Vie de parent

Coronavirus : « Lorsque l’on est inactif, on est inquiet »

Dans le Ligueur frais du jour, nous livrons quelques conseils pour ne pas tomber dans une psychose (que l'on a dénoncé dans notre humeur de la semaine). Ce qui est en train de muer en phénomène de société peut se dépasser en famille. Natalie Maroun, consultante de crise en risques sanitaires au cabinet Heiderich à Paris, nous aide à soigner le virus de la peur avec des paroles rassurantes.

Coronavirus : « Lorsque l’on est inactif, on est inquiet »

La folie Coronavirus bat son plein. On ne vous refera pas le topo ici. L’état des lieux n’est pas glorieux et la démesure bat son plein. Bienvenue dans la crise sanitaire sauce 2.0., dont la caisse de résonnance fait trembler les foyers de ses débats approximatifs et de ses informations anxiogènes. Comment gérer tout ça sous son propre toit ? Comment trouver les mots, l’attitude ? En un mot, comment dépasser cette épreuve ?

Laissons un peu les spécialistes de la santé de côté, et voyons ce qu’en pensent les autres pros de l’urgence : les maîtres de la communication de crise. Pour ce faire nous avons toqué à la porte du cabinet Heiderich, spécialiste en la matière. Tout le monde est hélas débordé. Mais passionné par la question. « C’est important de donner des pistes. Il faut sortir de cette psychose », nous dit Natalie Maroun, convaincue.

Un des préceptes de gestion de crise, c’est d’occuper le parent, est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
Natalie Maroun : « Oui, à chaque fois dans les grandes crises sanitaires, on fait ce que l’on appelle ‘cartographier les publics’. Comme c’est le cas aujourd’hui avec le coronavirus. Quelle partie de la population va être le plus émotionnellement touchée par tel épisode sanitaire ? À chaque fois, on accorde une grande attention au parent. Il est l’objet d’une attention multiple. Qu’est-ce qu’on va lui dire ? Comment expliquer en prenant en compte la charge émotionnelle ? Il faut redoubler de pédagogie. Et d’expliquer ce que l’État, les professionnel·le·s de la santé, les cellules de crises font, définir les symptômes, exposer les risques… Pourquoi les familles bénéficient-elles à ce point d’attention ? Parce que dans une crise sanitaire, lorsque l’on est inactif, on est inquiet. De façon tout à fait légitime. ‘Que va-t-il arriver à mes petits ? Comment les protéger au mieux ?’. La solution pour sortir de cette spirale et rassurer les siens, c’est justement de se mettre en action ».

C’est-à-dire ?
N. M. : « Envisageons le pire. Il est probable qu’il y ait des cas de mise en quarantaine dans les jours qui suivent. Des écoles qui ferment. Des activités annulées, etc. Il faut donc occuper l’enfant. Éviter que l’inquiétude ne s’empare de lui. Un petit qui est malade, sait et comprend qu’il doit rester au lit. Mais dans le cas d’une précaution médicale, pourquoi doit-il rester cloîtré ? Il faut alors lui expliquer. D’abord qu’il n’a rien, mais qu’un virus se propage et qu’il va rester à la maison parce qu’ici, il est protégé. Ce n’est pas tout. L’objectif numéro un du parent, c’est de répondre aux besoins. Celui de l’enfant : trouver des activités qui vont détourner son attention et le distraire du confinement. Pour le parent, voir avec l’employeur comment aménager cette mise à pied. Est-ce qu’il est possible de télétravailler, qu’est-ce que ça implique au niveau de la logistique quotidienne, au niveau matériel, alimentaire ? Vous voyez, pas le temps de paniquer. La planification, c’est toute une mécanique qui sort de la psychose. Idem si c’est un parent qui est confiné. Vous pouvez expliquer ce qu’est un virus. Pourquoi papa ne doit-il pas quitter sa chambre ? Ne sous-estimez pas la capacité des très jeunes à rationaliser. Donnez-leur toutes les pièces du puzzle, ils vont trouver d’eux-mêmes les pistes d'explications ».

Et sans parler de quarantaine, comment ‘occuper son enfant’ ?
N. M. : « On part de son enfant à chaque fois. Il n’y a pas de recette miracle. Comme pour les adultes, il est important de les mettre en action pour ne pas se laisser emporter par la panique. D’abord, on prend le temps de les écouter pour cibler les inquiétudes, s’il y en a. Ils ne sont pas bêtes. Vous pouvez tout leur expliquer du moment que vous le faites sans les angoisser. Donnez-leur les moyens d’être acteurs de leur santé. ‘Viens, on va voir ce qu’il faut faire comme gestes sur internet. On va répéter'. Il semble important de ne pas sous-estimer les jeux et leurs vertus pédagogiques. Un enfant peut soigner ses doudous, répéter le fait de tousser, se laver les mains, jeter ses mouchoirs avec ses poupées, par exemple. Vous êtes inquiet·e, dites-le. Il vous pose une question délicate, du style ‘Est-ce qu’il y a des morts ?’. Répondez de manière rassurante plutôt de tenter d’atténuer les circonstances. ‘Oui, très peu, mais les enfants ne sont pas touchés. Ce sont les plus résistants face à cette maladie’. »

Quels sont les grands principes à adopter dans cette crise en tant que parents ?
N. M. : « Première chose : garder en tête que la prévention commence à la maison. Il faut donc faire en sorte que le foyer reste le plus sain possible. Deuxième chose : transformer cette anxiété en prévention. Troisième chose : ne pas transposer nos peurs d’adultes sur eux. Mieux vaut se concentrer sur leurs besoins réels, plus que sur des craintes éventuelles qui paralysent. »

Yves-Marie Vilain-Lepage

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Retrouvez les conseils des spécialistes dans le Ligueur papier ou dans la version en ligne. De quoi trouver les mots rassurants auprès des enfants.

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