Vie de parent

Coronavirus : cours suspendus
dès demain, des parents témoignent

Nous avons sondé les parents à la veille de ce premier jour de suspension des cours à l’école. Qu’est-ce qui les préoccupe ? Comment vont-ils s’organiser ? Comment poursuivre malgré tout l’accompagnement scolaire des enfants ? Le débat lancé sur notre page Facebook a été large, riche, propice aux échanges et conseils.

Coronavirus : cours suspendus dès demain, des parents témoignent

Tout le monde est d’accord. Il faut se mobiliser pour venir à bout du coronavirus. Le confinement s’impose ? Ok, allons-y ! Soyons civiques! Reste à s’organiser. Et c’est là que le bât blesse. Avec des suspensions de cours et non des fermetures franches d’école. Avec des parents qui se retrouvent à garder leurs enfants dans une situation inédite sans que des mesures ad hoc au plan professionnel ne soient prises. Tout cela crée un certain malaise où la volonté de participer à un vaste mouvement de solidarité sanitaire salutaire se télescope à un certain pragmatisme inquiet dont l’amplitude varie en fonction de chaque situation (précarité salariale, famille monoparentale…)

Imaginer un congé spécial

Sur notre page Facebook, le post de Melissandre résume un peu tout cela. « Il faudrait de toute façon, avant de commencer à discuter de ce qui va être fait à la maison pendant la suspension des cours, qu'on alloue un congé spécial aux parents pour garder les enfants à la maison. Nos familles habitent loin, nous travaillons tous deux à temps plein et on nous fait culpabiliser de devoir mettre nos enfants à la garderie. Je ne sais pas comment on va faire ces 5 prochaines semaines pour les faire garder. C'est bien beau de demander à tout le monde de rester chez soi mais tout le monde ne peut pas le faire. Je trouve inadmissible qu'aucune solution n’ait été trouvée pour les parents dans notre cas. » Ce problème de cette absence de congé spécial revient souvent dans les commentaires recueillis. Il a fait l’objet d’une demande spécifique de la Ligue des familles, la semaine dernière.

Laurence est dans le même état d’esprit.  «Pareil pour nous, j’espère sincèrement qu’on aura droit à ce type de congé pour, nous aussi, mettre nos enfants à l’abri. » Et à ceux qui opposent un lapidaire « Et comment faites-vous pendant les vacances ? », la réponse est immédiate : « Ici pas de séjour possible chez les grands parents. Bref, rien à voir avec les grandes vacances ». Audrey compatit : « Je suis pour la fermeture des écoles, mais un peu d'empathie pour les parents qui n'ont pas de solutions svp… ».

Le débat est là, entier, et crée des tensions. Bien sûr qu’il faut se serrer les coudes. Et peut-être la ceinture au passage. Mais la situation exceptionnelle et son absence d’échéances claires, provoquent une vive inquiétude.

Et l’apprentissage scolaire ?

L’inquiétude, au-delà des « problèmes de garde », s’exprime aussi à travers les craintes d’un décrochage scolaire néfaste. Comment faire pour que les enfants poursuivent leur apprentissage ? Déjà, certains parents stressent pour le… CEB. Mélanie intervient : « Je pense que la poursuite des apprentissages n'est pas la priorité à court terme. L'enseignement a connu d'autres périodes d'interruption (grèves des années 90) et a trouvé des solutions. Les apprentissages se font sur du long terme. Les programmes pourront s'adapter. L'important est de garder du lien pour que le retour au rythme scolaire ne soit pas trop brutal particulièrement pour nos élèves les plus fragiles en termes scolaire. Solidarité, citoyenneté : les vrais enjeux sont de limiter la propagation du virus pour permettre à notre système de soins de santé de rester efficace. »

Sylvie, elle, entend s’organiser pour que son petit de six ans reste « dans le coup » : « Un peu de calculs, d’écriture et de lecture. J’achèterai des livres ou trouverai du contenu sur Internet. On alterne avec des activités créatives, on bouge et on fait des jeux. On se débrouille quoi ! ».  Moins zen, Vanessa revient avec le CEB. « Sera-t-il adapté ? Je ne pense pas donc il faut absolument trouver des solutions rapides. » Muriel intervient en mode camomille : « Laissez le temps aux autorités et aux enseignants de s'adapter à la situation. Ce genre de choses va être discuté au niveau de la Fédération Wallonie Bruxelles dans la semaine (déjà annoncé dans une circulaire aux enseignants) et probablement encore dans les semaines qui suivront, en fonction de l'évolution de la situation. » Et Muriel d’ajouter : « De ce que je peux voir sur les groupes d'échanges de pratiques d'enseignants, de nombreuses choses sont déjà mises en place, en tous cas dans le secondaire. Il faut laisser un peu le temps aux écoles et aux enseignants de s'organiser. »

« C’est le moment d’être créatif ! »

Rester serein. Mélanie poursuit sa réflexion déjà amorcée plus haut : « Gérer le homeworking, le quotidien en situation de confinement et les enfants va déjà demander beaucoup d'énergie sans devoir rajouter une pression intense liée à une charge lourde de travail scolaire. Des exercices ludiques à pouvoir faire en autonomie et pourquoi pas : penser pour maintenir le lien social entre les enfants et avec leurs enseignants : des dessins, des lettres, des tutos de bricolage à créer pour les partager ensuite avec les copains, des défis. C'est le moment d'être créatif et d'accepter de sortir des rangs. Courage aux enseignants, aux élèves et aux parents. »

Au final, même s'ils laissent poindre une certaine inquiétude, ces témoignages respirent aussi le bon sens citoyen, l’envie de trouver des pistes créatives pour s’en sortir. Il est question de solidarité, de respect et d’écoute. Autre constat, le désir évident de ne pas céder au stress ou à la panique. Enfin, on perçoit tout au long des commentaires qu’une organisation claire entre parents et employeurs quant aux jours de congés à prendre en cas de garde d’enfants, liée à la crise du Coronavirus, serait un grand facteur d’apaisement définitif. « Un système comme en France devrait être organisé pour la Belgique » insiste Sylvie.

Thierry Dupièreux

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