Vie de parent

Congé de maternité :
un droit à géométrie variable

Intolérable ! Des mamans perdent des semaines de congé de maternité parce qu’elles ont été malades ou écartées durant leur grossesse. Plus de 10 % des femmes connaissent ça. La Ligue des familles revendique une évolution de la législation pour que le congé de maternité ne soit plus un droit à géométrie variable.

Congé de maternité : un droit à géométrie variable

Il y a un mois et demi, Valérie est devenue maman pour la deuxième fois. Aujourd’hui, elle doit déjà retourner travailler et confier son bébé à la crèche. Pourquoi un retour si rapide ? Enceinte de sept mois et demi, Valérie a dû rester alitée en raison d’un risque d’accouchement prématuré jusqu’au terme de sa grossesse. Résultat : son congé de maternité postnatal a été réduit d’autant de semaines.

En effet, durant les six semaines précédant l’accouchement, les futures mères empêchées médicalement de travailler sont considérées en congé de maternité. Ces jours d’incapacité sont alors déduits du congé de maternité postnatal. Cette situation engendre de nombreux effets pervers.

D’une part, les femmes enceintes sont incitées à continuer à travailler au mépris de leur santé et de l’avis du médecin pour ne pas « perdre » ce temps qu’elles pourraient passer plus tard avec leur enfant. D’autre part, cela conduit les femmes à retourner sur le marché du travail de manière précoce, alors qu’elles ne sont pas encore remises de leur accouchement.

Une mobilisation depuis 2016

Le cas de Valérie est loin d’être une exception : une grippe, une mise à l’arrêt ou un écartement, cela peut arriver à n’importe quelle femme enceinte. Forte de cette prise de conscience, Valérie a lancé une pétition, en 2016, pour mettre fin à cette situation. En quelques mois, elle a réuni plus de 40 000 signatures !

En 2018, la Ligue des familles interpelle la ministre de la Santé, Maggie de Block, via une lettre ouverte et une vidéo Facebook. Celle-ci sera partagée plus 260 000 fois en cinq jours ! C’est dire si le sujet touche toutes les familles, qui interpellent abondamment la Ligue des familles à ce propos.

Automne 2019 : rien n’a changé. La Ligue des familles se joint donc à l’appel lancé par plusieurs organisations familiales et syndicales pour que la législation soit modifiée sans attendre. Voici les principaux arguments sur lesquels nous nous appuyons.

Une législation inégalitaire et discriminatoire

La loi actuelle engendre une discrimination sur base de l’état de santé de la mère. Les femmes ayant travaillé plus longtemps sont récompensées et bénéficient d’un congé de maternité de 15 semaines. Tandis que les femmes qui ont eu la malchance de tomber malades ou d’être écartées voient leur congé de maternité se raccourcir à proportion de leurs semaines d’incapacité.

Ce système crée une seconde discrimination entre les nouveau-nés, dont certains se voient imposer de passer beaucoup moins de temps avec leur mère. Or, il a été démontré que les premières semaines sont fondamentales pour le développement de l’enfant et sa sécurité affective. Elles sont également essentielles dans la création de la relation parent/enfant et bénéficient au bien-être de la famille dans son ensemble. Comment la durée de ces moments peut-elle être dépendante de l’état de santé de la mère durant sa grossesse ?

… qui rend la mère responsable de la durée de son congé de maternité

La législation actuelle fait porter aux femmes la responsabilité du temps qu’elles passeront avec leur bébé en dépit de leur santé et de leur bien-être. De quoi générer un stress accru alors qu’elles sont déjà au cœur d’une période particulièrement intense en émotions, entre responsabilité de mettre leur bébé au monde et découverte de la maternité, d’une nouvelle configuration familiale…

Des problèmes d’organisation familiale se posent également puisque les parents n’ont pas toujours de solution si le congé de maternité est raboté. Dans un contexte où les places en crèches sont rares, n’est-ce pas une préoccupation inutilement anxiogène pour des parents qui sont en train de fonder une famille ?

Être en incapacité de travail n’est jamais un choix

La loi fait donc peser sur les femmes une culpabilité immense si elles tombent malades ou s’arrêtent de travailler pendant la période fatidique précédant leur accouchement. Or, rien ne justifie que le temps passé avec le nouveau-né soit conditionné par l’état de santé de la mère avant son accouchement.

La Ligue des familles exige une évolution de la législation et invite les groupes politiques à soutenir un texte commun qui permettra aux familles de bénéficier d’un congé de maternité égalitaire pour toutes les femmes. 14 semaines minimum auprès de son bébé : nous voulons que ce soit un droit pour toutes les mères.

Lola Galer, chargée d'études à la Ligue des familles