Corona-Minute

Décidément, ce covid-19 ne nous épargne rien. Alors que nous étions prêts à vous livrer ce Ligueur finement ciselé, que les rotatives fumaient, voilà que le virus vient contaminer ce numéro…

On l’a dit : tout ferme. Les grands piliers que l’on croit acquis, éternels et réconfortants, se figent. Cafés, restos, musées, expos, concerts, activités sportives… et, bien sûr, les écoles. À l’heure où s’écrivent ces lignes, l’immense majorité des parents du Royaume a réveillé sa progéniture d’un même hymne : « Les enfants, on s’habille, il faut être à l’heure. Profitez-en, parce que votre école ‘ferme’ jusqu’aux vacances de Pâques ».

Explosion de joie pour certains : « Whaou, cinq semaines de vacances ». Dans ce genre de situation, le calcul mental marche étrangement très vite. Effondrement pour d’autres : « Et les copains-copines ? Et la maîtresse qui faisait son remplacement jusqu’à Pâques, je ne la reverrai plus ? ». Des petites joies, des petits drames, des entre-deux. Et, à la tête de tout cela, des parents qui doivent improviser.

« L’arrache totale » 

De ce jeudi 12 mars après-midi, où la rumeur d’un « lockdown » contamine la Toile, jusqu’à la décision du Conseil national de sécurité dans la soirée, des scènes dignes d’une bonne série apocalyptique se déclinent partout dans le pays. À Bruxelles, des supermarchés sont dévalisés. Les réserves d’eau, de PQ, d’essuies, surtout.

Un caissier, dépassé, mais concentré, raconte. « On voit beaucoup de parents. Ils achètent des yaourts, des céréales. Ils gardent leur calme, mais on les sent, euh… fébriles, quoi. J’entends des mômes qui posent des questions. Eux, par contre, ça a l’air de bien les amuser… enfin, pour le moment, quoi ».

Le vendredi 13 mars - les différents dieux ont le sens de la mise en scène – est le dernier jour d’école avant longtemps. Dans la rue, dans la cour de récré, dans les couloirs de l’école, les inquiétudes sont multiples, les réactions sont diverses.

Il y a ceux qui plaisantent. « À défaut de coronavirus, je sens qu'on va avoir une épidémie de dépression parentale si ça dure trop longtemps. C’est sûr, des écoles clandestines vont apparaître partout dans le pays ». Pour d’autres, les prochaines semaines vont être compliquées. « Je suis toute seule, mes parents sont loin. Là, je suis en train d’organiser toute une ronde avec les copines dans la même situation que moi pour que l’on sacrifie un jour par semaine avec tous les enfants. Dites bien aux lecteurs et aux lectrices d’avoir une pensée pour les parents solos. Et de la jouer solidaires avec eux. Parce que pour eux, c’est l’arrache totale ». Voilà qui est fait…

Une maman de la rédaction revient en disant : « Il faut avoir un mot pour le personnel enseignant, quand même. Il assure. Mon fils était en larmes. Sa maîtresse lui a fait un check avec le coude. Les enseignant·e·s trouvent des alternatives, multiplient les petites attentions pour que les enfants ne soient pas trop déboussolés ».

Attentions. C’est un des maîtres mots dont il va falloir user dans l’improvisation générale. L’instant est historique et le rôle du parent va être de jouer les « angoissomètres ». De mesurer comment tout cela impacte la marmaille. Voyons comment.

Occuper son enfant

Sacha a 10 ans. Il a devant lui un parterre de gamins pendus à ses lèvres. Il les galvanise, comme le plus efficace des suprêmes leaders : « On ne craint rien. Nous, les enfants, nous sommes les plus forts. Les moins touchés ». On sent que ses parents ont redoublé de communication. C’est exactement l’attitude à adopter. Pourquoi ? Parce que la pression émotionnelle est plus importante que ce que l’on peut imaginer chez eux.

Nous nous référons à la psychologue Mireille Pauluis, comme souvent en cas d’urgence. Elle explique qu’il faut toujours sonder les enfants et répondre à leurs questions. « Ce qui les protège le plus, c’est que leurs parents contextualisent. Faites-les parler de ce qu’ils ressentent, aidez-les à prendre de la distance ».

Des propos qui font écho aux indications de Natalie Maroun, consultante de crise en risques sanitaires, et à sa formule simple, mais si évidente : il faut occuper son enfant. Soit éviter que l’inquiétude ne s’empare de lui. Pourquoi doit-il rester cloîtré ? Il faut lui expliquer. Il n’a rien. Un virus se propage. Il doit rester à la maison. Ici, il est protégé.

Au moment où vous lisez ces lignes, vous aurez quelques jours de confinement dans les pattes. Peut-être que la pression sera redescendue d’un cran. Attention, toutefois, à ne pas relâcher la vigilance. Le huis clos peut rendre chèvres les enfants. Il est donc important de les mettre en action pour ne pas se laisser emporter par la panique. C’est une règle immuable en cas d’urgence : l’action soigne toutes les angoisses.

Prenez le temps de cibler les inquiétudes et voir comment vous pouvez y pallier. Aérez-les. Aérez-vous. Répétez les gestes. Vous pouvez même le faire de manière ludique. Comme le conseille Natalie Maroun. « Viens, on va voir ce qu’il faut faire comme gestes sur internet. On va répéter ». Les plus petit·e·s peuvent soigner leurs doudous, rejouer le fait de tousser, se laver les mains, jeter ses mouchoirs avec ses poupées, par exemple. Et si vous-même vous êtes inquiet·e, dites-le. Il vous pose une question délicate, du style ‘Et, alors, il y a des morts ?’. Répondez de manière rassurante plutôt de tenter d’atténuer les circonstances ».
Circonstances que l’on souhaite plus joyeuses. En attendant, le Ligueur continue de vous informer. Bonne improvisation à toutes et à tous. Le parent n’est jamais aussi bon que dans l’urgence, n’est-ce pas ?

Y.-M. V.-L.

Zoom

Quoi et à quel âge ?

Avant 6 ans : ne pas les exposer aux images ou, pire encore, aux infos en continu. Expliquez pourquoi cela vous touche, vous énerve ou vous inquiète. Rappelez aux enfants qu’ils sont en sécurité avec vous, chez eux.
Les 7-11 ans : ils sont en plein dans ce que l’on appelle la pensée critique. N’hésitez pas à les faire parler. Permettez-leur d’extérioriser leurs angoisses, par la discussion, le dessin, la musique, le jeu, etc.
Les ados : ce sont les plus exposés via internet et les réseaux sociaux. Encadrez leurs réactions. Essayez de jouer la carte du soutien stable, solide et rassurant. Sous des airs indifférents, ils sont souvent très touchés par la situation.
À tout âge : ne jugez pas. N’arrêtez pas la pensée. Ouvrez le débat.

Et les grands parents ?

Grands-parents, pas grands-parents ? Quoi qu’il en soit, on ne les oublie pas. Retrouvez le point de vue de notre mamy préférée : Coronavirus : le confinement du point de vue de Papy et Mamy.

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