Coronavirus, attention
au virus de la peur

Au moment où vous lirez ces lignes, les articles sur les risques - ou pas - d’une épidémie en Belgique vous auront déjà bien contaminés. Et par effet de ricochets, vos enfants. « Il n'y a pas de raison de paniquer », lisez-vous depuis quelques jours. Très bien. Mais après ? Comment faire le tri ? Comment apaiser la marmaille et, accessoirement, rationaliser quand les rumeurs vont plus vite que la réalité ? On en parle avec un virologue et une infectiologue.

Coronavirus, attention au virus de la peur

Les rotatives chauffent. Le magazine que vous tenez entre les mains est dans les tuyaux. Pour l’heure, impossible de savoir ce qu’il va advenir du virus star de cet hiver qui s’est invité dans toutes les discussions. De la table familiale à la cour de récré, en passant par la cantine et les réseaux sociaux.

Un paradoxe : plus l’épidémie progresse, plus les réunions d’urgence se multiplient durant lesquelles on assène – telle une formule sacrée dotée d'un pouvoir spirituel – « pas de panique ». En bons spectateurs infectés par les séries de science-fiction, on le sait : plus on nous le répète, moins on y croit. C’est exactement ce que les enfants risquent de se dire entre eux au retour des vacances. Tiens. Commençons avec eux.

« Cela commence à m’inquiéter »

Le gouvernement fédéral affirme qu’il est prêt, la porte-parole du SPF santé publique le martèle : « Le monde de la santé a pris les mesures nécessaires. Pas d’alarmisme ». Face à cette parole très officielle, les parents sont partagés. Sur la page Facebook du Ligueur par exemple, suite à notre article Coronavirus : faut-il s'inquiéter pour ses enfants ?, des réactions très contrastées.

Une lectrice donne le ton : « Je n’ai pas l’habitude de me laisser emporter par les médias, mais cela commence à m’inquiéter... Soyons prudents, mais ne nous laissons pas emporter par la peur... ». Le traitement médiatique est tel qu’on ne peut que comprendre ce genre de réactions. Comment aider les parents à faire la part des choses ? On frappe à la porte de l’hôpital des enfants Reine Fabiola pour poser la question à l’infectiologue et hygiéniste Anne Tilmanne.

« Je pense qu’il est important pour les parents de se concentrer sur les informations objectives. En ce qui les concerne, au moment où je vous parle, elles sont simples. Peu d’enfants sont touchés, aucun n’est décédé. Vu le nombre de cas en Chine, on saurait s’il y avait un risque augmenté chez les petit·e·s. La grippe (qui fait moins peur) touche davantage de patients. »

Vous pouvez valoriser vos enfants en leur disant que ce sont les plus résistants dans cette épidémie. 

Et l’effet d’emballement des cours de récré ? Comment les parents peuvent-ils s’en tirer ? Steven Van Gucht, virologue et président du comité scientifique du coronavirus de l'Institut scientifique de santé publique, est confiant : « Je vais vous dire ici ce que je répète à mon fils de 14 ans depuis la médiatisation du coronavirus. ‘Tu es dans la tranche d’âge la plus résistante’. Plusieurs études qui viennent de Chine, basées sur 72 000 patients, dont la plus récente date du 17 février, montrent que, de 0 à 9 ans, aucune mortalité n’est signalée. Au-delà, de 9 à 18 ans, on déplore deux morts qui présentaient certainement des pathologies respiratoires. C’est donc très faible. Le risque augmente avec l’âge. Vous pouvez donc les valoriser en leur disant qu’ils sont les moins touchés dans cette épidémie. Donc les plus forts ».

« Worst cases scenario »

Maintenant que les enfants sont rassurés, parlons du premier facteur à surmonter en tant que parent : la panique. Qu’en est-il ? Sur la page Facebook du Ligueur, une lectrice nuance et pointe la frénésie médiatique : « Il me semble que les journalistes en font un peu trop... ». Là-dessus, nos protagonistes n’ont pas le même avis.

« Les médias en font beaucoup, en effet, note Anne Tilmanne. On dirait qu’il n’y a plus que ça. Les infos ne sont pas toujours fiables. D’ailleurs, mieux vaut s’informer ailleurs sur des sites de référence (voir encadré). La prévention dans les pays concernés est très bonne. Mais on aime se faire peur. Les médias aiment les bonnes histoires et les images choc. Dès que ça touche à la santé, la panique générale prend des proportions irrationnelles. C’est un peu ce qu’on a connu avec la grippe H1N1 ».

Le virologue nuance. Selon lui, les mesures drastiques, mais justifiées en Chine, propulsées par les images en boucle ont créé des inquiétudes légitimes. Après tout, ce n’est pas rien de voir des villes de vingt millions d’habitant·e·s complètement paralysées.

« Il y a des cas sévères à déplorer. Puis, la vague de contaminations se rapproche. Je comprends l’effet d’emballement. Mais le facteur panique, on l’a anticipé. On a fait beaucoup d’analyses et établi ce que l’on appelle des ‘worst cases scenario’ (comprenez ‘le pire des cas’, ndlr). La Belgique est tout à fait apte à gérer. Les hôpitaux sont équipés. Ils sont prévenus. Le personnel médical est formé. Un traitement spécialisé des patients infectés par un coronavirus est prévu chez nous dans un hôpital de référence. On est paré au pire. »

Le parent, lui, ne l’est pas. Et il n’est pas impossible que vous vous mettiez à ressentir des bouffées d’angoisse à la moindre toux ou écoulement de nez de vos petit·e·s. Qu’en est-il des symptômes ?

Évitons l’auto-diagnostic

Nos deux experts nous rappellent que les symptômes du coronavirus sont invisibles. Les deux seuls facteurs à surveiller sont la fièvre et les difficultés respiratoires. Il faut donc davantage raisonner en termes de surveillance que de diagnostic constant. Inutile également de vider les stocks de masques en tout genre en pharmacie, si ce n’est déjà fait. Le port du masque chirurgical est nécessaire pour les personnes qui sont déjà infectées par le coronavirus. Ces masques évitent juste de transmettre des germes en toussant, en éternuant ou en parlant.

L’occasion d’ailleurs de rappeler des règles solidaires simples. Anne Tilmanne se lance : « La peur du virus pourrait pousser les gens à se précipiter aux urgences pour se rassurer. Mais ce mauvais réflexe risque de submerger inutilement le personnel soignant. Rappelons donc que les urgences, c’est réservé à tout ce qui ne peut pas attendre. En cas de doutes, toujours en parler avec son médecin traitant avant de se déplacer. Il faut séparer les flux. Si, dans le pire des cas, on connaît une vague de contamination plus importante que prévu, les urgences sont un mauvais réflexe qui va ne faire qu’amplifier la contagion ».

En un mot, jouons-la collectif. Les expert·e·s nous rappellent que si un enfant est malade - coronavirus ou autre -, il est impératif de le garder à la maison. Si vous revenez d’un voyage, à proximité des zones contaminées, et que votre petit·e développe des infections respiratoires dans les quatorze jours après votre retour, allez chez votre pédiatre ou médecin. Prévenez-le d’abord afin qu’il prenne des dispositions pour vous accueillir dans de bonnes conditions.

Enfin, Ligueur oblige, on ne peut refermer ce chapitre sanitaire que l’on espère éphémère sans vous rappeler que vos enfants absorbent tout ce que vous dites. Encore plus vos inquiétudes. La pression émotionnelle est bien plus importante que ce que l’on peut imaginer. « Coronavirus » est sur toutes les bouches, dans toutes les émissions, écrit en gros partout dans l’espace public. Évitez d’alimenter la psychose collective avec des propos ou des images trop violentes. Atténuez peut-être l’exposition aux infos en continu. Attention aux smartphones, tablettes et sites en tout genre qui alimentent les fake news les plus délirantes. Demandez aux enfants ce qu’ils ont vu. Décryptez. Attestez ou apaisez. En cela, le slogan de Steven Van Gucht devrait être gravé dans le marbre : « Pas de symptômes, pas de problèmes ».

Yves-Marie Vilain-Lepage

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Les gestes simples

Pandémie ou pas, les gestes à appliquer pour soi et ses enfants sont assez simples :

► Se laver les mains.
► Utiliser des mouchoirs en papier que l'on jette après utilisation.
► Se protéger quand on tousse ou éternue. Expliquez aux enfants comment tousser dans sa manche et se couvrir la bouche.
► Manger sainement.
► Éviter les contacts étroits avec toute personne présentant des symptômes de maladie respiratoire.

Des infos fiables

Impossible de prédire l’avenir du virus au moment où l’on imprime. Un conseil, si vous voulez vous informer objectivement sur l’évolution du virus et les consignes à adopter, allez sur sciensano.be. Il est mis à jour très régulièrement. Vous pouvez même y faire un petit tour en famille, histoire de répandre le virus de l’info exacte.

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