Contraception : pourquoi pas toi, mon Chéri ?

Ils sont de plus en plus nombreux à envisager qu’elle ne soit pas uniquement l’affaire des femmes. Tabous, projections, hésitations, quand on évoque la contraception masculine, le débat s’enflamme, la société ne serait pas prête, trop d’effets secondaires seraient à craindre. Mais pendant qu’on tergiverse, certains sautent le pas, comme Lucas, qui a choisi la vasectomie. Et qui ne regrette rien, bien au contraire…

Contraception : pourquoi pas toi, mon Chéri ?

Parler contraception, c’est visiter divers territoires. Santé, portefeuille, contrôle, liberté… À l’heure actuelle, la majorité des moyens contraceptifs sont féminins, et un nombre croissant d’utilisatrices se dit las d’en supporter le poids. Vade retro pilules, implants, patchs, stérilets et autres éponges.
Les scandales autour des pilules de 3e et 4e génération en éloignent les plus jeunes, les stérilets ne les séduiraient pas : elles se méfient de l’effet des hormones sur le long terme, craignent pour leur santé. Pourquoi devraient-elles avaler un médicament tous les jours ?
Le coût, ensuite : des voix s’élèvent pour qu’il soit équitablement partagé, comme en fait écho la campagne FIFTY-FIFTY de la Fédération des Centres de Planning familial des FPS, qui rappelle que la contraception, « c’est l’affaire des deux partenaires », et au-delà du coût, parle du partage de responsabilités.
La fécondité, la filiation, la virilité : toujours compliqué de toucher au corps des hommes ! Comme ces couples, vous avez décidé de tester les méthodes naturelles : le retrait (anciennement coïtus interruptus), la prise de température quotidienne (anciennement Ogino), les préservatifs (anciennement capotes anglaises). Pas sûrs à 100 %. Alors, pourquoi ne pas envisager la vasectomie ?
Au bout de quelques années d’hésitations, Lucas, 43 ans, vient de sauter le pas : « Ce qui m’a décidé ? Je savais que ne ferais plus d’enfant. Nous venons d’avoir une fille, la 2e pour ma compagne, le 5e enfant pour moi. Il y avait peu d’informations sur la question, je me suis entretenu plutôt avec des infirmières, elles m’ont rapporté avoir surtout affaire à des hommes qui venaient pour « défaire » leur vasectomie : c’est vrai que ça fait réfléchir ».

La vasectomie n'a aucune incidence sur l'érection, l'éjaculation, l'orgasme, ni la qualité des rapports sexuels d'une manière générale.

Mais ce choix, qui engage pour le reste de la vie, Lucas l’a mûrement pensé. « Quand j’en ai parlé à la mère de mes plus grandes filles, elle a éclaté de rire. Nous avions apparemment évoqué la question il y a quelques années et j’étais, semble-t-il, totalement contre ! ».
Choisir la vasectomie, c’est choisir une contraception définitive, lâchons le mot : une stérilisation. Ce sont surtout des hommes entre 30 et 45 ans qui font la démarche en Belgique, et plus dans le nord du pays. L’Institut national d'assurance maladie invalidité avance un nombre en hausse depuis dix ans, avec 8 780 hommes opérés en 2016. En augmentation à l’échelle nationale, mais bien en deçà des chiffres des pays anglo-saxons.
« Beaucoup s’étonnent de ma décision. On m’a même affirmé que c’était un acte extrême, puisque je ne suis pas malade. Cette idée de se faire couper quelque chose à l’intérieur, ajoute Luka, mimant couic-couic avec ses doigts, ce serait un peu animal, comme pour contrecarrer des pulsions. Je ne sais pas quelles peurs cela éveille, j’ai entendu beaucoup de choses ».
Une fois décidé, Lucas passe à l’action. Au cours de la première consultation, le médecin évoque les risques et les résultats à attendre. « Il m’a donné un délai de réflexion, c’est obligatoire, m’a conseillé de voir un psychologue, ce que j’ai fait ».
L’intervention étant définitive, tout est mis en œuvre pour écarter la possibilité d’un éventuel regret : « Avec le psy, j’ai confirmé que la motivation était bien personnelle, libre de toute influence. À l’époque, ma compagne était enceinte, on déconseille en général de pratiquer cette intervention pendant cette période ».

Soutien bienvenu

« Bien entendu, j’en avais parlé avec elle. Elle était prudente, s’inquiétait de ma santé, a insisté pour que je consulte divers spécialistes. Et elle m’a soutenu à 100 % tout au long du processus, je peux même dire qu’elle est fière de moi. C’était mûrement réfléchi de son côté aussi : nous avons ensemble deux enfants, dont un bébé de quelques mois. Et puis, si un désir de grossesse devait arriver dans le futur, c’est encore une possibilité pour elle, c’est tout ! ».

 « Depuis l’opération, faire l’amour n’est plus qu’une question d’envie de partager ce moment pour ce qu’il est » Lucas

Le jour J, Lucas se rend seul à l’hôpital. « On m’a installé sur un lit, j’avais une petite appréhension, mais j’étais en confiance. Je m’attendais à ce que ce soit plutôt désagréable : on allait couper dans mes couilles, après tout ! J’ai demandé à regarder, on me l’a déconseillé. L’anesthésie est immédiate. On sent ce qui se passe ; j’ai été fasciné par la solidité du corps humain. Pour couper ce petit canal, le chirurgien a dû y aller franco ! Ensuite, il clampe. La deuxième bourse a saigné un peu, mais rien de grave ».
Opération réussie : Lucas rentre chez lui après quelques heures. « La sensation ? Avoir pris un ballon dans les testicules. La douleur s’est estompée au bout de cinq jours. Ensuite, j’ai ressenti une gêne, un souvenir qu’on m’avait fait du mal (il rit), d’une expérience désagréable, un traumatisme de la chair ».

Vive l’orgasme imbriqué !

Depuis, dit Lucas, quelque chose a lâché, il se félicite d’avoir sauté le pas : « Oui, je m’interrogeais sur le devenir de ma libido. Étrangement, je me sens plus homme. Je réalise que ma virilité était toujours associée à la possibilité d’avoir un enfant. Au moment de faire l’amour, beaucoup de choses peuvent se mélanger, finalement : le désir pur, l’envie de procréer, la peur de procréer. Bref, la fécondité intervenait toujours en creux, même inconsciemment. Depuis l’opération, cette question est évacuée. Faire l’amour n’est plus qu’une question d’envie de partager ce moment pour ce qu’il est. Un deuxième point positif, c’est qu’en plus, nous sommes curieux de voir comment l’arrêt de la pilule chez ma compagne va influer sur sa libido : c’est une nouvelle étape de nos vies sexuelles ! ».
Je laisse Lucas à cette heureuse perspective, après qu’il m’ait assuré : « Je suis en couple, père de cinq enfants. Je suis content de l’avoir fait, je n’ai aucun regret. Cependant, je comprends à 100 % les réticences des hommes. Un message, tout de même : avouons qu’une femme qui devrait subir cette intervention rirait doucement. Proportionnellement à ce qu’elles supportent, c’est dérisoire... ».

Aya Kasasa

La question

C’est quoi, en pratique, une vasectomie ?

Daniel Murillo, gynéco et andrologue : « La vasectomie, c’est une technique de contraception pour les hommes, par stérilisation définitive. Les spermatozoïdes sont fabriqués dans les testicules et reliés à l’urètre (le conduit qui évacue le sperme et l’urine hors du pénis) par les canaux déférents. Le principe est d’interrompre leur progression en sectionnant ces canaux. Chirurgicalement, il s’agit d’un geste très simple : on pratique une petite incision du scrotum, on sort le petit tuyau et on le coupe des deux côtés. L’intervention a lieu en milieu hospitalier, sous anesthésie locale et en ambulatoire. Elle est assez rapide, entre cinq et vingt minutes par bourse. Quand tout se passe bien, cela prend en moyenne vingt minutes en tout. La stérilisation n’est pas immédiate : après la section, il reste des spermatozoïdes qui doivent encore sortir. Il faut une vingtaine d’éjaculations pour vider les spermatozoïdes, avant la première analyse de sperme au microscope. L’effet est donc sûr trois à quatre mois après l’opération. »

« Parfois, la vie fait que certains hommes changent d’avis : on procède alors à une vasovasostomie, on répare ce que l’on a coupé. Dans ce cas, c’est de la microchirurgie, et les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances. Les statistiques indiquent un taux de réussite de 50 %, et encore, ce n’est pas pour autant que le retour de la fertilité est assuré. S’il y a un désir d’enfants dans ces cas, on peut faire appel aux techniques de la PMA, avoir recours à la fécondation in vitro. »

« Il y a deux freins à la généralisation de la stérilisation masculine : le fait que les femmes prennent traditionnellement en charge la contraception et les phobies. Pour rassurer les patients, on propose un accompagnement psychologique. Ceux qui sont mal à l’aise avec l’idée de ne plus jamais pouvoir procréer peuvent congeler leur sperme. Il faut savoir que la même opération chez les femmes est plus intrusive, beaucoup plus dangereuse que chez l’homme. Donc oui, il faudrait que la pratique se généralise, je suis totalement pour ! Dans les pays anglo-saxons, c’est une opération courante. Dans nos pays, de plus en plus d’hommes la demandent, et je m’en réjouis. »

Vrai ou faux ?

  • « La vasectomie, c’est une castration » : faux. C’est une légende. Les fonctions sexuelles et endocrines ne sont pas supprimées. 
  • « Je n’aurai plus rien à éjaculer » : faux. Il n’y a aucun changement dans le volume éjaculatoire. Les spermatozoïdes n’en représentent que 3 à 5 %.
  • « Je reste fertile un certain temps après l’opération » :vrai. Il reste encore des spermatozoïdes dans les canaux déférents et dans les vésicules séminales pendant trois à quatre mois.
  • « Ma libido va baisser » :faux si l’on se situe sur le plan mécanique. Mais comme vous le savez, le premier organe sexuel, c’est le cerveau ! Cela dépend donc des circonstances. Pour un homme sûr de lui, la vasectomie peut libérer sa vie sexuelle. En revanche, s’il se sent obligé, qu’il ressent une pression morale, elle peut avoir des répercussions négatives.
  • « Il faut être majeur pour y avoir accès » : vrai. Régie par la loi du 4 juillet 2001, elle est interdite aux mineurs.
  • « La stérilisation protège des MST » : totalement faux. Seuls les préservatifs protègent des MST.

En savoir +

  • À lire : La contraception masculine, de Roger Mieusset, Jean-Claude Soufir, chez Springer Science & Business Media. Un ouvrage qui parle des différentes méthodes de contraception masculine.
  • À étudier : L'analyse d'Eloïse Malcourant, La contraception, l'affaire des deux partenaires, pour les FPS.
  • À surveiller : les résultats de la recherche sur le Vasalgel. Une contraception masculine réversible et sans hormones qui pourrait arriver sur le marché en 2018. Il s’agit d’un gel injecté dans le canal déférent qui bloque les spermatozoïdes.
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