Vie de parent

Coronavirus : le confinement
du point de vue de Papy et Mamy

Ils étaient déjà près de 40 % à garder, soigner, animer leurs petits-enfants en toute discrétion (voir l’enquête de la Ligue des familles à ce sujet sur liguedesfamilles.be). Avec le Covid 19, ses fièvres et ses écoles fermées, les grands-parents se retrouvent deux fois plus sur le pont pour accueillir leurs petits-enfants. Tout en étant pressés de prendre soin de leur santé par les médias, les professionnel·le·s de tout poil et depuis hier, 22h25, les autorités belges. Ouf !

Coronavirus : le confinement du point de vue de Papy et Mamy

Rencontre entre amies. La première se prépare à saluer avec les embrassades accoutumées. Un « Non ! » retentissant l’arrête dans son élan. Étonnée, elle affirme haut et fort qu’elle n’est pas malade et s’entend dire aussitôt : « Oui, mais… tu as des petits-enfants ! ». C’était il y a déjà quelques semaines. Le coronavirus était encore loin, en Chine, et la seule épidémie à redouter était la grippe saisonnière. Du moins, dans la tête de cette grand-mère. Mais le coronavirus se fout pas mal des frontières et atteint très vite l’Europe. L’épidémie est en marche.

De la confusion

Maggie De Block déclare il y a une dizaine de jours à la RTBF que la Belgique n’est pas encore au stade où il faut fermer les écoles, d’autant plus que les grands-parents devraient garder les enfants, ce qui n’est pas une bonne solution. Trop tard, Maggie ! Des classes ferment dans la région liégeoise et les grands-parents sont réquisitionnés pour garder des petits-enfants en parfaite santé, mais connus pour être de grands vecteurs de germes.

À Bruxelles, des mômes de retour d’Italie tombent malades. Suspectés d’être atteints du Covid-19, ils sont testés et, dans la foulée, tous les autres petits renifleurs et fiévreux sont priés de rester à la maison. Et qui dit maison, dit le plus souvent papy-mamy. Mieux encore ! La petite sœur qui se porte comme une fleur et qui va à la crèche est mise, elle aussi, en quarantaine et va rejoindre qui ? Papy-mamy, bien sûr, et pour quatorze jours à moins que le test des petits Italiens revienne négatif. Mais on attend toujours.

… aux mesures drastiques

Hier soir, les événements se sont accélérés. Le Conseil national de la sécurité qui comprend la Première ministre, les ministres-présidents et la ministre fédérale de la Santé a annoncé après deux grosses heures d’attente des mesures drastiques (Hallucinante soirée sur la RTBF qui mérite à elle seule un article et un bravo à l’équipe de journalistes et à ses invités !).

Parmi ces mesures, la fermeture des écoles avec possibilité de garde pour les enfants des professionnels de la santé, de la sécurité et de tous ceux qui n’auraient pas d’autre solution que celle de faire garder leurs mômes par les grands-parents, reconnus très officiellement comme population fragile. Du coup, électrochoc dans les familles et joli cas de conscience pour les parents.

Les grands-parents sexagénaires et septuagénaires encore vigoureux (et qui oublient leur âge !) tendent spontanément les bras… et les parents s’arrachent les cheveux, car leur petit est si bien chez mamy, mais bon, si elle attrapait ce foutu virus et que ça tournait mal…  Dès hier soir, des grands-parents ont été mis à distance par leurs propres enfants - parce que, sait-on jamais, avec l’hypertension, le diabète… - tout en sachant que sur le long terme, cette décision sera difficile à tenir.

Y’a plus qu’à

Malgré les mises en garde du gouvernement, gageons que beaucoup de grands-parents seront appelés au secours. La plupart d’entre eux, c’est vrai, ont l’habitude d’être dans les starting-blocks. Et comme les mesures gouvernementales interdisent toute activité récréative, sportive ou culturelle, leur disponibilité n’aura jamais été aussi grande. Il n’en reste pas moins qu’un sentiment d’inquiétude s’installe.

Oui, mais pour combien de temps ? La période risque d’être longue. Une première date est arrêtée au 3 avril, mais le virus se plaira encore en nos contrées bien au-delà de cette date. Des experts parlent de deux mois. Deux mois où il faut pour soi-même, pour ses proches mais aussi pour chacun d’entre nous respecter des règles d’hygiène, de comportement qui demandent un réel effort pour casser les habitudes et s’en imposer d’autres. L’habitude d’embrasser goulûment ses tout-petits, l’habitude de lécher la fourchette avec laquelle on cuisine, l’habitude de finir l’assiette du bambin, l’habitude d’accepter qu’il vous éternue en plein visage… autant d'habitudes à troquer contre des lavages de mains réguliers et de plus de 30 secondes, des câlins plus retenus et des mises à distances. Deux mois où il faudra tenir le coup pour protéger ses enfants et petits-enfants tout en se protégeant soi-même. « C’est la guerre », déclare Paolo Levi, journaliste à l’agence de presse ANSA. Y’a plus qu’à appliquer scrupuleusement les règles-barrières.

Sarah Noblecourt

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