Vie de parent

Congé de conciliation : les positions
des partis politiques francophones

C’était en février dernier. À quelques mois des élections du 26 mai, la Ligue des familles lançait l’idée d’une mesure innovante pour faciliter la vie des parents. Au centre de la proposition, la mise en place d’un nouveau congé « de conciliation » pour répondre aux imprévus du quotidien, comme celui qui prend la forme d’un enfant malade ou d’un grand-parent à s’occuper d’urgence. Aujourd’hui, les partis répondent.

Congé de conciliation : les positions des partis politiques francophones

Parmi les dispositifs qui existent déjà pour favoriser la conciliation entre travail et vie de famille, il en manque un qui permette aux parents de faire face aux imprévus et impératifs familiaux : un enfant malade le matin, qui nécessite qu’on arrive au travail un peu plus tard, le temps de prendre ses dispositions ; une réunion de parents à 16h ou la rentrée scolaire, pour lesquelles on ne souhaite pas prendre une journée de congé complète parmi les vingt jours de vacances annuelles… Et puis, pour tout travailleur, y compris les non-parents, une fuite d’eau découverte le matin, un technicien qui doit venir à la maison pour régler un problème de connexion internet, etc.

Pour y répondre, la Ligue des familles propose un « congé de conciliation » rémunéré et utilisable par heure : maximum 8 heures par an pour tout travailleur + 8 heures par enfant + 8 heures pour les parents solo (voir la proposition en détails). Cette proposition, la Ligue des familles l’a soumise à tous les partis francophones.

Les réponses des partis

Oui, en principe, le cdH défend les congés familiaux et, de manière plus générale, les formules visant à mieux concilier vie professionnelle et vie privée. La formule est intéressante particulièrement en cas de maladie d’un enfant. Mais le congé de conciliation doit être étudié au regard des conventions collectives existantes et être réfléchit au regard des pratiques en entreprise. Il semble en effet que de plus en plus d’employeurs, conscients des avantages de la flexibilité des horaires pour raisons familiales pour le bien-être des employés, autorisent, dans certaines situations, leurs employés à adapter leurs horaires de travail (ou les arrangements entre employés). […]

Si l’on souhaite imposer à tous les employeurs une formule unique de flexibilité des horaires et un congé de conciliation rémunéré sans aucune condition, il nous semble important de mesurer le risque de voir les employeurs conciliants aujourd’hui, l’être moins à l’avenir.
Une étude sur la possibilité pour les salariés de modifier leurs horaires (notamment) pour raisons familiales ou personnelles nous paraît donc intéressante à réaliser. Elle pourrait être commanditée par le prochain gouvernement.

DéFI instaurera le « congé de conciliation ». Il s’agit de permettre à tout travailleur de s’absenter de son emploi pendant quelques heures, avec la possibilité de prévenir avec un délai de préavis assez bref, sans perte de salaire. La Ligue des familles propose que tout travailleur ait droit à un quota de huit heures par an de congés de conciliation. Les travailleurs-parents auraient huit heures supplémentaires par enfant. Pour DéFI, les partenaires sociaux devraient trouver un accord à partir de cette base de négociation.

DéFI instaurera un « kit de conciliation ». DéFI soutient la proposition de la Ligue des familles de prévoir un kit d’information (qui selon nous devrait être électronique) pour permettre à l’employeur d’informer chaque travailleur des dispositifs auxquels il a droit pour mieux concilier sa vie privée et sa vie professionnelle (congés parentaux, extralégaux, télétravail, horaires flottants, etc.). Sur cette base, il faut convenir d’un plan de conciliation annuel personnalisé en fonction de la situation de chaque travailleur.

Nous trouvons intéressante l'idée de créer un « congé de conciliation », qui est la traduction de pratiques qui existent dans nombre d'entreprises, pour autant que l'organisation du travail le permette. Le fait que ce soit automatiquement possible et sans justification, mais sans contrainte administrative démesurée, nous semble une perspective positive.

Nous sommes prêts à mettre cette question à l'agenda d'un futur gouvernement fédéral. Elle devra faire l'objet, le cas échéant, d'une discussion et d'un avis préalable quant à ses modalités au sein du Conseil national du travail, organe chargé d'étudier les problèmes généraux d'ordre social intéressant les employeurs et les travailleurs, ce qu'est indubitablement le congé de conciliation. Dans ce cadre, il serait d'ailleurs particulièrement positif que la Ligue des familles puisse être entendue pour présenter son point de vue !

Les constatations posées par la Ligue des familles sont partagées par le MR et la mise en place d’un congé de conciliation mérite en effet d’être abordée. Ce point figure d’ailleurs dans notre programme. 
Si nous partageons cette proposition, nous pensons néanmoins que les modalités telles que proposées par la Ligue des familles doivent être abordées de manière concertée avec l’ensemble des parties prenantes. Ainsi, l’absence de justification et l’octroi d’un quota d’heures peuvent avoir des conséquences sur l’organisation du travail. Nous pensons que si le travailleur peut prévenir tardivement son employeur, ceci mérite, à tout le moins, une justification à son employeur.

Enfin, pour le MR, la mise en place d’un tel congé nécessite également de revoir de manière plus globale les possibilités actuelles en matière de congés telles que le congé pour raison impérieuse ou encore les possibilités, dans certains secteurs, de bénéficier de jours de congé de maladie sans production de certificat médical. 

Enfin d’autres pistes sont également envisagées par le MR comme l’extension du congé de paternité et une plus grande flexibilité dans les congés parentaux. Enfin, une attention particulière est apportée aux familles monoparentales via le doublement du montant maximum des frais de garde par enfant par jour de garde pour la réduction d’impôt et via l’octroi d’un nombre de titres-services annuels visant à les soutenir dans leurs tâches quotidiennes.

Le PS est fermement attaché à défendre un meilleur équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle. Nous partageons votre analyse sur les besoins des familles de disposer d’un temps pour s’organiser lorsqu’elles doivent trouver dans l’urgence une solution pour confier leur enfant malade à un tiers ou pour pouvoir être présent aux réunions des parents. Cette priorité est au cœur de notre programme pour les élections du 26 mai prochain. C’est pourquoi le PS est prêt à soutenir la création d’un congé de conciliation dans le cadre d’un futur accord de gouvernement.

La conciliation vie familiale-vie professionnelle est de plus en plus difficile dans notre société. La flexibilisation à outrance sur le marché du travail (contrats précaires, heures supplémentaires, ubérisation…) met encore plus le temps libre (vie familiale, vie sociale) des travailleurs sous pression. Toute cette flexibilisation et pression au travail augmente, alors que, de l'autre côté, les richesses produites n'ont cessé d'augmenter. Résultat : le nombre de malades, burn-out… s'accroît ; les femmes sont nombreuses à travailler à temps partiel sans l’avoir choisi.

Sur le principe, nous soutenons donc l'idée, et nous pensons qu'il faut aller plus loin. Pour inverser la tendance à la flexibilisation, le PTB avance la semaine de travail de 30 heures (réduction collective du temps de travail, avec maintien de salaire). Cela permettra de concilier harmonieusement travail et vie familiale. Une telle mesure dégage également du temps pour les loisirs, lutte contre le burn-out et crée de nouveaux emplois. Ce nouveau temps plein favorise aussi l’égalité entre hommes et femmes. Nous travaillons pour vivre et non l’inverse.
Il est clair que pour le PTB, ce genre de mesures fait partie des priorités. Ainsi, la réduction collective du temps de travail (semaine de 30 heures) a été mise sur la table pour des services communaux, lors des négociations que nous avons menées dans différentes communes l'automne dernier.

 

L’avis de la Ligue des familles

Le congé de conciliation est une mesure 100 % innovante, que nous avons construite en partant des besoins des parents, qui courent toute la journée et ont parfois du mal à trouver une solution de garde d’enfants quand un imprévu surgit.

Nous avons formulé cette proposition au mois de février, au début de la campagne électorale, avec un objectif clair : que les différents partis s’en emparent et qu’elle se retrouve dans le futur accord de gouvernement, avant d’être mise en œuvre au cours de la législature à venir.
Nous avons donc demandé à tous les partis francophones s’ils seraient prêts à soutenir cette mesure. Heureuse surprise, tout d’abord : aucune formation politique n’émet d’opposition franche. Au contraire, toutes soutiennent au moins le principe d’un nouveau mécanisme visant à améliorer la conciliation entre travail et vie de famille. Mieux : 4 partis sur 6 s’engagent clairement à soumettre cette question aux partenaires sociaux, voire à la soutenir dans le cadre d’un futur accord de gouvernement.

À travers les réactions de chaque parti, on sent évidemment des sensibilités propres : on va de la réponse polie pointant les aspects positifs et négatifs d’une telle mesure, sans grand engagement, au soutien franc et inconditionnel à notre proposition. Mais ce qui nous importe, c’est le concret : la majorité des partis s’engage à faire avancer la question d’une façon ou d’une autre et aucun n’annonce son intention de la bloquer. A ce stade, avant même les élections, que pouvions-nous espérer de mieux ?

Nous serons évidemment attentifs à ce qu’après le 26 mai, ces belles intentions se concrétisent et que les formations politiques qui participeront à la future majorité fédérale respectent leurs engagements. Nous passerons le futur accord de gouvernement au peigne fin et ne manquerons pas de vous informer de la suite…

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