier étaient claires, simples et unanimement portées.

Nous demand(i)ons :

Pour l’organisation concrète de ces deux journées |

► L’implication des écoles. Que les écoles ne se désengagent pas de la recherche de solution et puissent y prendre part à nos côtés à minima par :

1.  l’identification des besoins (combien d’enfants à accueillir, quelle tranche d’âge) et leur transmission à la coordination ATL et la commune ;
2. la participation à la concertation locale qui serait confiée à la coordination ATL et la commune pour mise en place de solutions ;
3. la mise à disposition des locaux et/ou du matériels pour cet accueil et le soutien en tant que pouvoir organisateur ;

► Le financement correct et suffisant de ces 2 journées d’accueil « écoles fermées ». Allocation d’un forfait spécifique pour soutenir les coordinations ATL d’une part ET les structures communales et associatives qui décideraient d’ouvrir.

Pour faire face à la crise |

► La mise sur pied d’un budget FONDS d’urgence spécial COVID comme c’est le cas pour les autres secteurs ;
► Des avancées majeures sur le statut des travailleur·euse·s car la majorité d’entre nous travaillons sous statuts précaires.

On se quitte vendredi, fatigués, pressés, oppressés mais confiants sur les retours qu’apportera le Gouvernement.

« Car les parents, eux aussi, se retrouvent dans une position difficile. »

Ce lundi 19 octobre, c’est à nouveau par voie de presse que nous apprenons selon quelles modalités ces deux journées seront organisées !

Stupeur et tremblements acte 2 : sans concertation aucune, la circulaire renvoie la patate chaude sans autre forme de procès aux coordinations ATL qui non seulement n’existent pas dans chaque commune, laissant présager une iniquité entre enfants sur le territoire – mais qui n’ont pas les moyens d’accueillir concrètement ces possibles centaines d’appels de parents en détresse.

Car les parents, eux aussi, se retrouvent dans une position difficile. Deux jours, ça peut sembler peu, mais après un confinement, des enfants en quarantaine, qui s’ajoutent aux difficultés habituelles de conciliation entre travail et vie de famille, c’est un peu la goutte d’eau qui fait d’aborder le vase. Jeudi, on leur promettait un service minimum de garderie. Quatre jours plus tard, faute d’avoir mené plus tôt une concertation avec le secteur, on ne parle plus que d’en « favoriser la mise en place » et de demander aux coordination ATL de préciser aux parents « si la mise en place d’une garderie est confirmée ». Ce n’est que logique, vu le manque d’anticipation et de moyens. Mais les parents se sentent considérés comme une variable d’ajustement.

« Chacun·e doit contribuer à faire société, à faire triompher la vie MAIS dans le respect des réalités et des spécificités de chaque secteur ! »

Mesdames, Messieurs, ce ne sont pas des manières de faire, pas des manières de considérer les êtres…

En ces temps incertains, chacun·e doit contribuer à faire société, à faire triompher la vie MAIS dans le respect des réalités et des spécificités de chaque secteur !

Alors Mesdames, Messieurs les décideur·euse·s respectueux·ses, merci d’assumer pleinement vos décisions unilatérales et de revenir vers nous avec un GESTE FORT pour le secteur – à la hauteur de notre contribution sociétale, notre contribution à la gestion de la crise sanitaire – un geste de RECONNAISSANCE et de SOUTIEN afin de COMPENSER et SERVIR vos ambitions et nous permettre d’accueillir, animer, enjouer ceux et celles sans relais… qui n’ont pas d’autres choix que de compter sur notre présence et bienveillance.

Alors ouiiiii à un effort supplémentaire de chaque côté, pour que tous les enfants partout en Wallonie et à Bruxelles puissent disposer d’un accueil de qualité pendant ces journées de fermeture MAIS non, pas à n’importe quel prix !

Décideur·euse·s, à vous de jouer ! Nous sommes tout ouïe.

Les signataires

Action Sport - AlterEducS - Atouts Jeunes AMO - Badje - CEMôme - Centre Familial Belgo-Immigré - COALA - Épée - FILE - Happy Farm - ideji - Les Amis d’Aladdin - La Maison des Enfants d’Anderlecht - Les Stations de Plein Air du Parc Parmentier - Maison des Cultures et de la Cohésion Sociale - Partenariat Marconi - Paroles ASBL - Promemploi - Promosport - Réseau Coordination Enfance - Scientothèque - La plupart des coordinations ATL bruxelloises et plusieurs coordinations wallonnes

Avec le soutien de la Ligue des Familles

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