Vie de parent

Congé parental spécial :
des précisions

On s’est penché sur l’extension de la mesure annoncée, hier, par la ministre de l’emploi, Nathalie Muylle. Cette mesure « Covid-19 » d’abord réservée aux familles monoparentales va donc s’élargir à toute une série d’autres parents. Mais elle reste restrictive, notamment parce qu’elle se base sur « le congé parental classique » qui exclut déjà beaucoup de parents. Explications.

Congé parental spécial : des précisions

Hier, la Ligue des familles réagissait à l’annonce faite par la ministre fédérale de l’Emploi. L’organisation parentale se réjouissait de voir cette mesure 'Covid-19' applicable à tous les parents. Précision : ce ne ne sont pas « tous les parents » dans l'absolu qui sont concernés. Mais bien « tous les parents » qui, déjà, peuvent avoir accès à un « congé parental classique ». L’extension est donc limitée. Les indépendants, par exemple, sont hors cadre. Limitée aussi la rémunération de ce congé. À un point tel que la Ligue des familes s’interroge sur l’attractivité de cette mesure destinée à soulager les parents qui veulent mettre leur job entre parenthèse pour s’occuper de leurs enfants.  

Pour prendre cette mesure, Nathalie Muylle a donc pris le canevas du congé parental qui existe déjà. Pour Caroline Tirmarche, responsable du service d’études de la Ligue des familles, trois aspects distinguent ce « congé parental spécial » du traditionnel. Et cela, en attendant le texte définitif avec les balises claires.

► Quota

Le congé pris maintenant ne comptera pas dans le quota de 4 mois de congé à temps plein (ou 8 mois à mi-temps ou 20 mois à 1/5e temps ou 40 mois à 1/10e temps) auquel chaque parent a droit, pour chaque enfant, jusqu’aux 12 ans de l’enfant.

► Mi-temps

Les parents ne pourront prendre ce congé qu’à mi-temps ou à 1/5e temps (donc en tout cas pas à temps plein, et a priori – à vérifier une fois le texte finalisé – pas à 1/10e temps non plus).

Commentaire | « Cela, c’est terrible pour les parents solo, souligne Caroline Tirmarche. La deuxième moitié du temps, ils doivent donc quand même se débrouiller pour travailler tout en s’occupant de leurs enfants… »

► Rapidité

Les modalités pratiques seront en principe modifiées pour que le congé puisse être pris rapidement, et pour qu’il soit accessible aux travailleurs et travailleuses qui ne comptent qu’un mois d’ancienneté (contre un an pour le congé parental classique).

Commentaire | «Là non plus, on n’a pas encore les détails. Il faudra notamment voir si l’accord de l’employeur sera nécessaire ou pas. Pour le congé parental classique, le travailleur a droit au congé parental et l’employeur ne peut pas le refuser. Par contre, il peut le postposer jusqu’à 6 mois, ce qui n’aurait pas de sens ici. »

► Et la rémunération ?

Elle ne change pas par rapport à un congé parental normal. Ce n’est pas gras. 765 € par mois et 1 258 € pour les parents solo. Mais ici, il est question de temps partiels. La rémunération s’adapte donc au temps de travail non presté. En clair, une interruption à mi-temps ne serait rémunérée que 352 € par mois.

La mesure de Nathalie Muylle est donc simplement un congé parental classique aménagé. Elle permet de ne pas entamer son quota de congés, mais son champ d’application est réduit et elle est peu attractive au niveau de la rémunération. Résultat, selon Caroline Tirmarche, « tous ceux qui ne pouvaient pas se permettre financièrement de prendre ce congé restent sans solution ».

T.D.

ZOOM

Cette mesure de Nathalie Muylle ne cadre pas seulement avec les revendications du Gezinsbond et de la Ligue des familles. Elle est aussi en phase avec le collège des experts mandatés par le Conseil national de sécurité. Lui aussi recommande des mesures pour venir en soutien aux familles.

Dans les points d’attention relevés, les experts insistent sur l’importance d’apporter des solutions aux parents qui se retrouvent dans l’impossibilité de retourner au boulot ou de continuer le télétravail. Pour ces experts, il est important de venir avec des mesures ad hoc. Avec une attention particulière pour les familles avec des petits revenus. Raison pour laquelle les experts prônent des mesures financièrement supportables pour celles-ci.

Piquant : les experts estiment que pour cette raison d’aspect financier, le congé parental n’est pas vraiment une option pour les populations fragilisées, surtout les femmes. C’est pour ce motif aussi que la Ligue des familles tique sur le montant. Placer la barre aussi bas, c’est ne pas rendre attractif ce congé. Ce qui faisait dire hier à Christophe Cocu, directeur général de la Ligue des familles, « en l’état, de nombreuses familles ne peuvent pas se permettre de prendre ce congé. Il est encore indispensable de revoir cet aspect ‘rémunération‘ de la mesure ».

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