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Copains : les bienvenus

Tendresse, rupture, trahison, partage, confiance… autant d’apprentissages que votre enfant découvre avec les copains. Des copains sans qui il ne pourrait se construire. Alors, ouvrez-leur tout grand la porte et soyez attentifs : les ruptures d’amitié peuvent être très douloureuses à cet âge.

Copains : les bienvenus - Thinkstock

« On s’est disputée avec Liza, ma meilleure amie, nous souffle Justine, 10 ans. Quand j’en ai parlé à maman, elle m’a dit : ‘Tu t’en feras d’autres, d’amies. Une copine de perdue, dix de retrouvées. Je sais qu’elle m’a dit ça pour me consoler. Mais des copines comme Liza, il n’en existe qu’une, et maman ne l’a pas compris… »
Il est essentiel de réconforter l’enfant qui rencontre des moments difficiles dans sa vie affective. Il est délicat de le faire avec des paroles qui peuvent, bien involontairement, lui donner l’impression que le parent minimise ce qu’il ressent comme primordial ou, pire, qu’on ne le comprend pas. Pour éviter toute maladresse, il vaut mieux l’encourager à parler de ce qu’il éprouve, en se tenant à son écoute, plutôt qu’en lui disant : « Ce n’est pas grave ». C’est une belle façon de lui montrer que nous le comprenons en acquiesçant à ses remarques et en l’amenant progressivement à trouver lui-même ses propres réponses.
Enfin parlez-lui de vous : à cet âge, votre enfant se nourrit d’exemples. Il accueillera avec beaucoup d’intérêt le récit que vous lui ferez de vos propres aventures, comment vous avez reconquis l’amitié de tel(le) camarade ou, plus généralement, comment vous vous êtes sorti d’une situation affective délicate.

Invités mais… sous conditions

« Trop, c’est trop », s’exclame Claudia, dont la fille Lili, 11 ans, reste scotchée au téléphone avec sa copine Julie. Quand ses parents lui proposent une sortie en famille, elle fait la tête parce qu’ils refusent que Julie les accompagne. Quand ils partent en week-end, ça ne va pas si Julie n’est pas là. Des devoirs à faire ? C’est encore Julie qui passe le mercredi après-midi enfermée dans la chambre avec Lili. « On veut bien lui faire plaisir, mais on a aussi besoin de rester un peu entre nous, soupire la mère, désespérée que sa fille ne veuille rien comprendre. »
Avoir des amis est un signe de sociabilité et d’intégration réussie. On ne va donc pas se plaindre de voir notre fille ou notre garçon s’attacher à l’un ou l’autre copain. Et s’ils deviennent un moment trop envahissants, c’est aux parents de mettre des limites aux rencontres, clairement énoncées (lire l’encadré ci-dessous).

Les insatiables

Dans son livre, 6-12 ans : l’âge incertain, le psychologue Harry Ifergan parle des enfants qui ont un perpétuel besoin d’être en compagnie et les classe en quatre types.
Les premiers sont ceux dont la devise pourrait être : « Les copains d’abord ! ». Sociables, généralement curieux et en ébullition incessante, ces enfants possèdent un très fort appétit de vivre. Les amitiés sont une toile de fond indispensable à leur survie sociale. Loyaux vis-à-vis des autres, ils respectent les règles instaurées dans le groupe et s’y sentent comme un poisson dans l’eau.
Les deuxièmes ont souvent des parents peu disponibles ou séparés. Pour ces enfants-là, les amis servent avant tout à compléter l’emploi du temps, parfois de manière excessive, il est vrai. Comme si ces gosses avaient une incapacité à rester seuls avec eux-même. Ces enfants expriment ainsi une souffrance face à la solitude ou au sentiment d’abandon. Et curieusement, leurs parents ne se plaignent pas de l’installation de tant d’amis dans le foyer. Au contraire, ils s’en réjouissent comme s’ils sentaient que leur enfant comble ainsi un vide…
À l’inverse, les troisièmes, surprotégés et trop stimulés, introduisent malgré les parents un ami dans le huis clos familial pour mieux s’en protéger. Une manière douce de mettre une distance entre eux et les adultes sans blesser quiconque.
Enfin, il y a les « petits derniers », isolés dans leur fratrie. Ceux-là vont chercher à l’extérieur la complicité dont ils ont besoin. Ils recomposent leur propre tribu à partir des amis, ce que les parents ne peuvent qu’approuver.

Son ami, c’est son affaire !

Par principe, les parents ne devraient pas intervenir dans le choix des copains. Accueillir l’ami revient à accepter que son enfant se détache, grandisse et devienne toujours plus autonome. C’est aussi admettre qu’il ait ses propres goûts et ses coups de cœur. Plus simple à dire qu’à vivre.
Roxane, maman d’un gamin de 10 ans, ne nous démentira pas : « Depuis son entrée en primaire, Benoît s’est entiché d’Arthur, un copain de classe. Je ne comprends pas mon fils, son copain est insipide et impoli, il ne dit jamais bonjour quand il arrive, il passe tout son temps libre sur des rollers ou sur l’ordinateur, jamais devant un livre. Et lorsque je fais remarquer à Benoît que son ami ne nous salue jamais en rentrant, il me répond que ce n’est pas de sa faute parce qu’Arthur est timide. Mais qu’est-ce qu’il peut bien lui trouver ? Ils n’ont rien en commun ! »
Harry Ifergan nous met en garde : « Les parents ont un peu trop tendance à identifier leur enfant à leur ami et s’imaginent qu’à trop le fréquenter, il pourrait devenir comme lui. Rien n’est moins sûr. L’enfant peut justement être fasciné par quelqu’un de radicalement différent et complémentaire pour se sentir entier. En outre, grâce à son alter ego, il espère vivre certaines expériences par procuration ». Ou au contraire, élire un camarade avec lequel il a des points communs ou des affinités : vivre seul avec sa mère, avoir un père très sévère, partager la même passion pour les jeux vidéo, les dinosaures ou le foot. Une complicité qui rend plus fort.
Les relations entre pairs changent, elles aussi. Si vers 6-7 ans, on trouve les « filles trop lourdes pour faire du sport » (observez une cour de récréation de « petits » de primaire, vous verrez les groupes se former, les filles d’un côté, les garçons de l’autre !), la grande nouveauté vers 10-11 ans, c’est le plaisir que prennent les garçons et les filles à se retrouver entre eux.

Les mauvaises fréquentations, ça existe !

Les enfants ont tendance à beaucoup s’identifier à leurs pairs, ils veulent ressembler aux autres et se fondre dans la masse. Certains sont donc influençables et cela les rend plus vulnérables à se laisser entraîner dans des situations qu’ils ne souhaitent pas.
Sylviane, éducatrice en primaire, le confirme : « J’en vois à la cour de récréation qui intimident les autres ou se moquent du physique, pour faire comme leur meilleur copain ». Que faire s’il s’avère que le copain ou la copine ont une influence néfaste sur votre bambin ? Il faut intervenir, certes, mais de manière argumentée. Comme Viviane, inquiète de voir sa petite Anna, 9 ans, se plier systématiquement à tous les désirs de son amie Sandra.
« Elle la laissait décider de tout, tout le temps ! Elle appliquait à la lettre ma consigne : ‘Tu dois être gentille avec tes amis’. J’ai donc revu avec elle cette notion. En fait, je voulais lui faire comprendre qu’il faut parfois faire des compromis comme jouer à un jeu qui plaît plus à son amie qu’à soi-même. Mais j’avais oublié de lui parler du respect de soi. Elle doit pouvoir faire valoir son opinion et pouvoir décider également. Maintenant, j’ai compris qu’il fallait que j’aide ma fille à comprendre les rouages de l’amitié de façon à ce qu’elle ne s’efface pas toujours devant la volonté de l’autre, sans pour autant être en décalage. »

Karin Mantovani

EN PRATIQUE

4 règles pour gérer ses copains

Règle n°1 : définir précisément les temps où votre enfant peut les recevoir. Pas avant que les devoirs ne soient terminés (avant 12 ans, il n’a pas besoin de faire ses devoirs avec les copains !), pas en période de contrôles, pas en semaine…

Règle n°2 : définir le territoire que votre môme et ses amis peuvent investir sans s’étendre dans tout l’appartement ou la maison. Un conseil : interdisez votre chambre et le bureau où vous travaillez et exigez qu’avant de partir, les copains et votre gamin ou gamine rangent ensemble tout ce qui traîne.

Règle n°3 : définir les règles d’utilisation de la télévision, des jeux vidéo, de l’ordinateur. Si vous avez mis sur pied une organisation précise côté écran, maintenez-la même si les amis sont là.

Règle n°4 : un copain est impoli ou trop violent sous votre propre toit ? N’hésitez pas à intervenir pour l’aviser clairement que chez vous, ce comportement est inacceptable.

Témoignage

Maya, 12 ans

« Je me demande souvent pourquoi mes parents ne m’écoutent pas. Je ne demande pas l’impossible : juste de passer de bons moments avec Sarah, ma meilleure amie. Mais quand je propose de l’inviter, ce n’est jamais le bon moment, ils me trouvent toujours d’autres occupations : ranger ma chambre, faire mes devoirs, travailler mon piano… Ils pourraient faire un effort, quand même ! »

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Profitez-en !

Il y a des moments magiques dans une vie de parent. Celui, par exemple, où vos enfants jouent à cœur joie avec leurs copains. Il y a une telle force de vie dans cette scène-là que vous ne pouvez que ressentir une vague de bien-être vous envahir. Du bonheur à l’état pur ! C’est sans nul doute entre 6 et 10-12 ans que les parents connaissent le plus souvent cet état de grâce. Parce que les jeux ne tournent pas tout de suite aux larmes, comme quand ils étaient plus jeunes. Parce qu’ils n’ont pas encore les questions de l’adolescence qui les tourmentent.

 

École : ne le dégoûtez pas !

Un des premiers espaces où la vie d’enfant de votre 6 ans et plus va s’organiser en dehors de la maison familiale (et donc loin de vous !), c’est l’école. S’il est possible, même à cet âge-là, d’avoir mal au ventre le matin par crainte de l’école, il n’en reste pas moins que c’est l’époque bénie où la plupart des gosses ont une soif d’apprendre et de se nourrir du monde qui les entoure.

 

Frères et sœurs, si près… si loin

Vêtements, sorties, argent de poche, télévision, ordinateur… tout est prétexte à discussions et à comptes d’apothicaire. Chaque enfant défend sa chapelle et se compare à son frère ou à sa sœur, à qui on passe tout, bien sûr ! À tel point que vous, parents, finissez par douter de votre impartialité à leur égard. Comment satisfaire chacun selon son âge et sans inégalités ?