Cours de religion, de morale
ou de « rien » : quel est votre avis ?

La ministre de l’Éducation a demandé aux parents des élèves de l’enseignement officiel de dire, via un formulaire qui leur a été envoyé, pour quelle cours ils opteraient s’ils avaient le choix entre morale, religion ou « rien ». Un sondage donc qui se clôturait ce 13 mai. Qu’en pensent les parents, les profs et les associations de parents ? Le Ligueur a récolté leurs réactions.

Cours de religion, de morale ou de « rien » : quel est votre avis ?

Comment les parents se situent-ils dans le débat qui anime le monde scolaire autour des cours de philosophie ? Pour le savoir, la ministre de l’Éducation, Joëlle Milquet, a fait envoyer aux parents d'élèves de l'enseignement officiel un courrier de l’école leur proposant de choisir, pour leur enfant, entre religion, morale ou « rien ».
La ministre se conforme ainsi à un arrêt de la Cour constitutionnelle qui estime que l’on ne peut pas forcer les élèves à révéler leurs convictions. La Cour donnait ainsi raison à des parents qui refusaient d’afficher leurs opinions et qui avaient porté plainte. Il sera désormais possible de demander la dispense de ces cours, sans motivation, comme en Flandre.

Un sondage « pour du beurre »

Afin de pouvoir préparer la prochaine rentrée, la ministre Milquet a fait distribuer aux parents, via les écoles, un sondage pour évaluer le nombre d’élèves qui réclameront la dispense. Le choix définitif se fera, selon les écoles, en juin ou en septembre.
La Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel (Fapeo), jugeant le formulaire « anticonstitutionnel », a invité les parents « qui souhaitent soutenir l’organisation d’un cours commun » à opter pour la dispense. Certaines écoles ont distribué leur propre questionnaire, tandis que d’autres n’ont pas consulté les parents.
Tout cela a fâché la ministre compétente qui a alors prolongé le délai de réponse jusqu’au 13 mai (au lieu du 8 mai). Les écoles ont jusqu’au 25 mai pour communiquer les résultats au ministère (au lieu du 18 mai).

Ce qu’ils en pensent…

Luc Pirson, président de la Fapeo
Nous n’avons mis aucune pression sur les parents lors du sondage. La ministre Milquet, elle, a imposé aux parents de faire un choix rapide sans connaître le contenu de la dispense. Nous voyons aujourd’hui l’opportunité d’avancer vers un cours commun que nous désirons depuis longtemps.
On propose un « cours d’éducation philosophique, éthique et citoyenne » pour actualiser une situation figée par le Pacte scolaire, pour un projet de société où les gens côtoient différentes cultures et différentes convictions religieuses, pour apprendre le vivre ensemble.
Tous les élèves recevront le même bagage, neutre, via un système établi et contrôlé. Il faut supprimer la partie catéchèse qui colle à l’élève une étiquette dès le primaire et qui peut, peut-être, créer une mauvaise connaissance des autres. Cela n’empêche pas que l’on apprenne une religion, idéalement dans la sphère privée.

Isabelle, prof de religion dans l’officiel
Je suis pour une réforme des cours de philo en deux heures de citoyenneté, données par les profs de morale et de religion, après une éventuelle formation. Mais pas du 50/50. Le clivage religion/morale n’existe déjà quasi plus. Mon cours et celui du prof de morale sont quasi identiques. Je ne fais pas du catéchisme mais de l’information. Si j'aborde la violence, je vais parler de Jésus comme modèle mais aussi de Gandhi... Je vois l’islam, le judaïsme... Et je ne dis pas à mes élèves de croire en Dieu. Je reste neutre.

Pierre Wuytack, prof de morale et moniteur pédagogique en didactique spéciale de philosophie à l’ULg
Le cours de morale est déjà depuis longtemps le cours de citoyenneté que tout le monde appelle de ses vœux. On y voit le vivre ensemble, on aborde la construction de soi, le sens de la vie et la citoyenneté. Ce n’est pas un cours de religion laïque. Il est ouvert à tous ceux qui n’ont pas de confession ou qui ne veulent pas l’afficher. Il suffit de lire le programme en ligne...
Je regrette que l’on gère les choses dans la panique. C’est très déstructurant pour les acteurs de terrain et pour les élèves. Et cela décrédibilise notre cours. Nous ne sommes pas contre le changement vers un cours de citoyenneté mais le bouleversement chaotique nuit à tout le monde.

Céline, maman de Jules et Lily
J'ai inscrit mes enfants au cours de religion catholique car cela fait partie de notre culture, croyants ou pas. Dès le plus jeune âge, une initiation aux autres religions est aussi très intéressante...

Mercedes, maman de Maxime
Nous avons choisi de laisser Max en morale. C’est une éducation à la citoyenneté, à la philosophie, un apprentissage des différentes religions. La case « dispense » est inutile. On aurait évité énormément de problèmes en modifiant juste l’intitulé du cours de morale.

Sophie, maman de Clémentine et Camille
On ne devrait pas laisser le choix. Ça sépare encore les enfants au lieu de les unir. Pas « rien », ni une seule religion, ça c’est sûr. Pourquoi pas un cours des religions, de philo, et pour les petits, des cours de sport, de théâtre, d’arts plastiques... ?

Stéphanie Grofils

Zoom

Et à la Ligue des familles, qu’en pensons-nous ?

Nous encourageons tous les parents, si ce n’est fait, à retourner le formulaire complété selon leur choix afin que les politiques connaissent leurs souhaits et puissent y répondre au mieux. Nous appelons également la ministre de l’Éducation à communiquer une information claire aux parents avant la fin de l’année scolaire. Ils doivent connaître précisément ce qui va se passer à la prochaine rentrée.

Sur le même sujet

Cours de religion, morale ou… quoi exactement ?

Cours de morale, de religion ou rien ? Les parents doivent (désormais) rendre leur choix pour le 13 mai. Mais le sondage sème la zizanie entre les acteurs scolaires.

 

Que deviendra le cours de « rien » ?

Ils ont choisi l’alternative au cours de religion ou de morale. Mais la rentrée, c’est dans deux mois. Et nul ne sait encore ce que deviendra le fameux cours de « rien ».  

 

Les élèves suivront un cours de citoyenneté

Dès janvier 2016, les élèves de l'officiel qui veulent être dispensés des cours de religion ou morale devront participer à un encadrement pédagogique alternatif (EPA). Une solution provisoire avant la mise en place du cours de citoyenneté.